Procès Sofiane Rasmouk: «Il a brisé nos vies»

JUSTICE Les deux victimes de l'agresseur présumé, Sofiane Rasmouk, jugé aux assises de Nanterre, ont pu s'exprimer mercredi et jeudi face aux jurés...

Helene Sergent

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Illustration: Un avocat au tribunal de grande instance de Nanterre.
Illustration: Un avocat au tribunal de grande instance de Nanterre. — DURAND FLORENCE/SIPA

Assises côte à côte depuis le début du procès de leur agresseur présumé, Sofiane Rasmouk, Sandra et Priscillia, ont pu raconter longuement, mercredi et jeudi, le calvaire vécu, ce soir du lundi 7 août 2013 à Colombes, à 600 mètres l’une de l’autre. Liées par la violence et la sauvagerie qui caractérisent leurs agressions respectives, les deux jeunes femmes aujourd’hui âgées de 22 et 34 ans ont fait face, ensemble, aux vitupérations, éclats de voix et familiarités répétées de l’accusé, finalement expulsé ce jeudi matin par la présidente Edith Sudre.

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« Il n’assumera jamais »

C’est Sandra, 19 ans au moment des faits, chevelure de jais, qui est revenue la première sur le supplice enduré à quelques encablures du domicile de son petit ami de l’époque. « J’étais pas rassurée parce qu’il n’y a que des bureaux dans cette rue, j’ai avancé, j’ai regardé sur les côtés parce qu’il y’a des espèces de miroirs sur les façades des bâtiments, il n’y avait personne derrière moi. Quand je suis arrivée au croisement, c’est là que j’ai vu ce monsieur », dit-elle en désignant du menton Sofiane Rasmouk.

Agrippée par-derrière et fermement tenue par l’homme qui lui descendait legging et sous-vêtements avant de la violer à plusieurs reprises entre deux voitures, Sandra a insisté sur les coups reçus tout au long de l’agression : « À aucun moment il a cessé de me taper, que dans la tête, tout le temps, tout le temps, tout le temps », murmure la victime, soutenant constamment le regard face à Rasmouk, assis dans le box vitré. Après examens, les policiers retrouveront son ADN sur le visage et les cheveux de Sandra. Son chromosome Y sera également découvert dans les écouvillons vaginaux prélevés sur la victime.

Sur les photos prises lors de son dépôt de plainte, Sandra est blonde, l’air juvénile. Sur le haut de son front, on distingue une importante plaie rougeâtre, les deux yeux sont au beurre noir, ses jambes et avant-bras sont constellés d’ecchymoses. Lourdement traumatisée psychologiquement, la jeune femme a précisé qu’elle n’attendait rien de l’accusé : « Il a une petite sœur du même âge que moi (…) c’est honteux, il descend d’une maman, son papa est décédé, si on l’écoute c’est la faute de l’Etat, c’est horrible pour moi, il n’assume rien, il ne donnera rien, il ne fera aucun aveu, il n’assumera jamais », a-t-elle conclu, éprouvée, avant de retrouver Priscillia, dans une longue accolade.

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« Une poupée de chiffon »

Ce jeudi matin, la présidente et les jurés ont entendu Priscillia puis sa mère, peu après l’expulsion de Sofiane Rasmouk, suite une fois de plus à un excès de colère. « Je suis un peu intimidée, j’ai l’impression d’étaler ma vie », a débuté Priscillia, se tenant fermement au pupitre devant elle. Sa vie, trois ans après avoir été rouée de coups et laissée pour morte dans une flaque de sang d’un mètre de diamètre, n’a plus rien à voir avec celle de qu’elle menait avant les faits.

Si les photos de son visage n’ont pas été diffusées au public, experts et proches décrivent l’horreur infligée par son agresseur : « Son visage, c’était de la pulpe », a lancé mercredi l’expert médical qui l’a examiné en 2014 à deux reprises puis en 2016. « Quand je l’ai vu, on aurait dit une poupée manga, une poupée de chiffon », raconte sa mère. L’un de ses amis, au téléphone avec elle lorsque l’agression de Priscillia a commencé, a expliqué : « Sa tête était tellement gonflée qu’elle était de la largeur de ses épaules (…) c’est de la barbarie ».

« Il a brisé nos vies »

Plongée dans le coma pendant plus de six semaines, maintenue en réanimation entre la vie et la mort durant de longs mois, Priscillia est aujourd’hui une survivante : « Avant les médecins avaient pour habitude de dire que j’étais une miraculée, je trouvais ça un peu fort. Mais aujourd’hui, je me rends compte qu’ils avaient raison ». Contrairement à Sandra, Rasmouk reconnaît avoir frappé Priscillia, prétextant une affaire de trafic de stupéfiants. « C’est archifaux ! », s’est emporté l’ami de la jeune femme, « elle ne boit pas, ne fume pas, c’est un menteur ». Aujourd’hui, la jeune femme n’a aucun souvenir de l’agression : « Les médecins disent que je ne m’en souviendrai jamais ».

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Mais la violence des coups et les séquelles se sont imposées à elle : « Un truc tout bête par exemple, quand je passe ma main dans les cheveux, je sens la cicatrice d’un bout à l’autre du crâne ». Comme Sandra la veille, Priscillia a précisé qu’elle n’attendait aucune explication de la part de Rasmouk : « Il a brisé nos vies (…) moi ce que je veux, c’est qu’on ne le fasse pas ressortir (…) je veux pas qu’il puisse agresser d’autres personnes. Je veux qu’il puisse être condamné pour quelque chose (…) qu’on puisse l’arrêter et l’empêcher de nuire ». Accusé de viol, tentative de meurtre précédé d’une tentative de viol et de vol avec violence, Sofiane Rasmouk encourt la peine de prison à perpétuité.