Procès Nabilla: «On fait tous comme si cette affaire devait être jugée normalement mais elle ne peut pas l’être»

JUSTICE L'ex-vedette de téléréalité comparaissait pour des faits de «violences aggravées» contre son compagnon, Thomas Vergara...

Hélène Sergent
Nabilla Benattia au Tribunal correctionnel de Nanterre le 19 mai 2016.
Nabilla Benattia au Tribunal correctionnel de Nanterre le 19 mai 2016. — MARTIN BUREAU / AFP

« Le ministère public n’est ni sourd ni aveugle mais le bruit de la renommée s’arrête à l’entrée de cette salle », a prévenu le procureur de la République, dès le début de ses réquisitions à l’encontre de Nabilla Benattia, jugée ce jeudi 19 mai au tribunal correctionnel de Nanterre. L’ex-candidate de téléréalité, portée au rang de vedette après son invraisemblable sortie « Non mais allô, quoi », comparaissait pour « violences aggravées » contre son compagnon, pour des faits remontant à l’été et à l’automne 2014.

Pas une « meurtrière »

Dès le début de l’audience, le président du tribunal a tenté de se référer aux faits et aux éléments récoltés par les enquêteurs lors de l’instruction. À Coudoux en août, dans les Bouches-du-Rhône comme à Boulogne, dans les Hauts-de-Seine, en novembre, la dispute du couple s’est soldée par une blessure par arme blanche à l’encontre de Thomas Vergara, petit ami de Nabilla. À chaque fois, la jeune femme aujourd’hui âgée de 24 ans, a livré des versions qui ont évolué au fil de l’enquête. Des incohérences au regard des expertises sur lesquelles le président a souhaité l’interroger : « J’ai commencé à mentir et quand on est dans un mensonge on s’embourbe dedans, on le cultive, on ne peut plus faire marche arrière », a justifié Nabilla.

Pour autant, elle n’a jamais cillé quant à ses motivations : « Je n’ai pas voulu blesser, je ne suis pas une meurtrière (…) c’est l’homme de ma vie ». Le couple, parfois avec maladresse, a essayé de convaincre le tribunal qu’il s’agissait de « banales » disputes conjugales, amplifiées par un contexte médiatique hors-norme : « Tous les couples se disputent sauf que nous tout est déformé », a avancé Thomas. « On était tellement perturbés par tout ça, on le manifestait par de la violence, on savait plus où on en était, on s’en prenait l’un à l’autre constamment » a ajouté Nabilla, allant même jusqu’à prendre le président à témoin : « Je sais pas si vous vous embrouillez souvent vous ? ».

« Une histoire extraordinaire » ?

Une histoire ordinaire dans un contexte extraordinaire ? C’est peu ou prou ce qu’ont plaidé les avocats de Thomas, partie civile de ce procès, et de Nabilla, qui encourait jusqu’à sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende. « On peut s’auto-persuader que tout va se passer normalement (…) mais ce caractère exceptionnel, nous l’avons touché du doigt dès le départ avec Thomas, dès qu’a débuté l’instruction. Intervention d’un témoin photographe présent lors d’une soirée, d’un portier dans une discothèque, tout le monde avait son mot à dire ! », a souligné Thierry Fradet, conseil de Thomas Vergara. Un point de vue partagé par Martin Desrues, l’un des deux avocats de Nabilla : « La difficulté de ce dossier, c’est qu’il est forcément extraordinaire ».

L’impact de la pression médiatique, l’altération de leurs caractères respectifs suite à la téléréalité, les relations conflictuelles entre les membres de leurs familles et la consommation de cocaïne de Thomas ont également été abordé par le tribunal. Sur les doutes qui persistaient autour du déroulement de la dispute du 8 août puis de la nuit du 6 au 7 novembre, les trois juges n’ont guère obtenu de précisions. « Pic à glace », « fourche », « pic à merguez », ni Nabilla ni son fiancé ne se sont souvenus de l’objet posé sur le muret de leur maison de Coudoux et qui a atterri dans le dos de Thomas après avoir été poussé et déstabilisé par la starlette. Quant à leur « embrouille » de Boulogne, tous deux affirment que Nabilla était dos à Thomas, qui tentait de la maîtriser, et que le coup de couteau est parti sans qu’elle réalise son geste.

La justice « a fait son travail correctement »

Des « incohérences invraisemblables » pour le procureur qui a requis trois ans d’emprisonnement, dont huit mois ferme contre Nabilla. Une peine qui n’a pas été retenue par les juges, qui l’ont toutefois reconnue coupable des faits pour lesquels elle comparaissait : « Le tribunal a tenu compte des investigations relatives à vos proches, des expertises et des exploitations d’échanges électroniques l’un avec l’autre », a détaillé le président, faisant référence à plusieurs textos échangés le soir du 6 au 7 novembre. « Pourquoi m’avoir poignardé ? En plein cœur, je ne comprends pas » aurait notamment écrit Thomas à sa compagne.

Au terme d’une journée d’audience, marquée par les sorties improbables du couple, Nabilla a été condamnée à deux ans d’emprisonnement, dont six mois ferme, mais aménageables, assortis d’une mise à l’épreuve de deux ans et d’une obligation de soins. Une décision saluée par l’ex-candidate de téléréalité qui, dans une ultime déclaration, a remercié la justice d’avoir « fait son travail correctement ».