VIDEO. Suicide sur Periscope: Peut-on éviter que de tels drames se reproduisent?

SOCIETE Une jeune fille de 19 ans s’est suicidée ce mardi et a diffusé la vidéo en live sur l’application…

A.Ch.
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Océane, 19 ans, s'est jetée sur les rails du RER C tout en filmant son geste en direct sur  Periscope.
Océane, 19 ans, s'est jetée sur les rails du RER C tout en filmant son geste en direct sur Periscope. — Capture d'écran / Periscope

« Nous avons été alertés vers 16 h 30 par un utilisateur de Periscope qui était connecté avec la victime et nous disait qu’elle n’allait pas bien ». Malheureusement, il était déjà trop tard quand les gendarmes reçoivent le message : Océane, 19 ans, s’est jetée ce mardi après-midi sous un RER en gare d’Egly (Essonne) et a mis en scène son suicide dans des vidéos diffusées sur Periscope et visionnées par près d’un millier de personnes. Absence de signalement, flou dans les intentions de la jeune fille, manque de réactivité des « spectateurs » : comment faire pour éviter que de tels drames ne se reproduisent ?

>> A lire aussi : Un SMS envoyé, la victime évoque un viol... Que sait-on du suicide?

Un signalement d’urgence sur Periscope

L’application de vidéos en live, détenue par Twitter, dispose d’un outil de signalement destiné à dénoncer un utilisateur ne respectant pas les conditions d’utilisation (images pornographiques, maltraitance animale, harcèlement…) mais le bouton ne permet pas d’alerter sur une urgence. « Les utilisateurs peuvent signaler les problèmes directement à Periscope en écrivant à safety@periscope.tv », a indiqué Twitter à 20 Minutes. Deux formulaires existent également sur Twitter : le premier pour signaler des cas d’automutilation et menaces de suicide, le second est réservé aux requêtes officielles émanant des forces de l’ordre ou de l’Etat pour obtenir des informations sur un utilisateur.

Ne pas compter sur les utilisateurs

Pour l’avocat Antoine Chéron, spécialisé en propriété intellectuelle et NTIC, Periscope ne devrait pas se reposer uniquement sur les signalements des utilisateurs. « Ces plateformes devraient être proactives par rapport à ces situations », explique l’avocat. « Ce n’est pas évident il y a l’obligation de respecter la vie privée mais il faudrait que l’application prenne ses responsabilités et qu’elle mette en place elle-même un système de veille ou de modération, et quand le risque est à la hauteur de ce qu’on a vu, elle doit déclencher une procédure d’alerte ». Il s’agirait pour l’avocat de « protéger les utilisateurs » et non de les espionner : « Youtube le fait : quand il y a des vidéos qui portent atteinte à des droits d’auteur ou à des personnes, elle les supprime automatiquement », rappelle-t-il.

Mieux éduquer les utilisateurs

Les utilisateurs de Periscope auraient-ils pu réagir plus vite s’ils avaient été sensibilisés aux risques liés à l’utilisation de la plateforme ? Dans le cas du suicide d’Egly, difficile de le savoir car les messages de la jeune fille semblaient ambigus. Pour Justine Atlan, directrice générale de l’association e-Enfance, « on ne peut pas mettre ce type d’outil ultra-performant dans les mains de tout le monde, surtout de mineurs, sans leur donner les moyens de réagir et d’intervenir tant que faire se peut ». Les mineurs devraient ainsi être sensibilisés et rassurés quant à leur rôle d’alerte : une jeune fille de 14 ans qui était connectée mardi après-midi au live d’Océane a ainsi expliqué au Nouvel Obs avoir « hésité à appeler les pompiers mais je me suis dit que j’étais un peu jeune et j’ai pensé qu’ils n’allaient pas me prendre au sérieux. »