Une pancarte indiquant une rupture de gasoil dans une station essence de Saint-Malo, le 20 mai 2016.
Une pancarte indiquant une rupture de gasoil dans une station essence de Saint-Malo, le 20 mai 2016. — Jean-Marc David/SIPA

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VIDEO. Carburants: La pénurie générale n'est pas pour demain mais...

Le point sur les risques de pénurie et les évolutions dans la distribution de carburants, alors que les routiers sont appelés à bloquer des raffineries et des lieux de stockage...

Contre mauvaise fortune bon cœur. Alors que la moitié des huit raffineries de pétrole du pays sont affectées par des grèves, les automobilistes du nord et de l’ouest de la France traquent les stations de service ouvertes. Le gouvernement se veut rassurant ce dimanche, mais les syndicats CGT et FO appellent les chauffeurs routiers à bloquer des raffineries et des dépôts de carburants pour protester contre le projet de loi travail. Le point sur les risques de pénurie, les limitations de distribution, et les prévisions pour les prochains jours.

Où la situation est-elle la plus tendue pour les automobilistes ?

Le grand ouest et le nord de la France sont les plus touchés par les limitations de distribution de carburant, et plusieurs stations-service sont à sec. Des tensions ont été recensées en Bretagne, Normandie, Pays de la Loire, dans les Hauts-de-France (Nord-Pas-de-Calais-Picardie). Par crainte de pénurie, des stations-service ont été prises d’assaut à Saint-Brieuc, Rennes ou Boulogne, et de longues files d’attentes se sont formées tout le week-end. Selon les chiffres du secrétaire d’Etat aux Transports Alain Vidalies, 1.500 stations en rupture partielle ou totale ce dimanche, sur 12.000 en France.

L’Union française des industries pétrolières (Ufip) a estimé samedi que « près de 90 % des stations sur le territoire national sont approvisionnées normalement ». Elle a assuré « ne pas être en situation de pénurie au niveau du pays même si, localement, notamment dans le Grand Ouest, certaines stations peuvent être en rupture. ».

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Capture écran du site http://penurie.mon-essence.fr/w/ le 22 mai 2016.
Capture écran du site http://penurie.mon-essence.fr/w/ le 22 mai 2016. - http://penurie.mon-essence.fr/w/

Quelles sont les principales limitations recensées ?

En Ille-et-Vilaine, Côtes-d’Armor, Finistère, Orne, Loire-Atlantique, Vendée, Mayenne, Eure et Cher, le volume maximal d’essence est limité à 20 ou 30 litres pour les véhicules, et à 40 ou 150 litres pour les poids lourds, selon l’AFP. Des préfectures, comme la Seine-Maritime, le Calvados, le Nord, la Somme ou le Pas-de-Calais ont interdit le stockage dans des bidons. D’autres ont réquisitionné des stations-service pour alimenter en carburant les services d’urgence, notamment dans le Nord.

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Y a-t-il un risque de pénurie ?

En visite en Israël, le Premier ministre Manuel Valls a assuré dimanche être « très déterminé à ce qu’il n’y ait aucune pénurie en France ». Vendredi et ce dimanche, les forces de l’ordre ont débloqué d’importants dépôts de carburants, ce qui a permis de réalimenter plusieurs stations. Mais le risque persiste : « Cela va très vite. En moins d’une semaine, 10 % des stations-service, les plus petites, connaissent des ruptures de stock. Des situations de pénuries locales existent dès à présent, même si nous ne parlons pas de pénurie générale », souligne l’économiste Thomas Porcher, professeur à la Paris School of Business.

Quelles sont les prévisions ?

La grève dans les raffineries représente toujours le principal risque pour les prochains jours, alors que la semaine sera marquée par une nouvelle mobilisation contre la loi travail, jeudi. Par ailleurs, après la levée de blocages de dépôts de carburants par les forces de l’ordre, le patron de la CGT Philippe Martinez a menacé samedi : « il y aura une réaction à la hauteur de ce que le gouvernement fait », a-t-il dit.

« La situation deviendra problématique si les blocages durent trois semaines », nuance l’économiste Thomas Porcher, ajoutant que la France dispose de stocks stratégiques qui permettent d’assurer la consommation de produits pétroliers sur plusieurs semaines. « Mais attention, la question du carburant reste très sensible. Environ 75 % à 85 % des personnes qui travaillent en régions utilisent leur véhicule pour se rendre au travail », précise l’économiste. Une situation, qui, en quelques jours, peut dégénérer en panique… tout comme se résorber.