Grèves et blocages: «A partir de la semaine prochaine, ça va devenir très compliqué»

SOCIAL Certains professionnels sont plus impactés que d’autres par la pénurie d’essence et les manifestations anti-Loi El-Khomri…

Florence Floux

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Une file d'attente dans une station-service de Villeneuve d'Ascq, dans le Nord, le 25 mai 2016.
Une file d'attente dans une station-service de Villeneuve d'Ascq, dans le Nord, le 25 mai 2016. — Michel Spingler/AP/SIPA

Les jours passent et la situation s’enlise. Alors que les grèves et les blocages se poursuivent un peu partout dans l’Hexagone pour protester contre la loi El-Khomri, les conséquences pour certains secteurs d’activité se font de plus en plus sentir, principalement en raison de la pénurie de carburant. D’autres commencent sérieusement à s’inquiéter.

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« Ce matin, j’ai encore eu deux annulations de séminaires de 20 et 50 personnes, avec les chambres et la restauration qui vont avec », déplore Karim Khan, hôtelier à Rennes (Ille-et-Vilaine) et président général de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie. En cause, la peur de manquer d’essence, mais pas que. « Il y a quelque temps, c’étaient les violences commises en marge des manifestations qui faisaient peur aux gens. Des touristes américains et anglais se demandaient où ils étaient tombés. Les restaurants et les bars du centre-ville sont également très impactés. Un collègue nous a envoyé un mail pour nous dire que sur la même période par rapport à l’an dernier, il a une baisse de chiffre d’affaires supérieure à 20.000 euros », poursuit-il.

Et la semaine prochaine… ?

Pour un autre hôtelier du Touquet (Pas-de-Calais), ce sont les réservations qui manquent. « Généralement, pour les week-ends de mai, tout est complet. Là pour celui qui s’annonce, moins de la moitié des chambres sont réservées. Avant la pénurie de carburant, la fréquentation était normale. »

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Du côté des auto-écoles, la situation n’est pas plus brillante. Si la pénurie de carburant s’est atténuée dans certaines régions, d’autres la subissent toujours de plein fouet. « A partir de la semaine prochaine, ça va devenir très compliqué. Des places de passage du permis de conduire seront perdues. Il y aura un coût pour nous et pour les élèves », explique Philippe Augé, gérant d’une auto-école à Paris. Pour le moment, la petite structure parvient à se débrouiller grâce aux formateurs, qui vont faire la queue dans les stations-service pendant leur pause déjeuner ou bien en soirée, vers 22h, en espérant y trouver moins de monde. « Des collègues de l’Ouest de la France ont déjà été obligés d’arrêter de travailler » à cause de la pénurie d’essence, note Philippe Augé.

« On est dans un égoïsme absolu »

Un problème que les pompiers n’auront pas, puisque les véhicules d’urgence restent approvisionnés quoi qu’il arrive grâce à des réquisitions. « Le problème, c’est si les pompiers, qui ne sont plus logés sur place, ne réussissent pas à se rendre à la caserne avec leur propre véhicule. Certains habitent à 40 ou 50km de leur lieu de travail », indique Jean-Michel Piedallu, secrétaire national du Syndicat national des sapeurs-pompiers professionnels (SNSPP-FO). « Normalement, le préfet peut autoriser les pompiers à se servir sur présentation de leur carte professionnelle à la station-service. S’il n’y a pas au moins cette possibilité, on va se retrouver sans personne dans les casernes, c’est impossible », ajoute-t-il.

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Beaucoup de ces professionnels impactés par les grèves s’avouent choqués par le comportement de certains. « J’ai vu des camping-cars remplir des bidons d’essence dans les stations, raconte Jean-Michel Piedallu. On est dans un égoïsme absolu. » Pour Karim Khan, le « manque de civisme et de responsabilité » est évident. Sans compter que « les gens ont peur, estime-t-il. Certains clients qui avaient le malheur d’être en costume ont été pris à partie par des manifestants. Deux salariés d’un restaurateur du centre-ville ont aussi été traités de "larbins du capital". Comment voulez-vous qu’on soit solidaires ? »

Des pertes difficiles à chiffrer

Tous restent dans l’expectative pour la suite. « Nous sommes en train d’essayer de chiffrer le préjudice au niveau des dégâts matériels causés par les violences et du manque à gagner, mais il n’y a pas que ça. Les jobs étudiants, qui sont très présents dans la restauration, sont très impactés. Il y a moins de clients, du coup certains patrons de restaurants ou de bars sont obligés de se passer d’eux, note Karim Khan. L’Umih a créé une cellule pour collecter les pertes de chacun de nos adhérents, afin de les transmettre à l’Etat. Mais c’est encore le contribuable qui va payer. »

Patrice Bessone, président du Conseil national des professionnels de l’automobile (CNPA), « il est difficile de prévoir les pertes. Ça peut représenter entre 600 et 1.000 euros par jour en réduisant les cours de conduite. Nous avons demandé aux préfets d’inscrire les auto-écoles sur la liste des véhicules prioritaires si les grèves se poursuivent. Le permis de conduire, c’est un passeport pour l’emploi. »