Le «bore-out» convoqué au procès d’un salarié licencié

JUSTICE La demande d’un salarié qui accuse son ancienne entreprise de l’avoir conduit à l’épuisement en le mettant «au placard» est examinée ce lundi aux prud’hommes...

Journaliste afp

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Un homme dans son bureau à Paris.
Un homme dans son bureau à Paris. — SOLAL/SIPA

« Le tout premier procès du bore-out en France ». Depuis quelques semaines, c’est sur ce thème que Frédéric Desnard, un Parisien de 44 ans, tente d’alerter les médias au sujet de l’examen de son cas par le conseil des prud’hommes de Paris, ce lundi. Licencié en septembre 2014 « sans cause réelle et sérieuse », selon lui, il accuse en effet son ancien employeur, une entreprise spécialisée dans le parfum, de l’avoir conduit à l’épuisement… par l’ennui.

Vrai ou faux ? C’est la question à laquelle devront répondre les prud’hommes, habitués à traiter des affaires de mise au placard mais probablement confrontés pour la première fois au concept de « bore-out ». Pour les convaincre, Frédéric Desnard entend raconter ce qu’il appelle sa « descente aux enfers », entre 2010 et 2014. « Placardisé » alors qu’il occupait le poste de responsable des services généraux de son entreprise, Interparfums, depuis 2006, il dit avoir été « relégué à des tâches qui n’avaient rien à voir avec [son] travail d’origine », au service de ses chefs.

Burn-ou ou bore-out?

Conséquence directe de cette situation, selon lui, une crise d’épilepsie au volant, en mars 2014, l’envoie dans le décor. Le début de sa prise de sa conscience, raconte-t-il. Après avoir lu un article sur le Web, il met un mot sur son mal : le « bore-out ». Il se voit prescrire plusieurs mois d’arrêt de travail, jusqu’à ce que l’entreprise lui annonce son licenciement pour « absence prolongée perturbant son bon fonctionnement ». Une version des faits que son avocat, Montasser Charni, ne va pas manquer d’appuyer : « On fait en sorte qu’il n’ait plus de travail, et puis on le licencie… »

Du côté d’Interparfums, on se défend pourtant de tout licenciement abusif et on nie toute responsabilité dans le mal-être dont Frédéric Desnard se dit victime. « Pendant les quatre années dont il parle, il n’a jamais évoqué un quelconque ennui », assure Jean-Philippe Benissan, l’avocat de l’entreprise. Au contraire, ajoute-t-il, c’est de « burn-out » qu’il a commencé à se plaindre en octobre 2014 à la justice, donc d’une surcharge de travail. Par ailleurs, « s’il n’avait rien eu à faire pendant quatre ans, pourquoi l’entreprise l’aurait-elle gardé ? » interroge-t-il.

Diffamation

En décembre 2015, les deux parties s’étaient déjà retrouvées au tribunal. Poursuivi pour diffamation non publique en raison d’un mail envoyé à une journaliste, Frédéric Desnard avait été condamné à payer 1.000 euros. La justice avait alors estimé que ses propos avaient été « inspirés par le ressentiment et l’animosité personnelle », « mettaient en cause l’honorabilité de la société Interparfums » et que l’accusation « selon laquelle l’employeur aurait ruiné sa santé » n’était pas « prouvée ».

Pour cette deuxième manche, Frédéric Desnard arrive avec un dossier plus épais. Il réclame notamment le paiement de l’indemnité compensatoire de préavis (8.500 euros), de ses congés payés (805 euros), des dommages-intérêts pour harcèlement moral (150.000 euros) et pour nullité du licenciement (200.000 euros).