Attentats de Paris: Les questions auxquelles Salah Abdeslam va devoir répondre en France

TERRORISME Salah Abdeslam va désormais devoir répondre aux questions d’un magistrat français concernant son implication dans les attentats du 13 novembre…

Florence Floux

— 

Salah Abdeslam filmé en 2014 par la télévision belge TV Brussel.
Salah Abdeslam filmé en 2014 par la télévision belge TV Brussel. — TV Brussel

Salah Abdeslam, le suspect numéro un des attentats du 13 novembre, est enfin arrivé en France. Après avoir rendu des comptes sur ses agissements dans la région de Bruxelles, celui qui affirme avoir renoncé à se faire exploser au Stade de France va devoir affronter les questions d’un juge d’instruction parisien. Voici les points principaux que le magistrat tentera d’éclaircir.

Quel a été son rôle dans la préparation des attentats ?

Sven Mary, son avocat belge, l’a dit en parlant du 13 novembre : « Il y était. » Si Salah Abdeslam bénéficie, comme tous les justiciables, de la présomption d’innocence, il ne nie pas avoir eu des liens avec certains kamikazes des attentats de Paris. Pour une raison très simple : l’un d’entre eux était son frère. Mais quel a été son rôle dans l’organisation des attaques terroristes ? Salah Abdeslam est souvent présenté comme un « logisticien ».

  • En lien avec Belkaïd et Laachraoui. Avant le 13 novembre, il a multiplié les allers-retours : le 9 septembre, il part en compagnie de Najim Laachraoui et Mohamed Belkaïd en Hongrie. Ces deux hommes avaient des liens étroits avec les attaques de Paris et Saint-Denis. Ils sont notamment suspectés d’avoir versé à Hasna Aïtboulahcen l’argent qui lui a permis de trouver un logement pour son cousin, Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh, à Saint-Denis, au lendemain des attentats. C’est à cet endroit qu’ils trouvent la mort tous les trois lors de l’assaut du Raid, le 18 novembre. Abaaoud, considéré comme l’organisateur des attentats, et Akrouh sont soupçonnés d’avoir fait partie du commando des terrasses, avec Brahim Abdeslam, le 13 novembre. C’est également à Belkaïd et Laachraoui, considéré comme l’artificier de Paris et Bruxelles, que les kamikazes du Bataclan auraient envoyés des SMS le soir des attaques, dont le fameux « On est parti, on commence. » Le 17 septembre, il repart pour Budapest, où les enquêteurs le soupçonnent d’avoir été mandaté pour recruter une « équipe » parmi des migrants.
     
  • Une visite à Sofiane Ayari. Pour le moment, Sofiane Ayari n’apparaît pas dans l’enquête sur les attentats de Paris et Saint-Denis, mais le fait qu’Abdeslam soit venu le voir à Ulm, en Allemagne, le 2 octobre, apporte de l’eau au moulin de la théorie qui présente Abdeslam comme un logisticien. Ayari a été arrêté en même temps qu’Abdeslam le 18 mars, à Molenbeek. Il était arrivé sur l’île grecque de Leros le 20 septembre en même temps qu’Osama Krayem, qui aurait participé à l’attentat de la station de métro Maelbeek, à Bruxelles. Celui-ci a été arrêté à Anderlecht le 8 avril. Il affirme, comme Abdeslam pour le soir du 13 novembre, avoir renoncé au dernier moment à se faire sauter, laissant Khalid El Bakraoui se faire exploser seul. Ayari devait-il lui aussi participer à une prochaine attaque ?
     
  • Du matériel pyrotechnique. Toujours en octobre, Salah Abdeslam se rend dans le Val-d’Oise, dans un magasin de matériel pyrotechnique pour y acheter des allumeurs, selon Le Parisien.
     
  • Des allers-retours entre Bruxelles et Paris. Le 11 novembre, quelques jours seulement avant les attaques parisiennes, des images de vidéosurveillance montrent Salah Abdeslam en compagnie de son ami Mohamed Abrini dans une station essence entre Paris et Bruxelles. Ils sont au volant de la Clio qui servira à déposer les kamikazes du Stade de France deux jours plus tard, louée par Salah Abdeslam. Le 12 novembre, trois voitures avec à leur bord les trois commandos du 13 novembre, quittent Bruxelles pour Paris : la Clio, une Seat et une Polo.
     
  • La location des planques d’Alfortville. Les deux appartements loués à Alfortville (Val-de-Marne), et qui ont servi de port d’attache aux commandos du Bataclan et des terrasses l’ont été au nom de Salah Abdeslam, sur le site Booking.com.

Quel a été son rôle précis le 13 novembre ?

C’est la question à 3.000 dollars. Les indices qu’a laissés Abdeslam derrière lui ne trahissent aucun plan précis.

  • Le chauffeur du commando du Stade de France. Peu avant 21h, Salah Abdeslam et les trois kamikazes du Stade de France quittent leur planque de Bobigny (Seine-Saint-Denis) en Clio. Abdeslam dépose les trois hommes aux abords du stade. Mais qu’a-t-il fait ensuite ?
     
  • Une virée en métro dans le 9-2. Son téléphone « borne » plus tard dans la soirée dans les Hauts-de-Seine, du côté de Montrouge, où une ceinture d’explosifs est retrouvée dans une poubelle, pus à Bagneux, et à Châtillon. Sa voiture est retrouvée le lendemain dans le 18e arrondissement de Paris, où un attentat qui n’a jamais eu lieu est revendiqué dans le communiqué de Daesh parlant des attaques. Salah Abdeslam devait-il se faire exploser dans le 18e ?
     
  • La fuite en Belgique. On sait qu’il a appelé à 2h du matin le 14 novembre ses amis, Hamza Attou et Mohamed Amri pour qu’ils viennent le chercher à Paris. Les trois hommes sont contrôlés trois fois su le chemin retour. Ils ne sont pas recherchés à ce moment-là et sont laissés libres. Hamza et Amri ont depuis été arrêtés et inculpés en Belgique. Selon des PV d’audition d’Hamza Attou que Le Soira pu consulter, lors du trajet, Salah Abdeslam, « pleurait et criait en racontant ce qui était arrivé. Il nous a dit qu’il avait commis les attentats de Paris, que lui était la dixième personne à accomplir ces attentats. » Pourquoi s’est-il débarrassé de sa voiture dans le 18e pour ensuite demander à des complices de venir le chercher en urgence ? Et pourquoi disposait-il d’une ceinture d’explosifs ?

Les terroristes de Bruxelles voulaient-ils vraiment refrapper Paris ?

C’est le parquet fédéral belge qui l’a affirmé après l’arrestation de Mohamed Abrini, arrêté à Anderlecht le 8 avril en compagnie d’Osama Krayem.

  • Abrini, le « 11e homme » de Paris ? Abrini est considéré par les enquêteurs comme le 11e homme des attaques terroristes de Paris et de Saint-Denis. Il aurait été reconnu dans le convoi du 12 novembre qui menait les trois commandos vers Paris. D’après le parquet fédéral belge, « il ressort de plusieurs éléments de l’enquête que l’objectif du groupe terroriste était de frapper à nouveau la France et que c’est pris de court par l’enquête qui avançait à grands pas qu’ils ont finalement décidé dans l’urgence de frapper Bruxelles ». Abrini a effectivement avoué être « l’homme au chapeau », c’est-à-dire le troisième homme de l’attentat à l’aéroport Zaventem, le 22 mars, à Bruxelles.
     
  • Laachraoui et Belkaïd, de Paris à Bruxelles. L’un des kamikazes de l’aéroport, Najim Laachraoui, aurait lui aussi joué un rôle important dans les attaques de Paris et de Saint-Denis. Celui-ci, comme vu plus haut, était en lien avec Mohamed Belkaïd, tué en Belgique le 15 mars, lors d’une perquisition par une équipe commune d’enquête. Lors de la fusillade, deux de ses complices parviennent à s’enfuir : Salah Abdeslam et Sofiane Ayari… Abdeslam se trouvait donc dans la même planque que Belkaïd. Pourquoi ? De nouvelles frappes, y compris en France étaient-elles en préparation ? Quelles en étaient les cibles ?

Qui sont ses complices potentiels ?

C’est une des questions majeures de l’enquête : reste-t-il des individus impliqués dans les attentats du 13 novembre en liberté ? Ce que l’on a appelé « la cellule Abaaoud » a-t-elle finalement été démantelée dans sa globalité par les enquêteurs français et belges ? Abaaoud se serait vanté d’être arrivé en France avec 90 individus prêts à passer à l’action, un peu partout en Ile-de-France.