Procès Neyret: «Je ne suis pas un salaud qui envoie sa femme au casse-pipe!»

JUSTICE À l’occasion de cette quatrième journée d’audience, l’ex numéro 2 de la PJ lyonnaise a reconnu une « immense imprudence » tout en assurant avoir été abusé par ses informateurs…

Hélène Sergent

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Michel Neyret, lors de son arrivée au tribunal correctionnel de Paris, le 9 mai 2016.
Michel Neyret, lors de son arrivée au tribunal correctionnel de Paris, le 9 mai 2016. — THOMAS SAMSON / AFP

Comment l’ex n°2 de la police judiciaire lyonnaise, star de l’antigang et flic respecté, a-t-il pu se laisser berner par ses propres informateurs, truands adeptes d’étonnantes largesses ? C’est tout l’enjeu du procès de Michel Neyret qui se tient depuis lundi 2 mai au tribunal correctionnel de Paris, mis en examen pour corruption, association de malfaiteurs, trafic d’influence, violation du secret professionnel et recel. À l’occasion de cette quatrième journée d’audience, les débats se sont concentrés sur les multiples cadeaux – montres de luxe, voyages au Maroc, en Corse, prêt de voitures hors de prix – dont ont bénéficié Michel Neyret et sa compagne entre 2009 et 2011 sans oublier la création d’une société au Panama et de comptes bancaires à Dubaï visant à recueillir d’étranges commissions.

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« Une imprudence totale »

Comme la semaine dernière, le couple Neyret a plaidé la « naïveté », l’abus de confiance accordée aux informateurs véreux Gilles Benichou et Stéphane Alzraa, cousins impliqués dans diverses affaires financières, fraude fiscales et escroqueries. « Dans mon esprit, c’est Gilles qui payait », a répété à plusieurs reprises Michel Neyret, costume et brushing impeccables, pour justifier son incapacité à interroger la provenance des fonds finançant les cadeaux qui lui étaient faits. Y compris lorsqu’il s’agit d’une montre Chopard d’une valeur de 4000 euros, volée par Albert Benichou, le frère de Gilles, dans le coffre familial, que Neyret offre à sa femme pour tenter de rabibocher son mariage vacillant.

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Décrivant une relation « d’amitié et de confiance » avec le grand absent de ce procès, Gilles Benichou, l’ex-policier reconnaît « rétrospectivement une imprudence totale ». Le président, Olivier Géron, insiste : « D’habitude, c’est l’informateur que l’on rémunère et non l’informateur qui rémunère le policier ? », une inversion des rôles qui place Neyret dans l’embarras. Au total, les faveurs à l’égard du couple s’élèveraient à 30 000 euros a précisé le président.

« Je ne suis pas un salaud ! »

Nicole Neyret, à la tête d’un hôtel à Estrablin, village situé au sud de Lyon, évoque elle aussi la confiance qu’elle portait à l’époque à Gilles Benichou. Et lorsque ce dernier lui propose de l’accompagner en Suisse pour signer une procuration visant à céder à l’informateur les droits de gestion en cas de vente de son établissement, elle ne pose aucune question. « Michel m’a dit qu’il travaillait et qu’il ne pouvait pas aller à Genève (…) Si je ne faisais pas confiance à Michel en tant que mari, pour ce qui était du travail, je lui faisais confiance, j’y ai cru à fond ». Aux côtés de Gilles Benichou, l’épouse Neyret ouvre une société portant ses initiales « NMN » mais assure être persuadée, à ce moment-là, de parapher la fameuse procuration.

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En réalité, Benichou et son acolyte Alzraa ont convenu de créer plusieurs sociétés au Panama et d’ouvrir des comptes à Dubaï, destinés à recueillir des commissions d’apporteurs d’affaire estimées à 15millions d’euros par an. Et c’est Nicole Neyret, « grâce à la clientèle fortunée de son hôtel » qui doit jouer le rôle d’apporteur d’affaires. Le couple nie depuis son interpellation en 2011 avoir été informé de ce projet. « Je ne suis pas un salaud ! Jamais je n’enverrai ma femme au casse-pipe en Suisse !, a répété Michel Neyret, le but pour moi était d’ouvrir un compte en Suisse dont je me serai servi après ma retraite en exerçant une activité de consulting ou en collaborant avec Messieurs Benichou et Alzraa ».

Une version mise en doute par la procureure Annabelle Philippe : « Le fait qu’Alzraa soit un champion de fraude fiscale ne vous interpelle pas ? Comment vous pouvez lui faire confiance ? Vous n’êtes pas né de la dernière pluie ! Vous êtes fonctionnaire de police ! ». Question laissée ce lundi en suspens mais à laquelle Michel Neyret pourra encore tenter de répondre au cours des deux prochaines semaines.