«Le bore-out peut avoir des conséquences sur la santé»

INTERVIEW Le docteur François Baumann définit ce qu'on appelle le «bore-out», alors que s’ouvre ce lundi un procès au cœur duquel un salarié a placé l’ennui au travail...

Propos recueillis par Journaliste afp

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Illustratiou travail.
Illustratiou travail. — OJO IMAGES/REX FEATURES/SIPA

Après les cabinets des médecins et les rédactions des journaux, le « bore-out » s'apprête à franchir les portes du tribunal. Ce lundi, le conseil des prud'hommes de Paris examine la demande d'un salarié qui dit avoir été licencié « sans cause réelle et sérieuse » après un épuisement professionnel dû à l'ennui. Le « tout premier procès du bore-out en France », selon lui.

Vrai ou faux ? En attendant la réponse de la justice, 20 Minutes a demandé au Dr François Baumann, auteur d'un livre sur le sujet*, de faire le point sur ce qu'on appelle « bore-out ».

Comment définissez-vous le bore-out ?

Très simplement, on peut le définir comme un épuisement physique et moral à la suite de l’ennui au travail. C’est une complication de l’ennui, en somme. En des termes plus médicaux, le bore-out est un syndrome, c’est-à-dire un ensemble de symptômes, dont font partie les insomnies et l’incapacité à se mouvoir, physiquement et intellectuellement. Au même titre que le burn-out, il s’agit clairement d’une maladie professionnelle, même si ni l’un ni l’autre n’a été reconnu par l’Académie de médecine ou l’Assemblée nationale. La grande différence entre le burn-out et le bore-out, outre l’origine du mal, c’est que le second reste encore honteux. Il est difficile de dire qu’on se sent mal parce qu’on ne sert à rien sur son lieu de travail.

Quelles peuvent en être les conséquences ?

Le bore-out est progressif. Arrive un moment où on ne peut plus aller au travail et où on se fait prescrire un arrêt. Et dans certains cas, comme pour le burn-out, cela peut même aller jusqu’à la tentative de suicide. A terme, les conséquences peuvent également être physiques. La dépression entraîne une baisse de l’immunité ; il est donc logique que le corps soit davantage perméable aux infections et soit plus sensible de manière générale. Cela peut se traduire par des vertiges, des tremblements, des douleurs gastriques… Une étude britannique estime par ailleurs que les salariés qui s’ennuient au travail ont trois fois plus de chances que les autres de contracter des maladies cardiovasculaires. Mais il est encore tôt pour avoir des certitudes sur le bore-out. Cela ne fait que quelques années qu’il est identifié comme tel.

Que faire si on se pense victime d’un bore-out ?

La première chose à faire, c’est d’aller voir un médecin pour s’en assurer. Puis son chef au travail, pour lui faire part du problème. Le premier pourra soigner la dépression, si c’en est une, avec des médicaments ou la psychothérapie. Au second d’améliorer les conditions de travail de son employé. Voilà sur le papier. Le problème, actuellement, c’est que le bore-out est encore méconnu et surtout pas reconnu. Les chefs ont encore trop tendance à répondre « secouez-vous » à ceux qui parlent de baisse de motivation profonde liée à l’ennui au travail. Il est important de mettre un mot sur ce mal pour pouvoir ensuite flécher le parcours de ceux qui en souffrent.

*Le bore-out: Quand l'ennui au travail rend malade, éditions Josette Lyon, février 2016.