Un candidat révise l'épeuve du Code de la route dans une auto-école, à Dijon le 10 février 2016.Credit:KONRAD K./SIPA/
Un candidat révise l'épeuve du Code de la route dans une auto-école, à Dijon le 10 février 2016.Credit:KONRAD K./SIPA/ — SIPA

EXAMEN

Chute du taux de réussite au Code de la route: D'où vient le problème?

Seulement 16,7 % des premiers candidats à la nouvelle épreuve l’ont réussi lundi…

Des résultats calamiteux qui pourraient faire peur aux prochains candidats. Lundi, les premiers apprentis conducteurs qui ont inauguré la nouvelle épreuve du Code de la route ont massivement échoué. Le taux de réussite à cette épreuve a péniblement atteint 16,7 % alors qu’il était de 70 % avec l’ancienne formule.

Une hécatombe qui a fait grogner les candidats malheureux et lesauto-écoles elles-mêmes. « Une telle chute des résultats n’est pas acceptable. Car l’épreuve du Code ne doit pas être élitiste. Cela montre que les candidats ont été déboussolés », réagit ainsi Philippe Colombani, président de l’UNIC (Union nationale des indépendants de la conduite) et directeur d’auto-école. « Lorsqu’une réforme est mise en place, il y a toujours des personnes qui essuient les plâtres, ces mauvais chiffres ne sont donc pas étonnants », tempère Patrice Bessone, président national du CNPA (Conseil national des professions de l’automobile) éducation routière.

Peu de temps de préparation

Ce fiasco s’explique par de nombreuses raisons. Tout d’abord par la difficulté des auto-écoles à préparer les candidats à l’ancienne épreuve qu’ils ont passée jusqu’à vendredi dernier et à la nouvelle épreuve, qu’ils ont passée à partir du 2 mai. « Je n’ai mis en place une formation aux nouvelles questions à l’auto-école que jeudi dernier, car il fallait continuer à former les candidats à l’ancienne épreuve. Mais les candidats de mai pouvaient se familiariser avec la nouvelle épreuve en allant les consulter sur les sites des éditeurs du Code de la route », témoigne ainsi Olivier, enseignant à la conduite à Mouffetard auto-école à Paris.

« Les nouveaux supports pédagogiques relatifs aux questions du Code ne sont arrivés dans les auto-écoles que début avril. Les jeunes avaient un mois pour s’entraîner, mais sachant aussi qu’ils révisent leurs examens à cette période-là, ce n’était pas évident pour eux », ajoute aussi Patrice Bessone. « Pourtant, on avait demandé au ministère de l’Intérieur beaucoup de places d’examens en avril pour anticiper cette difficulté, mais cela nous a été refusé », explique Philippe Colombani.

Certains professionnels suspectent aussi les éditeurs du Code de la route de ne pas avoir fourni des questions suffisamment adaptées aux nouvelles exigences de l’épreuve. Et le prix des supports pédagogiques étant assez onéreux, certaines auto-écoles ont aussi traîné la patte pour les acquérir.

Une épreuve qui exige une vraie préparation

Pour Patrick Bessone, la nouvelle épreuve révèle aussi un problème plus global : « Les jeunes ne viennent plus se former au Code dans les auto-écoles et préfèrent se préparer sur Internet. Or, il n’y a pas de secret : pour réussir l’épreuve, il faut assister au cours. Une démarche d’autant plus nécessaire, que la nouvelle épreuve exiged’autres compétences de la part des élèves, selon Philippe Colombani : « elle fait plus appel à des cas pratiques, à l’analyse de situations de conduite. Il ne suffit pas de bachoter la réglementation ».

« Certaines des nouvelles questions portent sur les outils de navigation, comme les limitateurs de vitesse. Donc l’idéal est de commencer la conduite en même temps que la préparation au Code », estime aussi Patrick Bessone. Mais de là à dire que l’épreuve serait plus dure que la précédente, Olivier, enseignant à la conduite à Mouffetard auto-école, s’y refuse : « ce sont des questions de bon sens. Et d’ailleurs, je n’ai pas vu de grosses différences de résultats des élèves aux examens blancs », indique-t-il. Le délégué interministériel à la sécurité routière, Emmanuel Barbe, a cependant promis ce mercredi que les questions pièges seraient revues : « Nous sommes en train d’analyser les questions qui ont donné du mal, on va les retirer momentanément, éventuellement les reformuler », a-t-il indiqué.

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Retenter sa chance moyennant finances

Reste que selon Philippe Colombani, l’épreuve du Code ne sera plus une formalité pour les candidats : « on ne reviendra pas à 70 % de taux de réussite, mais sans doute à 50 %. C’est l’affaire de quelques semaines, le temps que toutes les auto-écoles se mettent à la page et que les candidats aient le temps de s’exercer », prévoit-il. « D’ici le milieu du mois, les candidats vont s’améliorer », croit aussi Olivier.

Mais pour ceux qui ont payé les pots cassés, les auto-écoles n’ont pas prévu de leur faire de ristourne lorsqu’ils repasseront le Code. « On ne peut pas porter le chapeau de ce démarrage compliqué de laréforme », explique Philippe Colombani. Mais les auto-écoles ont d’ores et déjà demandé au ministère de l’Intérieur des sessions de rattrapage pour que ces candidats malheureux puissent repasser rapidement l’examen. Affaire à suivre.