Isolement, droit de visite, caméras: Toutes les questions autour de la détention d'Abdeslam

PRISON Le suspect clé des attentats de Paris est arrivé en France ce mercredi matin…

H.S et V.V

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Vue aérienne de la prison de Fleury-Mérogis où est incarcéré Salah Abdeslam.
Vue aérienne de la prison de Fleury-Mérogis où est incarcéré Salah Abdeslam. — ALIX PASCAL/SIPA

La machine judiciaire est en route. Un mois et une semaine après son arrestation en Belgique, Salah Abdeslam, terroriste présumé, a été transféré en France ce mercredi matin, afin d’être présenté aux juges d’instruction chargés de l’enquête sur  les attentats du 13 novembre à Paris et Saint-Denis. Comment assurer efficacement la détention provisoire pour amener Salah Abdeslam jusqu’au procès, tant attendu par les victimes et leurs proches ? C’est la question à laquelle tentent de répondre, depuis son interpellation, la chancellerie et l’administration pénitentiaire.

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  • Le placement à l’isolement

« Dès que le magistrat instructeur l’aura décidé, Salah Abdeslam sera évidemment placé en détention provisoire dans un établissement d’Ile-de-France, placé en quartier d’isolement »,a annoncé ce mercredi matin le garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas. L’établissement en question est la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, plus grande prison d’Europe qui compte actuellement 4.378 détenus. La proximité de l’établissement avec Paris, où se concentrent les instances chargées de l’antiterrorisme, la sécurité des infrastructures et la rénovation récente de plusieurs ailes de la prison ont logiquement placé Fleury en tête des solutions envisagées par les autorités judiciaires.

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Le placement à l’isolement a été notifié par le juge d’instruction lors de sa première comparution. « A Fleury, les détenus placés à l’isolement sont situés à un étage spécifique et ne voient pas les autres prisonniers. Ils voient essentiellement des professionnels de l’autorité pénitentiaire, le personnel médical qui intervient deux fois par semaine, leurs avocats. Ils peuvent demander de suivre des cours, mais par correspondance. Au-delà de la solitude, l’isolement peut exiger des contraintes logistiques. S’il doit se rendre à l’unité sanitaire, il sera escorté et les mouvements des autres détenus seront bloqués pour qu’il ne croise personne », détaille Virginie Bianchi, avocate pénaliste et ancienne sous-directrice de la prison de Clairvaux dans l’Aube de 1997 à 2001.

Lors de sa détention en Belgique à la prison de Bruges, Salah Abdeslam a pu recevoir la visite de son frère Mohammed. En France, rien ne dit que cela sera possible : « Il aura exactement les mêmes droits qu’un autre détenu en ce qui concerne ses avocats. En revanche, les demandes de permis de visite relèvent de la compétence du juge d’instruction », ajoute Me Bianchi. A Fleury, les jours et les tranches horaires de parloirs varient en fonction du bâtiment dans lequel le détenu est incarcéré.

  • Les caméras de vidéosurveillance

Le suicide de Yassin Salhi, l’homme écroué pour avoir décapité son patron et attaqué un site gazier en Isère, en décembre dernier et dans les murs de Fleury-Mérogis inquiètent les associations de victimes et leurs avocats. « Vous ne pouvez pas empêcher quelqu’un de se suicider s’il en a fait le choix, indiquait récemment à 20 Minutes Dominique Many, avocat qui a déjà défendu des candidats au djihad. »

Pour remédier à cette éventualité, le ministère de la Justice et l’administration pénitentiaire ont décidé d’installer des caméras de vidéosurveillance dans la cellule de Salah Abdeslam afin d’éviter qu’il ne se tue. « La cellule est équipée d’un dispositif de vidéosurveillance », a confirmé le garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas, dans un communiqué mercredi soir.

Selon une source syndicale FO Pénitentiaire contactée par 20 Minutes, deux appareils ont été installés dans l’après-midi : « C’est une première. On innove nos méthodes car c’est un détenu particulier. C’est quelque chose que notre syndicat avait réclamé. Tout simplement parce qu’on doit l’amener jusqu’au procès. Et si ça peut servir pour d’autres détenus dans le futur, c’est tant mieux. »

Une décision qui laisse sceptique Me Bianchi : « C’est du jamais vu. Je ne vois pas bien quel est le cadre légal et j’imagine que ses avocats sont en mesure de saisir une juridiction sous le motif d’atteinte à la dignité, ou à la vie privée. » En charge de cette question,la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés) a toutefois confirmé à 20 Minutes avoir été « en contact avec la Chancellerie » concernant la mise en place d’un système vidéo dans une cellule.

De son côté, Jean-Jacques Urvoas a assuré que « les modalités d’usage [de la vidéosurveillance] ont été fixées conformément aux exigences de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et du droit français de la protection des données personnelles ».

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  • Une équipe de surveillants dédiée ?

« Il sera pris en charge par une équipe de surveillance dédiée, composée de surveillants aguerris, formés à la détention des personnes réputées dangereuses. Un certain nombre de mesures ont déjà été prises pour que son environnement soit sécurisé », a déclaré le garde des Sceaux à la sortie du Conseil des ministres. Selon les établissements, les détenus placés à l’isolement sont surveillés par des équipes qui tournent également sur d’autres unités ou des équipes dédiées. Une alternative préférable, selon Me Bianchi : « S’il n’existe pas de formation particulière de surveillant pénitencier pour détenus à l’isolement, ils acquièrent une expérience particulière. Le nombre réduit de détenus et les profils spécifiques changent le rapport à la surveillance et les équipes sont particulièrement sensibilisées à la question du suicide. »

La prochaine comparution face au juge d’instruction n’interviendra pas avant le 20 mai, a fait savoir son avocat, Me Frank Berton. D’ici là, c’est tout un établissement pénitentiaire qui va devoir s’acclimater à ce nouveau détenu.