Une voiture de police a été incendiée par des contre-manifestants en marge d'un rassemblement contre la
Une voiture de police a été incendiée par des contre-manifestants en marge d'un rassemblement contre la — Francois Mori/AP/SIPA

VIOLENCES

Manifestations: Qui se cache derrière le masque des «casseurs» anti-flics

Après les débordements de mardi, le Premier ministre Manuel Valls a appelé à des sanctions « implacables » contre les « casseurs » anti-flics....

Au fil de la dizaine de semaines de mobilisation contre la loi travail, de plus en plus de débordements ont émaillé les manifestations, en particulier à Paris, Rennes ou Nantes. Si les opposants au projet de loi El Khomri dénoncent les violences policières, les forces de l’ordre ont organisé mercredi un rassemblement contre la « haine anti-flics », en marge duquel des contre-manifestants ont incendié une voiture de police. Il y a une semaine, des manifestants s’en étaient pris aux grilles du Musée de l’armée, dans le VIIe arrondissement de Paris, en marge d’un cortège anti-loi Travail. La classe politique a fermement condamné l’action d’une minorité de « casseurs ». Qui sont ces manifestants violents ?

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Noyaux durs et appel d’air

Une multitude d’acteurs se trouvent derrière les masques des « casseurs ». Parmi eux, « il y a des groupes plus politisés, voire très politisés, dans la mouvance anarchiste qui rejette l’autorité. Il y a également des groupes moins structurés aimant aller à la castagne contre les forces de l’ordre, comme les Black blocs [une appellation qui désigne un groupement anarchiste caractérisé par une stratégie de lutte et un masque noir], et puis il y a aussi des gens entraînés dans le feu de l’action », énumère Sébastian Roché, directeur de recherche au CNRS et spécialiste des politiques policières. Ces groupes forment un ensemble « hétérogène » agrégé plus par une « opportunité » (les manifestations) que par des motivations ou des objectifs communs.

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Loïc Fanouillere, secrétaire administratif général du syndicat Alliance Police Nationale (majoritaire) pointe « des anarchos, des gens d’extrême-gauche » et souligne « des connexions avec les zadistes, avérées dans le Grand Ouest ». Des jeunes gravitent autour de ces noyaux durs. « Ceux qui ont découvert la violence d’Etat s’y mêlent, par exemple après avoir vu un copain ou une copine à terre, ou se faire gazer », souligne le sociologue Patrick Brunetaux. Une réalité constatée par les forces de l’ordre. « Des gens qui se sentent victimes, par exemple s’ils ont été gazés, se joignent aux casseurs par une réaction de vengeance basique », décrit Alexandre Langlois, responsable de la fédération Police à la CGT. « Cette tendance risque de s’accentuer », ajoute-t-il, notamment à cause « des dommages collatéraux lors des charges de la police contre les casseurs ».

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Moins organisés et coordonnés que les groupes politisés, ces individus ont aussi des profils plus variés. « Il y a des ouvriers sans emploi, des membres de la petite classe moyenne sans emploi ou en sous-emploi, mais aussi des petits bourges qui refusent le travail tel qu’il existe. Il ne faut pas exagérer leur politisation. Pour certains, casser du flic est un exutoire à leur frustration », observe Patrick Brunetaux. « Le spectre va du militantisme idéologique à la frustration apolitique », résume le chercheur au CESSP.

Certains « casseurs » viennent-ils d’autres pays d’Europe ?

Certains casseurs parlent anglais, allemand ou italien, ont témoigné plusieurs CRS. « Nous avons des rassemblements et une convergence de gens qui viennent de toute l’Europe », a renchéri le porte-parole du parti socialiste, Razzy Hammadi sur BFMTV.

La participation de militants européens aux actions anti-flics en France est toutefois « ultra-résiduelle » selon Patrick Brunetaux et elle n’a rien de nouveau. « Dès les années 1970, des écolos radicaux allemands manifestaient en France contre le nucléaire », rappelle-t-il.

« L’européanisation de la vie politique est aussi valable pour les militants politiques », abonde Sébastian Roché. « Si une lutte est perçue comme emblématique, des militants peuvent traverser les frontières ». Comme pour les « Zones à défendre » nées autour de la contestation de l’aéroport de Notre-Dame des Landes et du barrage de Sivens ou sur la place de la République occupée par le mouvement #NuitDebout.

L’un des cinq hommes interpellés dans le cadre de l’enquête sur l’incendie de la voiture de police mardi appartiendrait à la mouvance antifasciste qui rassemble des militants d’extrême gauche, souvent radicaux, qui s’opposent régulièrement à ceux d’extrême droite. « On ne peut jamais savoir qui sont les gens derrière ces masques tant qu’on n’a pas pu les arrêter », conclut Alexandre Langlois de la CGT.

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