#NuitDebout réagit après la polémique Finkielkraut: «Ne sous-estimons pas l'intelligence collective»

REPORTAGE Récupérée par la droite et l’extrême droite et condamnée par la gauche, la séquence du départ mouvementé d’Alain Finkielkraut de la place de la République, samedi 16 avril, a donné naissance à un débat animé parmi les participants…

Hélène Sergent

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Des manifestants de "Nuit Debout" le 14 avril 2016 place de la République à Paris.
Des manifestants de "Nuit Debout" le 14 avril 2016 place de la République à Paris. — DOMINIQUE FAGET AFP

La visite d’Alain Finkielkraut à #NuitDebout samedi soir a déclenché un torrent de réactions. Il n’aura fallu en effet que de quelques heures, après la publication sur les réseaux sociaux d’une vidéo montrant le philosophe conservateur quittant la place de la République sous les insultes, pour que politiques, militants et journalistes s’emparent de la polémique. Soucieux de cadrer le débat et de réaffirmer les principes partagés par le mouvement, une discussion publique s’est tenue, ce lundi après-midi, sur la place parisienne.

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Assis en cercle sous un soleil printanier, une dizaine de sympathisants et participants à #NuitDebout sont rejoints, au fur et à mesure, par une petite centaine de badauds, citoyens curieux et anonymes. Comme lors des commissions et des assemblées générales, le temps de parole est réparti de façon équitable - pas plus de trois minutes par personne - et dans l’ordre des prénoms inscrits sur une liste mise à disposition. Léa, la jeune femme chargée de modérer le débat, propose à la foule de réagir rapidement à la polémique puis de proposer une réflexion collective pour prévenir ce type d’incidents.

« On est tous le fasciste de quelqu’un ! »

Pour Léo*, il ne peut y avoir un traitement différent en fonction des idées de celles ou ceux qui viennent assister aux discussions : « On ne peut pas utiliser les mêmes outils que ceux que nous combattons. On peut acclamer Yanis Varoufakis tout en laissant parler Finkielkraut ou même Marine Le Pen à partir du moment où on peut démonter leurs argumentaires. » Derrière le jeune homme, Louise* abonde : « On peut rejeter les idées d’une personne et il faut que cela se fasse dans le cadre d’un débat, mais rejeter une personne, un individu en se basant sur sa biographie, sur ce qu’il est, c’est dangereux. »

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Plus qu’une question de point de vue, certains pensent qu’il s’agit d’une nécessité pour assurer la bonne tenue d’une réflexion collective : « Si on veut contrer des idées, il faut que l’on puisse les laisser s’exprimer ! » ajoute Aurélie*. Ne pas pouvoir assurer aux curieux qui ne partagent rien des valeurs ou des positions de #NuitDebout va à l’encontre de ce que tentent de construire les participants rappelle Nicolas* : « Si on suit cette logique d’exclusion, n’oublions pas que nous sommes tous le fasciste de quelqu’un. »

Des idées « nauséabondes »

Si l’immense majorité déplore le mal et le discrédit qu’ont jeté les images de Finkielkraut insulté sur la place parisienne, beaucoup tentent de relativiser : « Il est important de rappeler qu’il a pu assister aux débats de l’AG (Assemblée générale) pendant près d’une heure avant d’être invectivé. Les insultes sont le fait d’individus, pas de l’ensemble des milliers de personnes qui se trouvaient sur la place », tient à préciser une participante présente ce samedi soir.

Pour autant, certains jugent que les positions et les sorties réactionnaires du philosophe à l’encontre des musulmans, de l’islam ou des jeunes banlieues, sont incompatibles avec l’objet du mouvement : « Je prône la tolérance mais je ferai toujours barrage aux gens qui sont là pour pourrir les débats et déverser des idées nauséabondes », a lancé Gaëlle*. Pour Michel*, le départ précipité d’Alain Finkielkraut n’est que l’expression de la démocratie : « A force d’être antidémocratique, la démocratie a fini par lui répondre ! ». Liberté d’expression, équité du temps de parole, poids du pouvoir médiatique et interrogations autour de la notion de violence, la réunion a duré plusieurs heures avant que des solutions concrètes émergent.

Charte et service d’ordre

Pour Marine*, qui est l’une des dernières à prendre la parole, la solution est simple : « Là, visiblement ce monsieur ne s’est pas exprimé. Mais on peut considérer qu’à partir du moment ou quelqu’un tient publiquement des propos racistes ou antisémites, il faut pouvoir intervenir ». Intervenir, c’est justement la mission des membres de la Commission « Accueil et Sérénité ».

Cependant l’objet de leurs interventions et les personnalités qu’ils sont chargés de raccompagner ou de calmer en cas de débordement n’ont pas été décidés de façon collective déplore Léo* : « Quels sont les critères ? Qui a établi cette liste ? ». Pas question également de se voiler la face précise Léa, la modératrice du débat. « Il ne faut pas nier le fait que la violence vient parfois de personnes se revendiquant du mouvement », ajoute l’un des participants. Une violence que Luc a expérimentée le week-end dernier : « Lors d’un débat, une personne a qualifié l’homosexualité de 'luxe d’Occidental'. Pour l’homme homosexuel, originaire d’un milieu rural, que je suis, ça a été très dur à entendre », confie-t-il.

Rédiger une charte commune à tous les participants et la diffuser au maximum semble être la solution la plus partagée par les « Nuitdeboutistes » : « On accepte tout le monde, tant que ça n’empiète pas sur le droit, s’il n’y a ni propos condamnable par la loi ou des faits de violence ». A bon entendeur.

* Tous les prénoms ont été changés