VIDEO. Pourquoi la jupe longue est-elle parfois considérée comme un signe religieux ostentatoire?

EDUCATION Mardi, une élève de première d'un lycée de Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne), s’est vue interdire d’entrer dans son établissement en raison de sa tenue...

Delphine Bancaud

— 

Des femmes en jupe longue.
Des femmes en jupe longue. — SIMON ISABELLE/SIPA

C’est une affaire qui divise l’opinion publique. Une élève du lycée de Montereau-Fault-Yonne en Seine-et-Marne n’a pas pu eu le droit d’entrer dans l’établissement en raison de sa tenue (une jupe très longue avec un gilet qui s’arrêtait aux genoux), rapporte L’Obs.

La veille, elle avait été mise en garde par la proviseure, qui estimait que sa tenue vestimentaire était un « signe ostentatoire religieux », et qu’elle ne pouvait donc pas venir au lycée comme ça. Convertie à l’islam depuis un an, la jeune fille porte le voile qu’elle retire avant d’entrer à l’école. La proviseure a invité la famille lundi pour dialoguer, mais celle-ci penserait à porter plainte. 20 minutes revient sur les cas où la jupe longue peut être considérée comme un signe religieux ostentatoire.

Que dit la loi sur le sujet ?

La loi du 15 mars 2004 stipule que « dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit ». Une circulaire parue en mai 2014 précisait que « les signes et tenues qui sont interdits sont ceux dont le port conduit à se faire immédiatement reconnaître par son appartenance religieuse tels que le voile islamique, quel que soit le nom qu’on lui donne, la kippa ou une croix de dimension manifestement excessive ». Mais la circulaire indique aussi que la loi « n’interdit pas les accessoires et les tenues qui sont portés communément par des élèves en dehors de toute signification religieuse. En revanche, la loi interdit à un élève de se prévaloir du caractère religieux qu’il y attacherait, par exemple, pour refuser de se conformer aux règles applicables à la tenue des élèves dans l’établissement ».

Ce qui signifie qu’une jupe longue prise isolément, n’est pas considérée comme un signe religieux ostentatoire. L’équipe pédagogique fait preuve de discernement et évalue l’attitude globale de l’élève pour déterminer si cette tenue pose problème. « C’est un faisceau d’éléments qui peuvent conduire le chef d’établissement à refuser l’accès de l’établissement à une élève. Par exemple si celle-ci, en plus de porter systématiquement des jupes longues, refuse les cours d’EPS ou a une attitude prosélyte », explique le rectorat de Créteil à 20 minutes.

>> A lire aussi : «La loi sur l’interdiction de signes religieux à l’école n’a pas réglé les problèmes»

Y a-t-il eu des précédents ?

Ce cas n’est pas isolé : en 2015, une collégienne de Charleville-Mézières (Ardennes), a été interdite de cours à deux reprises à cause d’une longue jupe noire, jugée comme « un signe religieux ostentatoire ». Pour l’Académie de Reims, c’était une action « revendicatrice » et « concertée » avec d’autres élèves. La même année, le Collectif contre l’islamophobie en France a été saisi de 177 cas de collégiennes et de lycéennes à qui leur établissement reprochait une tenue vestimentaire contraire à la loi de 2004, relative au port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse à l’école. La plupart de ces affaires concernaient la longueur de leurs jupes.

>> A lire aussi : Education: La laïcité est-elle vraiment menacée?

Comment se règlent ces affaires ?

Généralement, une médiation entre le chef d’établissement et l’élève suffit. « Il y a toujours un dialogue avec l’élève et sa famille », insiste le rectorat de Créteil. « Aucune élève ne peut être exclue en fonction de la longueur ou couleur de sa jupe », a d’ailleurs affirmé Najat Vallaud-Belkacem en 2015. La plupart du temps, l’élève décide de s’habiller autrement et de se conformer au règlement intérieur. Dans de très rares cas, une attitude prosélyte obstinée de l’élève débouche sur un conseil de discipline.

Pourquoi ces cas font-ils débattre ?

Justement parce qu’ils laissent place à la libre interprétation des chefs d’établissements. La mère de la lycéenne qui n’a pas eu accès à son établissement de Montereau-Fault-Yonne mardi a ainsi menacé de porter plainte : « Excepté les quelques problèmes de bavardages, c’est une fille très discrète sur sa conversion. Il faut que les gens arrêtent de faire des amalgames et de juger trop vite », a-t-elle déclaré à l’Obs.

Sur Twitter, le hashtag #JePorteMaJupeCommeJeVeux avait émergé en 2015 et il a été alimenté ce vendredi. Preuve que le débat est toujours vif.

 

D’autres voies, à l’instar de celle de Jean Baubérot, sociologue de la laïcité estiment que la sévérité de l’Education nationale à l’égard du port de la jupe longue pourrait avoir des conséquences néfastes à termes. « Si l’on pourchasse les jeunes filles qui ont des jupes longues, leurs parents vont les mettre à l’école privée », avait-il déclaré à l’AFP en 2015.