VIDEO. Mayotte au bord de la crise de nerfs, des renforts envoyés sur place

ECONOMIE L'île est perturbée depuis plus de deux semaines par un mouvement social qui réclame «l'égalité réelle avec l'Hexagone»...

20 Minutes avec agence
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Rassemblement d'habitants de Mamoudzou, à Mayotte, pour dénoncer les violences ayant eu lieu la veille dans leur quartier, le 12 avril 2016
Rassemblement d'habitants de Mamoudzou, à Mayotte, pour dénoncer les violences ayant eu lieu la veille dans leur quartier, le 12 avril 2016 — ORNELLA LAMBERTI AFP

Le mouvement de grève générale pour réclamer « l’égalité réelle avec l’Hexagone » gagne du terrain à Mayotte. Le mouvement, qui avait perturbé Mayotte en novembre 2015 et qui avait suspendu à cause de l’état d’urgence décrété après les attentats de Paris, a été relancé fin mars par l’Intersyndicale (FSU, FO, CGT, Solidaires, SNUipp, CFDT, SAEM).

Code du travail, insécurité, loi El Khomri et allocations familiales

Depuis, les manifestations s’enchaînent dans les rues de Mamoudzou, chef-lieu du département. Là, fonctionnaires des services de l’Etat, salariés du secteur privé, retraités et de nombreuses familles répondent aux appels des syndicats qui réclament, entre autres, l’alignement des allocations familiales et des autres prestations sociales au même niveau qu’en Métropole.

Par les autres révendications des manifestants : une plus forte lutte contre l’insécurité qui dégrade les conditions de vie à Mayotte, la construction des nouvelles infrastructures scolaires. Mais aussi l’application du Code du travail national à Mayotte et l’abandon du projet de loi El Khomri.

« Nous avons un département qui se construit. Nous constatons malheureusement que, depuis ces cinq dernières années, on nous demande d’attendre quand il s’agit d’appliquer des droits pour les Mahorais », a déclaré Port Saïd Ansifoudine du SNUipp, qui regrette qu’après des jours de manifestation et grève l’Etat n’ait toujours pas prêté attention aux réclamations.

« On ne sait pas comment sortir de cette situation »

De fait, faute de réactions venues de Métropole, les manifestations sont montées en puissance ces derniers jours. Et dans la nuit de lundi à mardi à Mamoudzou, des violences urbaines ont éclaté en marge de la grève générale. Des témoignages recueillis sur place ont fait état de groupes de jeunes cagoulés qui ont caillassé des habitations et saccagé de nombreuses voitures.

« On est sorti pour constater les dégâts, notamment des gros cailloux lancés sur les véhicules, et certains d’entre nous n’avaient que leurs yeux pour pleurer, c’est l’impuissance de notre part et aussi de la part des forces de l’ordre, on ne sait pas comment sortir de cette situation », a déploré Rivomalala Rakotondravelo, secrétaire départemental SNUipp-FSU.

Que Mayotte ne soit pas « pas livrée à elle-même »

Ce mardi, la ministre des Outre-mer George Pau-Langevin a précisé « qu’un dispositif renforcé sera mis en place » pour que Mayotte ne soit pas « pas livrée à elle-même » alors « qu’une petite minorité tente de déstabiliser l’ordre public ». Ce mercredi, le ministère de l’Intérieur a ainsi fait savoir qu’il allait envoyer des renforts pour calmer la situation.

Après un entretien avec Bernard Cazeneuve, George Pau-Langevin a souligné que les deux ministres ont aussi convenu « d’améliorer la liaison » entre leurs ministères sur « les questions de sécurité en Outre-mer ». Cela passera notamment par la mise en place d’une « structure de liaison » et d'« une feuille de route » envoyée à chaque préfet, « puisqu’on a des difficultés à Mayotte, mais aussi en Guyane, à la Guadeloupe, en Nouvelle-Calédonie ».

Circulation et liaisons maritimes coupées

Vendredi, les syndicats mahorais doivent rencontrer à Paris les directeurs de cabinet des ministères concernés, pour « un bilan d’étape ». Et la semaine prochaine, un émissaire du ministère du Travail se rendra à Mayotte. Elus du département et des collectivités et parlementaires devraient également rencontrer le Premier ministre, Manuel Valls, à la fin du mois d’avril pour lui soumettre l’ensemble des revendications.

En attendant, la circulation est bloquée sur les principaux axes routiers de Mayotte et les liaisons maritimes entre la petite et la grande île ont été interrompues.