Congrès de la CGT: «Une belle organisation mais qui s'affaisse»

INTERVIEW Bernard Vivier, directeur de l'Institut supérieur du travail et Joël Sohier, maître de conférences à l'université de Reims, évoquent pour «20 Minutes» les défis de la CGT qui tient depuis ce lundi son congrès à Marseille...

Anne-Laëtitia Béraud

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Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, le 9 avril 2014 à Paris.
Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, le 9 avril 2014 à Paris. — ZIHNIOGLU KAMIL/SIPA

Sous la houlette de son secrétaire général Philippe Martinez, la CGT réunit toute cette semaine à Marseille son Congrès pour réfléchir à son avenir. La première confédération syndicale française, qui compte 688.000 adhérents, débattra notamment de son « efficacité ». Retour sur les principales forces et faiblesses de la CGT avec Bernard Vivier, directeur de l’Institut supérieur du travail et Joël Sohier, maître de conférences à l’université de Reims*

La CGT en passe d’être détrônée par la CFDT, vous y croyez ?

Joël Sohier : Non, pas du tout. On confond les scores aux élections professionnelles [ lors des élections professionnelles nationales en 2013, la CGT a obtenu 26,77 % des voix, contre 26 % pour la CFDT] et la capacité de mobilisation d’un syndicat. La CGT possède toujours cette capacité à faire descendre les gens dans la rue, sans mesure avec ce que peut faire la CFDT. Prenez par exemple les appels à manifester de la CGT contre le projet de loi travail : des centaines de milliers de personnes, dont les deux-tiers étaient derrière les banderoles de la CGT, ont été mobilisées le 31 mars. Quand la CFDT a appelé à manifester, il y avait 200 personnes sur la place de la République à Paris.

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Alors pourquoi Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, estime que la CFDT pourrait devenir le premier syndicat de France en 2017 ?

Bernard Vivier : Il s’agit de créer un choc parmi les militants, et de les presser de se restructurer. Car cette belle organisation, la première en France, est en train de s’affaisser et ses bastions en train de s’éroder. La CGT reste première dans la fonction publique, la Poste, EDF, la SNCF ou la RATP ou la métallurgie. Mais elle est a de grosses difficultés de recrutement et d’audience dans les nouveaux secteurs. Par exemple, dans le commerce et les services, qui regroupent 4,5 millions de personnes, elle fait 1 %. Ce sont pourtant dans ces commerces et ces services qu’il y a des créations d’emplois et de richesses.

Depuis des années, le nombre d’adhérents baisse à la CGT. Son « efficacité » aussi ?

Joël Sohier : Cela pourrait sembler un paradoxe, mais non. En 1936, la CGT comptait trois millions de syndiqués, mais elle n’a alors jamais été aussi faible. Faible, car les militants « purs et durs » étaient noyés au milieu d’une masse de personnes qui n’avaient pas l’histoire ou l’engagement des premiers.

Bernard Vivier : La CGT reste une référence avec 688.000 adhérents. Quand on pense à un syndicat, on pense à la CGT. Son organisation, qui compte 857 unions locales, est unique. Tout comme sa capacité à détecter et former les militants, ou sa capacité à mobiliser. Si, à une manifestation intersyndicale, il n’y a pas la CGT, on ne parle pas de manifestation, mais de délégation !

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Pour vous, quel est l’enjeu de ce 51e congrès de la CGT ?

Joël Sohier : Je ne crois pas à l’idée d’un rassemblement des syndicats français. Nos syndicats sont éclatés, minoritaires, en phase de reflux, mais l’heure n’est pas à une union CGT-CFDT. L’enjeu de ce congrès est, à mon avis, la question de la mobilisation face au projet de loi travail. La base militante de la CGT est très hostile à ce texte. La question est de savoir comment ces sections syndicales vont s’exprimer durant ce congrès, et quelle sera la portée de leur refus.

Bernard Vivier : La CGT est une organisation structurée en marche, mais elle a besoin d’actualiser ses idées et ses équipes. Il me semble que l’enjeu de ce congrès sera de renouveler le Bureau confédéral auprès de Philippe Martinez, après la période mouvementée de Thierry Lepaon. Et de répondre à cette question : « comment, d’un syndicalisme de contestation, on passe à un syndicalisme de proposition ? »

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*auteur de Le syndicalisme en France, Vuibert, 2010, 18 euros.