Depuis les attentats, les retraits de contenus web à caractère terroriste ont explosé en France

INTERNET La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) a examiné 1.439 demandes de retrait de contenus litigieux depuis mars 2015…

Vincent Vantighem

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Illustration de l'endoctrinement djihadiste de Daesh sur Internet.
Illustration de l'endoctrinement djihadiste de Daesh sur Internet. — SEBASTIEN SALOM-GOMIS/SIPA

« C’est beaucoup plus que ce que l’on avait prévu… » Alexandre Linden n’a pas tourné autour du pot : la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) croule sous les demandes de retrait de contenus litigieux sur Internet liés au terrorisme depuis les attentats de janvier et surtout novembre 2015.

Conseiller honoraire à la Cour de cassation, c’est lui qui a la lourde charge de valider, ou pas, les retraits de contenus ordonnés par l’ Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication (OCLCTIC). 20 Minutes fait le point sur le bilan qui a été dressé, ce vendredi.

Paris, le 15 avril. Alexandre Linden lors de la présentation du rapport de la Cnil.
Paris, le 15 avril. Alexandre Linden lors de la présentation du rapport de la Cnil. - WITT/SIPA
  • Comment le retrait d’un contenu litigieux sur Internet est-il ordonné ?

Police de la Toile, l’OCLCTIC est chargée de veiller et de repérer le contenu illégal sur Internet. En l’espèce, celui faisant l’apologie du terrorisme ou celui relevant de la pédopornographie. Il incite même les internautes à lui signaler toute page Internet problématique. Une fois détecté, ce contenu peut, alors, faire l’objet de trois types de sanctions : un retrait, un déréférencement ou carrément un blocage du site qui l’héberge. La Cnil exerce, elle, un rôle de contrôle, s’assurant, a posteriori, que la sanction prise était bien justifiée.

  • Combien de sanctions ont été prises l’an dernier ?

Du 11 mars 2015 au 29 février 2016, la Cnil a validé 1.286 demandes de retraits de contenu lié au terrorisme sur Internet. De plus, 276 adresses URL pointant vers un tel contenu ont été déréférencées par les annuaires habituels, tels que Google. Enfin, 60 sites ont été purement et simplement bloqués. « Les attentats de novembre ont entraîné un accroissement du nombre de demandes », a commenté Alexandre Linden. En effet, 56 sites faisant l’apologie du terrorisme ont été bloqués depuis la nuit du Bataclan, précise la Cnil.

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  • A quoi ressemblent exactement ces contenus litigieux liés au terrorisme ?

En toute logique, la Cnil refuse de livrer les adresses des sites qui ont été bloqués. Sur le contenu, elle précise, dans son rapport, qu’il s’agit de « scènes de guerre, de scènes de mises à mort (ex : décapitation), des légendes de photographie accompagnant des drapeaux de Daesh et invitant à la haine à l’égard des ‘’mécréants’’ ». La plupart des contenus litigieux ayant fait l’objet d’un retrait ont été détectés « sur les réseaux sociaux du type Facebook ou Twitter », assure Alexandre Linden.

  • Y a-t-il eu des retraits qui n’étaient pas justifiés, selon la Cnil ?

Un seul. Il s’agit d’une photo montrant des cadavres de victimes du Bataclan peu après la tuerie. Largement diffusée sur les réseaux sociaux, elle avait été reprise par un journal suisse avant de faire l’objet d’un retrait de la part de l’OCLCTIC. « Il faut veiller au contexte, commente Alexandre Linden. Cette photo était accompagnée d’une légende explicative. Aussi, si elle pouvait faire l’objet d’une atteinte à la dignité des personnes, elle n’était pas constitutive d’une apologie du terrorisme. »

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  • Quel est le bilan en matière de pédopornographie ?

Egalement compétente sur ce sujet, la Cnil a validé en 2015 le retrait de 99 contenus, le déréférencement de 469 adresses et le blocage de 244 sites à caractère pédopornographique. Une fois bloqués, ces sites renvoient alors vers une page du type « Erreur 404 » administrée par les autorités. C’est ce qui permet à la Cnil de dire qu’environ 35.000 tentatives de connexions par semaine ont été enregistrées sur les sites pédopornographiques bloqués. Pour autant, les autorités ne sont pas en mesure d’enregistrer les adresses IP menant aux personnes qui tentent de se connecter sur ces sites.