DSK et l’affaire dite « du Carlton » de retour devant la justice civile

JUSTICE L’association Le Nid étant la seule à avoir fait appel du jugement rendu en juin à Lille, seules les dispositions civiles portant sur les dommages et intérêts des victimes seront réexaminées ce jeudi à Douai…

Vincent Vantighem

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DSK en février 2015 à Lille.
DSK en février 2015 à Lille. — Christophe Ena/AP/SIPA

« Ils s’en sont quand même tirés à très bon compte ! » Déléguée du mouvement Le Nid, dont l’objet est d’abolir la prostitution, Lorraine Questiaux n’a toujours pas accepté le jugement rendu, le 12 juin 2015, par le tribunal correctionnel de Lille (Nord) dans l’affaire dite « du Carlton ».

Dommages et intérêts réexaminés

Au terme de trois semaines d’audiences très crues, treize des quatorze prévenus jugés pour « proxénétisme aggravé » avaient été « purement et simplement » relaxés. Dont le plus célèbre d’entre eux : Dominique Strauss-Kahn.

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« Mais nous considérons toujours que le comportement des prévenus a causé un préjudice aux personnes prostituées et donc aux associations qui les aident », insiste Lorraine Questiaux pour justifier le recours que son mouvement a formé et qui doit être examiné, ce jeudi, par la cour d’appel de Douai.

Le parquet ayant lui « accepté » le jugement rendu, seules les dispositions civiles portant sur les dommages et intérêts réclamés par les victimes seront, toutefois, réexaminées.

« Récréations festives » ou « boucherie » ?

« L’action pénale est terminée, reconnaît Isabelle Thieuleux, l’avocate du Nid. Mais nous pouvons toujours engager la responsabilité civile des prévenus sur les faits qui ont été établis durant l’enquête, et réclamer des dommages et intérêts. » Pour cela, l’association compte, notamment, demander à la cour d’appel de considérer comme des faits de « violences » les relations sexuelles décrites par le menu lors du premier procès.

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Ces soirées libertines, que Dominique Strauss-Kahn appelait « récréations festives », ont été, au contraire, qualifiées de « boucherie », « d’horreur » et « d’abattage » par Jade et Malika*, deux prostituées ayant témoigné lors du procès en première instance. « Le préjudice qu’elles ont subi est énorme, poursuit Lorraine Questiaux. Notre recours en appel est donc fondé. »

« Ce n’est pas sérieux… »

Du point de vue moral, l’argument se tient. Mais la cour d’appel de Douai – comme le tribunal de Lille en 2015 – est là pour faire du droit. Et pour la défense, la construction juridique du Nid semble hasardeuse : « A aucun moment dans le dossier, il n’est fait état de faits de ‘’violences’’ et on vient nous réclamer des dommages et intérêts sur ce fondement, ce n’est pas sérieux », tacle un avocat.

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« Nous établirons que ces soirées ont causé un préjudice à l’association Le Nid », rétorque Isabelle Thieuleux. Cela pourrait toutefois prendre plus de temps que prévu. Ses conclusions n’étant pas encore finalisées, l’avocate indique qu’elle compte demander le renvoi du procès, que la cour d’appel peut toutefois lui refuser.

*Les prénoms ont été changés