Mobilisation contre la loi travail: Le petit lexique du manifestant

SOCIAL «20 Minutes» vous donne les clés pour comprendre ce qui se passe et ce qui se dit au milieu du cortège...

N.Beu.

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Une manifestation contre la loi Travail le 12 mai 2016
Une manifestation contre la loi Travail le 12 mai 2016 — Christophe Ena/AP/SIPA

« Les FO sont en train de nous nasser, on va se prendre un coup de tonfa. » Si vous ne comprenez rien à cette phrase, c’est que vous n’êtes pas un habitué des manifestations (de gauche). Pas grave. Alors que se profile la septième journée de mobilisation contre la loi Travail,20 Minutes remédie à ça et vous donne les clés pour comprendre ce qui se passe et ce qui se dit au milieu du cortège.

Les GM et les FO

Les GM désignent les gendarmes mobiles et les FO les forces de l’ordre, dans la langue des policiers comme dans celle des manifestants. Attention toutefois au risque de confusion si vous vous trouvez aux côtés de Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de Force ouvrière.

Les SO

Il est encore question d’ordre, mais en l’occurrence du côté des syndicats. Les SO désignent tout simplement les services d’ordre chargés d’assurer la sécurité des militants syndicalistes. Chaque centrale en a un. Le 12 mai, les services d’ordre syndicaux avaient été victimes de violences de la part de manifestants leur reprochant de collaborer avec les forces de police.

Le LBD

Encore un acronyme, qui signifie cette fois lanceur de balle de défense. On utilise plus couramment le terme Flashball, qui renvoie en fait à la marque la plus célèbre qui commercialise cette arme dite sublétale, ou incapacitante. En France, elle a été adoptée par les forces de police puis par le reste des forces de l’ordre comme armement intermédiaire entre la matraque et l’arme de poing au début des années 2000. Le projectile est conçu pour s’écraser à l’impact et immobiliser un individu. A courte distance, le LBD peut cependant provoquer des lésions graves, voire mortelles.

Le tonfa

Non, ce n’est pas du verlan. Le tonfa est une arme dont le port est interdit sans autorisation administrative. Très concrètement, il s’agit d’un bâton doté d’une poignée. La gendarmerie appelle d’ailleurs le tonfa « bâton de protection à poignée latérale » (ou BPPL), tandis que la police lui préfère l’appellation « bâton de défense de type tonfa ».

La nasse

Il s’agit d’une manœuvre policière consistant à encercler « sans sommation » la foule ou tout du moins une partie du cortège. Importée de Grande-Bretagne, où on l’appelle kettling (un verbe dérivé de kettle, la bouilloire), la nasse a été mise en œuvre par les forces de l’ordre à plusieurs reprises depuis le début des manifestations contre la loi Travail. Elle est pourtant risquée, puisqu’elle nécessite de se rapprocher des manifestants et de provoquer des violences. Mais elle permet, aux yeux des CRS et des gendarmes mobiles, d’immobiliser un cortège, de le disperser, voire d’arrêter certains de ses membres.

Les street medic

Ce terme anglicisant désigne tout simplement les volontaires de l’équipe médicale qui interviennent auprès des manifestants blessés. Gaz, coups, tirs de Flashball… Ces soignants bénévoles, identifiables à leur sac de premier secours, leur casque ou leur drapeau à croix rouge, sont là pour apporter les premiers soins en cas de besoin. Les street medic, dont les pionniers ont vu le jour aux Etats-Unis dans les années 60, ont fait leur apparition en France à Notre-Dame-des-Landes.

Le sérum phy

Le meilleur allié contre les gaz lacrymogènes. Egalement utilisé pour nettoyer le nez ou les yeux des bébés, le sérum physiologique est devenu un incontournable du kit de survie en manif. Certains ont également recours au Maalox ou à de lingettes décontaminantes pour soulager la peau et les yeux en cas de tir de gaz lacrymo.

La Legal team

Comme ils ont des street medic pour les soigner, les manifestants peuvent avoir recours aux services juridiques d’une équipe spécialisée en cas de pépin. Avant les manifs, ces conseillers distribuent des tracts où figure un numéro de téléphone portable que les victimes et les témoins de violences peuvent appeler en cas de problème. Si un manifestant est arrêté, ils relèvent le lieu et l’heure de l’interpellation, et font une description de l’individu embarqué et du comportement des forces de l’ordre. Autant d’éléments qui contribuent ensuite à la défense des éventuels prévenus.

Les totos

C’est le mot par lequel se désignent les autonomes. Comprendre les manifestants radicaux ne se revendiquant pas d’un syndicat ou d’un parti classique. Ils ne sont pas structurés et ont pour point commun de considérer la violence comme la seule réponse possible à la domination sociale. En tenues sombres et masqués – on les appelle alors les Black Blocs -, ils intègrent les manifestations pour provoquer du désordre et affronter les forces de l’ordre, perçus comme les défenseurs de l’ordre établi.

Le Mili

Le Mili est un autre acronyme pour Mouvement interluttes indépendant, né après l’affaire Leonarda. On peut le considérer comme un regroupement d’autonomes. Son antenne parisienne se décrit comme un « collectif composé de "jeunes" – lycéens, étudiants ou non - qui se démarque radicalement des organisations syndicales et politiques classiques de droite et de gauche par ses objectifs, son fonctionnement et ses modes d’action ». Pas de structure hiérarchique, pas de programme. Le Mili est un groupe informel qui privilégie « l’action concrète autour d’axes majeurs qui s’inscrivent dans une dynamique globale de lutte contre le capitalisme et son monde ».