Vous voulez devenir «lanceur d’alerte»? Voilà ce qui vous attend…

JUSTICE Les lanceurs d’alerte ne sont pas protégés assez efficacement en France, selon un rapport du Conseil d’Etat publié ce mercredi…

Vincent Vantighem

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Illustration lanceur d'alerte.
Illustration lanceur d'alerte. — Tomomi Sayuda/REX/SIPA

Vous vouliez juste retrouver de vieilles archives… Mais de clic en clic sur un obscur serveur dont vous ignoriez, encore hier, l’existence, vous voilà en possession de données sensibles. Très compromettantes pour votre propre entreprise, certes. Mais qui méritent d’être révélées pour que cesse le scandale.

Seulement voilà, il n’existe pas en France de statut précis permettant de protéger efficacement ceux qu’on appelle les lanceurs d’alerte. Le Conseil d’Etat l’a encore rappelé, ce mercredi, en formulant quinze propositions pour améliorer la situation. En attendant, 20 Minutes a demandé à Irène Frachon, la pneumologue qui a révélé le scandale du Médiator, et à Stéphanie Gibaud qui a dénoncé les pratiques d’évasion fiscale de la banque UBS, comment leur vie avait basculé après avoir lancé l’alerte. Histoire de vous aider à régler votre cas de conscience…

  • Vous allez perdre votre boulot

Stéphanie Gibaud
Stéphanie Gibaud - AFPTV

« J’ai donné des informations sous couvert d’anonymat au début, raconte Stéphanie Gibaud. Mais mon nom est très vite ressorti… » Licenciée par UBS en 2012, elle a dû attendre 2015 pour obtenir gain de cause devant le tribunal des prud’hommes de Paris. « J’ai reçu 30.000 euros en guise de réparation, poursuit-elle. Soit, à peine de quoi couvrir mes frais d’avocats… »

Aujourd’hui, la quinquagénaire n’a pas retrouvé de travail et assure vivre des minima sociaux. Une situation qu’elle a n’a pas manqué de rappeler à Michel Sapin, le ministre des Finances, la semaine dernière sur le plateau de Cash Investigation. Résultat : « le lendemain, un membre de son cabinet m’a appelée en me demandant mon CV, poursuit la lanceuse d’alerte. On verra bien ce que cela donne… »

  • Vous ne serez plus maître du temps

La pneumologue Irène Frachon, le 16 mai 2013 au CHU de Brest
La pneumologue Irène Frachon, le 16 mai 2013 au CHU de Brest - FRED TANNEAU AFP

A 12h ce mercredi, Irène Frachon avait reçu deux appels de victimes du Médiator, trois de la part d’avocats concernés par les procédures. Sans compter les journalistes dont celui de 20 Minutes… « Mais ça va, aujourd’hui, je suis en vacances… », sourit-elle. Depuis qu’elle a révélé que le Médiator pourrait causer la mort de 2.000 personnes en France, son emploi du temps est devenu une donnée très abstraite. « Mes collègues sont extrêmement compréhensifs, explique-t-elle. Au moment du pic de pression, mon patron m’a simplement dit ‘’Vas-y, je récupère tes consultations à l’hôpital…’’ »

Stéphanie Gibaud confirme la déformation de l’espace-temps. « Vous voulez faire autre chose de votre vie ? Vous ne pouvez pas, vous passez votre temps à faire des photocopies. Pour les tribunaux, pour Bercy, pour tout en fait… »

  • Vous écrirez un bouquin puis vous voudrez le brûler

Avec un titre forcément tapageur. « La femme qui en savait vraiment trop » pour Stéphanie Gibaud. « Médiator, 150 mg. Combien de morts ? » pour Irène Frachon. C’est d’ailleurs grâce à lui que la pneumologue est devenue aussi célèbre. Et pourtant… « C’est vraiment le moment où j’ai pris conscience de ce que je faisais, décrit-elle. Une fois que tout était validé et que le livre était parti à l’impression, j’ai été prise d’un doute. J’ai dit à mon mari ‘’On rachète tous les exemplaires, on les brûle et on passe à autre chose…’’ »

  • Vous ressentirez de la fierté

« Récemment, j’ai dû vendre des affaires pour que mes enfants mangent », avoue Stéphanie Gibaud. Et pourtant, elle ne regrette pas d’avoir révélé le scandale de l’évasion fiscale. Il faut dire que, en partie grâce à elle, les services de Bercy sont parvenus à récupérer 12 milliards d’euros de fraude fiscale. « Comment peut-on regretter d’avoir été honnête ?, questionne l’ancienne spécialiste du marketing et de la communication. Vis-à-vis de mes enfants, je ne me voyais pas donner un autre exemple. »

Trouillarde de nature, Irène Frachon n’a, elle non plus, pas beaucoup hésité. « J’avais toutes les preuves d’un crime ! Je me suis interrogée. Très vite, je me suis dit qu’il était impossible de ne pas en parler. »