15 jours de #NuitDebout: A quoi rêvent les «nuitdeboutistes»?

REPORTAGE Les occupants de la place de la République confient leurs aspirations, après deux semaines de mobilisation...

Nicolas Beunaiche

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A Nuit Debout, place de la République, à Paris, le 12 avril 2016.
A Nuit Debout, place de la République, à Paris, le 12 avril 2016. — TRISTAN REYNAUD/SIPA

« On m’a encore demandé ce qu’on faisait ici. Je n’en sais rien. » Interroger les occupants de la place de la République, à Paris, sur l’avenir de Nuit debout, c’est souvent démarrer une discussion par ce genre de formule, prononcée mardi soir par une jeune femme au micro de l’assemblée générale. Un objectif commun ? « On n’est pas encore là », reconnaissent aisément les participants. Un plan d’action ? Encore moins. Ce qui n’empêche pas chacun d’eux d’exprimer un espoir et des revendications. 20 Minutes est allé à leur rencontre.

La loi El Khomri, un cadre déjà dépassé

Sur un côté de la place, une banderole le rappelle : si #NuitDebout a vu le jour, c’est d’abord en réaction à la loi El Khomri sur le travail. Dans le discours des participants, pourtant, très peu d’allusions au projet présenté par la ministre du Travail. Pour en savoir plus sur le sujet, il faut la plupart du temps l’aborder soi-même. « La loi El Khomri ? Oui, c’est un scandale, mais les scandales sont nombreux », s’insurge Martine, une psychologue de 66 ans, citant l’exemple des Panama Papers.

De fait, les « nuitdeboutistes » se situent ailleurs. « On a dépassé ce cadre-là, on est déjà au-delà », avance ainsi Florian, un étudiant de 28 ans qui tient l'« accueil ». La plupart sont même déjà dans l’après. Comme Nina, future professeure d’histoire-géo de 24 ans et par ailleurs membre du NPA : « Si la loi était retirée, le mouvement s’arrêterait-il ? Je ne crois pas. »

Echanger avant de changer la société…

Pour tous, la place de la République est avant tout une agora. Où chacun peut prendre le micro pour aborder le sujet qui l’agace ou l’espoir qui l’anime, sans forcément d’arrière-pensée. « Avant d’aller plus loin, il faut que l’on repense les relations entre les gens », avance Martial, un artiste-clown de 27 ans, « fatigué » de la « politique actuelle ».

José, 70 ans, une pancarte « Les poètes debout » à la main, abonde : « Le changement social, ce n’est pas pour aujourd’hui. Mais si au moins on peut créer des échanges entre les gens… » Discutons, et voyons ensuite ce qu’il en ressort, en somme. « Autant venir ici que de continuer à se faire enfler, résume avec ses mots Maxime, 23 ans, qui s’est mis en congé de son travail de mécanicien en Normandie pour venir. On verra ce qui se passe ensuite ; il ne faut pas oublier que le mouvement n’a que deux semaines d’existence. »

Maxime, un occupant de la place de la République, à Paris, dans le cadre de Nuit debout, le 6 avril 2016.
Maxime, un occupant de la place de la République, à Paris, dans le cadre de Nuit debout, le 6 avril 2016. - Elliott VERDIER / AFP

…ou échanger pour changer la société ?

Certains prêtent toutefois d’autres finalités à la discussion et à la mobilisation à Paris et ailleurs. « Je crois au pouvoir des minorités consistantes et en la capacité du grain de sable à enrayer une machine, explique par exemple Martine, la psychologue. Les gens qui vont rentrer chez eux vont parler à leurs voisins, et tout cela peut faire effet boule de neige. » Un phénomène connu en sociologie.

« On dit que si 30 % de la population est convaincue par l’utilité d’un changement, cela aura des conséquences sociales », prophétise Florian. Une manière de rappeler que la mobilisation à Paris aura besoin de soutien ailleurs en France.

Place à la grève générale ?

Pour les plus politisés des occupants de la place, l’avenir de #NuitDebout pourrait également se trouver ailleurs que sur la place de la République. Ou plutôt partout. « Le gouvernement ne lâchera rien sans grève générale », assène Cécile, une militante de la Gauche révolutionnaire de 26 ans. Pour obtenir quelque chose, il faut que tous les gens qui bossent se mobilisent. » Et sa voisine, Nina, encartée au NPA, de théoriser le propos : « La grève générale permettrait d’imposer un rapport de force économique, pour toucher le capital en son cœur. » Une issue possible ? Si Nina dit son pessimisme, Cécile veut y croire, même si « les leaders de 1995 -les cheminots et l’Education nationale- ne sont pas là cette fois ».

L’épouvantail Podemos

La question de l’avenir formel de #NuitDebout agite aussi les consciences. Un nouveau parti politique, pour quoi faire ? Si Nina « espère que la question va se poser », elle n’est pas prête à s’engager les yeux bandés. Cécile, la militante de la Gauche révolutionnaire, non plus. Pour elle, si nouveau parti il y a, il doit être « anticapitaliste ». Pas de Podemos, donc. Un épouvantail pour bon nombre de participants à #NuitDebout. « La plupart ne veulent pas d’un Podemos à la française », assure Solenne, une étudiante de 21 ans. « Si on peut trouver une autre voie, c’est mieux, confirme Florian. Il faut éviter la récupération politique. »