Catastrophe de Brétigny: Des éléments accablants remettent en cause la thèse de l'accident «imprévisible»

CATASTROPHE « Franchement, c’est la merde à Brétigny. Ça pète dans tous les sens », a notamment écrit un cheminot. Diverses erreurs et défaillances seraient à l'origine de l'accident... 

Clémence Apetogbor

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Le 15 juillet 2013 en Gare de Bondy (Seine-Saint-Denis), des agents de la SNCF inspectent et resserrent si besoin les éclisses des aiguillages des voies ferrées après l?accident ferroviaire de Bretigny-sur-Orge.
Le 15 juillet 2013 en Gare de Bondy (Seine-Saint-Denis), des agents de la SNCF inspectent et resserrent si besoin les éclisses des aiguillages des voies ferrées après l?accident ferroviaire de Bretigny-sur-Orge. — V. WARTNER/ 20 Minutes

Le dossier sur l’accident ferroviaire de Brétigny, qui a fait sept morts le 12 juillet 2013, est épineux. Selon Le Parisien, qui a pu le consulter, ce dossier met à mal la thèse d’un accident « imprévisible », défendue par la SNCF.

En se basant sur les documents, le quotidien révèle l’existence d’une erreur de conception dans l’installation des voies de la gare de Brétigny dès 1991 et souligne également que les juges d’instruction ont acquis la certitude que des opérations de maintenance vitales n’ont pas été effectuées pendant des années. Enfin, Le Parisien indique que le vieillissement des infrastructures et la hausse du trafic sont aussi mis en cause.

Les victimes reçues par les juges

« Ce sont autant d’éléments qui font que les victimes ont besoin d’être rassurées par les juges sur les conditions de l’enquête », plaide Stéphane Gicquel, président de la Fenvac (Fédération nationale des victimes d’accidents collectifs), dans les colonnes du Parisien, alors que les victimes ont été reçues ce lundi par les trois juges en charge du dossier.

« Qui ment ? Où est la vérité ? Qui est responsable ? » interroge de son côté Me Chemla, avocat de l’Association des victimes de Brétigny. « Si des personnes ont commis des fautes, qu’elles soient en haut de l’édifice ou sur les voies, personne ne doit passer entre les mailles du filet. »

Dans ce dossier, deux personnes morales, la SNCF et RFF (Réseau ferré de France), ont été mises en examen pour homicides et blessures involontaires. Trois cheminots, les encadrants du secteur de Brétigny, ont eux été placés sous le statut de témoins assistés.

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Des erreurs en cascade

Le quotidien, extraits de textos ou d’écoutes téléphoniques à l’appui, revient alors sur les diffférentes erreurs commises ces dernières décennies et qui pourraient avoir conduit au drame.

Le 3 juillet 2013, neuf jours avant le drame, un dirigeant de proximité du secteur ferroviaire de Brétigny fait pas de son désarroi à une de ses collègues et amie. « Franchement, c’est la merde à Brétigny. Ça pète dans tous les sens. […] Mais il reste encore tellement de boulot ! Je suis usé », lâche Laurent W. par texto.

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Pourtant, poursuit le quotidien, les problèmes soulignés par le cheminot de 24 ans ne datent pas d’hier. Dès 1991, date à laquelle l’aiguillage de Brétigny a été installé, des problèmes de géométrie de voies surviennent. Le 27 mai 2009, l’expert de la SNCF Alain Delaunay conclut à des erreurs de conception. « Ce n’est pas un seul appareil qui était mal posé mais l’ensemble des appareils, les uns par rapport aux autres, confie aux enquêteurs la directrice adjointe des infrastructures du pôle sud-ouest francilien, qui chapeaute le secteur de Brétigny. II fallait tout reposer correctement. »

Soupçons de faux

De plus, la maintenance qui aurait dû être effectuée sur la partie de l’aiguillage à l’origine de l’accident n’est pas assurée. En février 2008 la fissure incriminée est détectée. « Si on avait suivi plus correctement cette avarie, on aurait peut-être été amenés à remplacer ce cœur », estime un cheminot de Brétigny lors d’un interrogatoire.

Pour les juges, il semble clair que les vérifications de rigueur n’ont pas été effectuées. Pis, selon une source proche du dossier et citée par Le Parisien, « les fiches censées résumer ces interventions sont soit incomplètes, soit elles n’ont pas été retrouvées, poursuit cette même source. Et là encore, il y a des soupçons de faux. »

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« C’est vrai que la maintenance n’était pas faite de façon optimale », rapporte aux enquêteurs une cadre de la SNCF. « On faisait ce qu’on pouvait mais il aurait fallu faire plus. Comme c’était très vieillissant, il aurait fallu une maintenance renforcée mais on n’en avait pas les moyens. »

Le constat du Parisien est sans appel, la hiérarchie ne pouvait ignorer les diverses défaillances relevées à Brétigny. « L’instruction montre que le développement des voies a été privilégié au détriment de la régénération », constate un avocat. « Le millefeuille de la SNCF a fait le reste. Malgré les mails, les rapports, les coups de téléphone, les alertes de la base n’ont jamais été prises en compte. »