Message du Pape pour les migrants : Les fidèles partagés entre plan com’ et miséricorde

REPORTAGE Après son voyage à Lesbos, le Pape François a accueilli au Vatican trois familles de réfugiés au Vatican. A l'église Saint-Sulpice, la fin de messe a viré au débat…

R.S.

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Le pape François étreint un enfant dans le camp de migrants de Moria sur l'île de Lesbos le 16 avril 2016
Le pape François étreint un enfant dans le camp de migrants de Moria sur l'île de Lesbos le 16 avril 2016 — ARIS MESSINIS AFP

« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux ». La parole de Saint-Luc illustre l’immense « Porte Sainte » en carton-pâte, installée à l’entrée de l’église Saint-Sulpice, dans le 6e arrondissement de Paris. en pleine année année de « Jubilé » chrétien. En ce quatrième dimanche de Pâques, les fidèles la franchissent symboliquement. Sont-ils désormais plus enclins à ouvrir leur cœur à ceux qui sont touchés par la misère ? C’est ce que leur demande le pape François, de retour de Grèce où il a visité le camp de migrants de Lesbos.

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Ce week-end, il a appelé « le monde à répondre de manière digne » à l’exode enclenché en 2015. Pour montrer l’exemple il a aussi emmené au Vatican 12 réfugiés syriens de confession musulmane, issus de trois familles. Un geste fort que certains fidèles interprètent comme « une opération de com’», selon les mots d’Antoine, 57 ans, un habitué de la paroisse. En clair, le pape est dans son rôle mais cette initiative n’aidera à résoudre la crise.

« Des gens pauvres, il y en a derrière moi »

A la sortie de la messe, Bernard, 65 ans ne dit pas autre chose. Pour lui, le Saint-Père a livré un message de devoir. « Il ne va pas dire : laissez-les chez eux. Et il ne va pas en mettre des milliers au Vatican. Si on accueille tous les migrants, ça ne résoudra pas le problème chez eux, ni chez nous. Des gens pauvres, il y en a derrière moi. On ne va pas leur dire, poussez-vous, on va mettre un Syrien à votre place. » Le père Jean Robin, qui a célébré la messe du dimanche, embraye avec une anecdote glaçante. La semaine dernière, un SDF se serait réfugié dans l’église. « Il pensait trouver un peu de chaleur. Et bien, on l’a retrouvé mort quelques heures après, dans un coin. C’est dramatique de vivre cela aujourd’hui en France. »

Aussi symbolique soit-il, le message du pape trouve quand même quelques échos concrets. En septembre dernier, il avait déjà invité les 50.000 paroisses d’Europe à accueillir chacune une famille de réfugiés. C’est actuellement le cas à Saint-Sulpice où un couple est hébergé. A la longue, ce type d’initiatives peut aider les Européens à prendre conscience du problème. Christophe, Parisien de 68 ans, salue donc le discours papal : « Ça correspond tout à fait à ce qu’il faut dire. Le but, c’est que tous les êtres humains doivent être miséricordieux. »

« Pourquoi la gauche caviar ne résout pas le problème, hein ? »

Pour Marie aussi, 57 ans, le dignitaire frappé juste. « Il ne suffit pas de parler. Ça va au-delà, il faut prêter attention à l’autre, Faites bon accueil aux étrangers dit la Bible. Il faut accueillir des familles en France, sans restriction. » Et sans distinction de religions ? La réponse ne fait pas l’unanimité juste après la Communion. Pour beaucoup, il serait préférable de régler le sort des Chrétiens d’Orient en priorité. « On est tous frères humains face à la détresse, mais là c’est la priorité. Le pape ne peut pas le dire, forcément. Il doit être universel », regrette Christiane, 67 ans.