Ramadan, Valls et Autain au cœur d'une polémique sur l'«islamo-gauchisme»

SOCIETE Le Premier ministre a dénoncé «l'islamo-gauchisme» de Clémentine Autain et de Tariq Ramadan...

T.L.G.
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Tariq Ramadan, Manuel Valls, Clémentine Autain
Tariq Ramadan, Manuel Valls, Clémentine Autain — TLG/Photomontage

Une polémique, quatre actes, trois acteurs principaux : Clémentine Autain, Manuel Valls, Tariq Ramadan. Dans un entretien donné à Radio J,le Premier ministre dénonce « l’islamo-gauchisme », visant l’islamologue suisse et la porte-parole d’Ensemble. Clémentine Autain a réagi dimanche en indiquant vouloir porter plainte contre Manuel Valls, si ce dernier ne lui présentait pas ses « excuses ». 20 Minutes revient sur cette affaire.

Acte 1 : Tariq Ramadan demande la nationalité française

L'islamologue suisse Tariq Ramadan, le 26 mars 2016 à Bordeaux
L'islamologue suisse Tariq Ramadan, le 26 mars 2016 à Bordeaux - MEHDI FEDOUACH AFP

Le 4 février dernier, Tariq Ramadan annonce sur sa page Facebook avoir « pris la décision de prendre la nationalité française ». « A l’heure où l’on parle, avec quelque désordre et fracas, de la déchéance de la nationalité, je pense qu’il est bon de donner un exemple concret et positif d’adhésion aux valeurs de la République. Suisse toujours, et français bientôt, je n’en poursuivrai que mieux mon engagement pour le vivre-ensemble, pour ce « nouveau nous » que j’appelle de mes vœux », écrit-il.


Le professeur d’études islamiques contemporaines à l’université d’Oxford aspire « à être binational, franco-suisse, avec un vrai discours, pour sortir des discours d’enfermement, de peur » sur ce sujet. L’intellectuel indiquait pourtant à Slate deux mois plus tôt : « Je n’ai jamais voulu prendre la nationalité française pour qu’il soit clair que je ne voulais jouer aucun rôle de représentant des musulmans. »

Acte 2 : « L’islamo gauchisme » dénoncé par Jean-Marie Le Guen

Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement, le 15 décembre 2015 à l'assemblée nationale à Paris
Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement, le 15 décembre 2015 à l'assemblée nationale à Paris - ERIC FEFERBERG AFP

Fin avril, le secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement dénonce « l’islamo-gauchisme » dans un livre. « À notre vision républicaine et progressiste répond une vision ethniciste qui aboutit à une politique de zonage, de ségrégation, de création de réels ghettos pour les populations concernées et d’abaissement des droits individuels », écrit-il. « Pour des raisons compassionnelles, en ne voyant les personnes d’origine arabo-musulmane que comme des victimes et des opprimés, cette gauche, bien incarnée par Clémentine Autain, est prête à céder totalement au différentialisme culturel ».

L’intéressée réagit dans une tribune au Monde : « Cette charge, aussi violente que délirante est indigne. Elle mérite de porter plainte politiquement […] M. Le Guen cherche à débattre d’identité pour faire oublier les inégalités ».

Acte 3 : Manuel Valls en remet une couche

Le Premier ministre Manuel Valls à Matignon à Paris, le 24 mars 2016
Le Premier ministre Manuel Valls à Matignon à Paris, le 24 mars 2016 - THOMAS SAMSON AFP

Lors d’un entretien à Radio J, le Premier ministre reprend la formule de son secrétaire d’Etat. « Il y a toujours ces capitulations, ces ambiguïtés, avec Les Indigènes de la République, les discussions avec Mme Clémentine Autain (NDLR porte-parole d’Ensemble) et Tariq Ramadan, ambiguïtés entretenues qui forment le terreau de la violence et de la radicalisation ».

Manuel Valls assure au passage qu’« il n’y a aucune raison pour que M. Tariq Ramadan obtienne la nationalité française. Quand on aspire à être Français, c’est qu’on aspire à partager des valeurs », précisant que le message de l’islamologue était « contradictoire » avec celles de la France.

Acte 4 : Clémentine Autain porte plainte, Tariq Ramadan ironise

Clémentine Autain
Clémentine Autain - BERTRAND GUAY / AFP

Dimanche matin, Clémentine Autain assure vouloir porter plainte contre Manuel Valls, si ce dernier ne « présentait pas ses excuses ». « Ces propos sont mensongers. Je n’ai jamais rencontré personnellement Tariq Ramadan, ni partagé de tribune avec lui. Ces accusations ineptes visent à dire que moi-même, et à travers moi ma famille politique, seraient le terreau du terrorisme », a-t-elle dénoncé.


Tariq Ramadan, lui, ironise. « Dites Monsieur Manuel Valls, si je ne demande que la légion d’honneur, vous me la donneriez ? Cet « honneur » que vous vendez en Rafales. Deal ? », évoquant la décoration remise parla France à Mohammed Ben Nayef, le prince héritier d’Arabie Saoudite.