Des escrocs usurperaient l'identité du ministre de la Défense

ESCROQUERIE Les escros ont pretexté des prises d'otage d'agents secrets et ont demandé de l'aide pour payer des rançons de plusieurs millions d'euros...

Clémence Apetogbor

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Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian à Paris, le 20 janvier 2016.
Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian à Paris, le 20 janvier 2016. — Thibault Camus/AP/SIPA

Qui essaye de se faire passer pour le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian ? Le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire sur des tentatives d’arnaques par téléphone commises par des escrocs, a appris l’AFP vendredi de source judiciaire.

Les escrocs, qui ont notamment agi en 2015, ont contacté plusieurs présidences d’Etats africains, des ambassades en France et à l’étranger, des entreprises françaises, fondations ou associations humanitaires, a expliqué la source judiciaire.

Des virements totalisant 22 millions d’euros

Se faisant passer pour le ministre ou ses proches collaborateurs, ils ont échafaudé des scénarios de prises d’otage d’agents secrets et ont demandé de l’aide pour le paiement de rançons de plusieurs millions d’euros à la place de la France, dont la ligne officielle est de ne pas verser d’argent. Cette manipulation permet à l’escroc de demander à sa cible de garder le plus grand secret et de virer rapidement l’argent sur des comptes numérotés dans des paradis fiscaux.

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Ce genre d’escroquerie, dite aux « faux ordres de virement » (Fovi) ou « fraude au président », est un classique où les malfaiteurs se font généralement passer pour le patron d’une entreprise pour se faire transférer de grosses sommes d’argent par des collaborateurs.

Cette fois-ci, l’arnaque a toujours échoué, sauf à deux reprises, où des virements totalisant la somme de 22 millions d’euros ont été effectués, mais les fonds ont dans leur grande majorité pu être bloqués et récupérés, a indiqué une source proche du dossier.

Un système d’escroquerie bien connue

En juillet 2015, les ministères français de la Défense et des Affaires étrangères avaient signalé les faits au parquet de Paris, qui avait confié une enquête préliminaire à l' Office central de répression de la grande délinquance financière (OCRGDF), spécialisé dans ce type d’arnaque.

Désormais, les investigations seront menées par des juges d’instruction, toujours avec l’aide de l’OCRGDF. Le parquet a ouvert mercredi une information judiciaire pour escroqueries et tentatives d’escroquerie en bande organisée, blanchiment d’escroquerie en bande organisée et usurpation d’identité et de qualité, a indiqué la source judiciaire.

Cette escroquerie est bien connue par la police française, qui soupçonne des escrocs israéliens ou franco-israéliens installés en Israël d’être parvenus au cours des dernières années, notamment en mystifiant des chefs d’entreprise ou des services comptables de grosses sociétés, à se faire remettre de très fortes sommes.