Journées de la refondation de l'Ecole: Comment Hollande compte reconquérir les profs

EDUCATION Lundi et mardi, le gouvernement fera un point d’étape sur les réformes de l’Education engagées depuis le début du quinquennat…

Delphine Bancaud

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Najat Vallaud-Belkacem dans une école de Pouilly-sur-Serre, le 1er septembre 2015.
Najat Vallaud-Belkacem dans une école de Pouilly-sur-Serre, le 1er septembre 2015. — TAVERNIER-POOL/SIPA

Une grand-messe pour rassembler un maximum de fidèles. Le gouvernement organise lundi et mardi lesjournées de la refondation de l’Ecole de la République au Palais Brongniart à Paris, qui accueilleront 70 intervenants et 2.000 participants. But de l’opération : « Faire un point d’étape sur tout ce qui a été fait depuis 2012 en matière d’Education et tout ce qui reste à accomplir. Et redonner de la cohérence à l’action du gouvernement dans ce domaine », explique à 20 minutes l’entourage de Najat Vallaud-Belkacem. Pour ce faire, les trois ministres de l’Education qui se sont succédé rue de Grenelle (Peillon, Hamon, Vallaud-Belkacem) seront présents, histoire de montrer que le camp socialiste est soudé lorsqu’il parle de l’Education.

Une opération de communication qui s’adresse tant au grand public qu’aux enseignants, à l’heure où le gouvernement multiplie les occasions de souligner les résultats de sa politique initiée depuis 2012. « C’est le moyen de démontrer que l’Education a bien été une priorité dans le quinquennat, comme cela avait été annoncé lors de la campagne de 2012 », souligne Claude Lelièvre, historien de l’Education.

Des griefs différents pour les profs du 1er et du second degré

Une tentative de reconquête d’autant plus justifiée que « les enseignants, majoritairement à gauche, font partie des déçus du gouvernement », constate Laurent Frajerman, chercheur en histoire sociale. « La frange la plus à gauche des enseignants est même en rupture totale avec la politique de François Hollande depuis le débat sur la déchéance de nationalité et la loi El Khomri », poursuit-il. La politique fiscale menée par le gouvernement depuis 2012 a pu aussi irriter une partie du corps enseignant. Mais ce n’est pas tout : malgré les créations de postes dans l’Education nationale depuis 2012 et la réinstauration d’une formation initiale pour les futurs profs, les enseignants sont loin d’avoir approuvé toutes les mesures mises en œuvre par la rue de Grenelle.

« Malgré plusieurs mesures positives (nouveaux programmes de maternelle, plus de maître que de classe…), les enseignants du primaire ont été fortement agacés par la réforme des rythmes scolaires qui a détérioré leurs conditions de travail et dont ils ne voient pas franchement les effets positifs sur les élèves », indique Claude Lelièvre. Ceux du second degré ont aussi des rancœurs vis-à-vis du gouvernement : « La réforme du collège a été massivement rejetée par eux. La pluridisciplinarité imposée leur pose toujours problème. Le fait que le ministère ait finalement maintenu les classes bilangues, mais pas partout, après avoir indiqué que leur suppression se fondait sur un refus de l’élitisme, est assez mal passé. Et Najat Vallaud-Belkacem a clivé les enseignants », observe Laurent Frajerman.

La tentation de la droite en 2017

Déçus, certains enseignants pourraient même lorgner vers la droite en 2017, comme le montre une enquête Cevipov publiée en mars. Selon celle-ci, si François Hollande se présentait à l’élection présidentielle, il récolterait 26,7 % des intentions de vote des enseignants au premier tour, contre 28 % pour Alain Juppé. « Cela marque l’éloignement du PS des enseignants. Juppé est considéré comme presque centriste par eux », analyse Claude Lelièvre. « En 2012, François Bayrou avait déjà séduit beaucoup d’enseignants en tenant un discours valorisant sur leur métier et en insistant sur les valeurs républicaines », renchérit Laurent Frajerman. L’ouvrage d’Alain Juppé publié en août dernier, intitulé Mes chemins pour l’école, où il proposait d’augmenter de 10 % les enseignants du premier degré, n’est sans doute pas étrangers à ces intentions de vote.

Pour reconquérir les sceptiques, le gouvernement a donc prévu le grand jeu lors de ces journées de la refondation de l’Ecole. Avec le discours de François Hollande le lundi en fin d’après-midi et celui de Manuel Valls le mardi soir. Ce dernier annoncera d’ailleurs de quelle manière et à quelle échéance les professeurs des écoles seront augmentés. Pas sûr que cela suffise pour redorer le blason du gouvernement auprès des enseignants : « Cela pourra changer la donne auprès des enseignants du primaire, mais s’il n’y a pas de geste vis-à-vis de ceux du second degré, ces annonces peuvent encore accroître leur mécontentement », indique Laurent Frajerman.

Reste à savoir si le gouvernement profitera de l’occasion pour donner d’autres gages aux enseignants : « Il faudrait annoncer le renforcement de laformation continue pour les enseignants du second degré », estime Claude Lelièvre. « Ou une mise en œuvre progressive de la réforme des programmes au collège », poursuit Laurent Frajerman. En attendant le Snes a déjà prévenu qu’il donnerait de la voix lundi lors d’un rassemblement à 14h devant le palais Brongiart, en déclarant qu’il ne se leurrait « pas un instant sur l’issue de ces journées ». La tentative de reconquête est donc loin d’être gagnée.

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