Les quatre raisons de la colère à Mayotte

CRISE Pauvreté, désespérance des jeunes, sentiment d’injustice par rapport à la métropole et problèmes d’insécurité gangrènent ce territoire…

Delphine Bancaud

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Le 13 avril 2016 à Mayotte, lors de la grève générale.
Le 13 avril 2016 à Mayotte, lors de la grève générale. — AFP

Grève massive et violences urbaines. Depuis plusieurs semaines, Mayotte, le 101e département français,est en crise. Le gouvernement a annoncé mercredi l’envoi de forces de l’ordre supplémentaires sur place. 20 minutes revient sur les quatre ferments de la colère.

  • Une pauvreté endémique

Le chômage touche 19 % de la population active (au sens du BIT) et les jeunes Mahorais sont de plus en plus en difficulté : leur taux de chômage est en forte hausse et s’élève à 46,5 %. Hormis, les secteurs agroalimentaire et commercial, l’activité économique y est globalement faible et 71 % de la population n’a aucun diplôme qualifiant, selon l’Insee. Des difficultés aggravées par le fait que cet ensemble d’Ïles ESt confronté à une forte croissance démographique at fAIT l’objet d’une forte pression migratoire depuis des années, composée de plusieurs dizaines de milliers de clandestins venus des Comores. Au final, 61 % des 15-24 ans, et plus de 27,6 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté.

  • Un sentiment d’injustice par rapport aux citoyens de la métropole

Une grève générale a été lancée par une intersyndicale ((FSU, FO, CGT, Solidaires, SNUipp, CFDT, SAEM) le 30 mars pour réclamer « l’égalité réelle », c’est-à-dire l’alignement de Mayotte sur la métropole, en matière de Code du travail, de prestations sociales, de salaires ou de services publics. Un rapport de la Cour des comptes a pointé en janvier les retards de l’île dans la mise en place du droit commun.

Le Code du travail devrait être aligné sur celui de la métropole en 2018. Mais en attendant, le texte mahorais n’intègre que 25 % de la législation française. « On est encore aux 39 heures ici. Les allocations handicapées sont inexistantes, tout comme les allocations de rentrée scolaire. », indique Laurent Canavate, directeur de la publication Mayotte Hebdo  sur France Info. Le RSA, fixé à 524 euros en métropole, ne s’élève qu’à 268 euros sur l’île.

Les allocations familiales, logement ou retraite sont aussi moins généreuses qu’en métropole. Les habitants manquent aussi de routes et d’établissements sanitaires et scolaires. Par ailleurs, dans une étude rendue publique jeudi, l’Insee montre queles prix à la consommation à Mayotte dépassaient ceux de métropole de 6,9 % sur un champ d’étude excluant les loyers. Les écarts de prix sont en grande partie liés aux produits alimentaires, souligne l’Insee. Les différences de prix de ces produits sont de 19 % pour Mayotte. Se soigner coûte également plus cher outre-mer, avec une différence de 15 % entre la métropole et Mayotte. La téléphonie mobile est également plus chère de 26 % à Mayotte.

  • Le désespoir des jeunes

Les jeunes représentent la moitié des 220.000 habitants selon l’Insee et certains d’eux sont « à la dérive », a souligné mercredi, la ministre des Outre-mer George Pau-Langevin. Car ils « n’ont pas de perspectives ».

Des groupes de jeunes cagoulés ont commencé le week-end dernier à caillasser chaque nuit voitures et habitations, la préfecture évoquant des affrontements entre « bandes rivales ».

Selon Rivomalala Rakotondravelo, syndicaliste SNUIPP, les violences sont liées au manque d’encadrement. « Un élève en école élémentaire en métropole représente 7.400 euros (d’investissement par l’Etat, ndlr). A Mayotte, on est à 4.300 euros. Voilà l’injustice ». George Pau-Langevin a rappelé que 217 classes ont été construites en 2015 à Mayotte, « mais les besoins sont incommensurables. Beaucoup d’enfants n’ont pas une situation satisfaisante », a-t-elle reconnu.

Des problèmes d’insécurité croissants

Le cap des 10.000 crimes et délits constatés a été frôlé en 2015 à Mayotte, a indiqué le 16 mars, le procureur de la République, Joël Garrigue, qui craint de voir ce chiffre dépassé en 2016, en raison de la hausse de la délinquance observée depuis plusieurs années. Selon le procureur, l’augmentation des faits de délinquance constatés « a été de 15,8 % entre 2014 et 2015 », et de « plus de 30 % par rapport à 2012 ».

Les violences sexuelles ont également augmenté de 50 % en 2015 par rapport à l’année précédente, a-t-il précisé. Selon lui, les atteintes aux biens et vols représentent deux tiers des crimes et délits, et les violences un tiers.