Partie rejoindre Daesh en Syrie par amour, Sarah a «honte» d'avoir fait ce voyage

SYRIE Sarah a suivi son mari par amour. De retour de Syrie, elle témoigne au micro de France Info…

Clémence Apetogbor
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Un jeune garçon joue au football sur le toit d'un immeuble de Damas, en Syrie, le 28 février 2016, deux jours après l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu dans le pays.
Un jeune garçon joue au football sur le toit d'un immeuble de Damas, en Syrie, le 28 février 2016, deux jours après l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu dans le pays. — Hassan Ammar/AP/SIPA

Elles seraient environ 200 candidates au djihad sur le front irako-syrien. Parmi les Françaises parties en Syrie pour rejoindre les rangs de Daesh, elles sont peu à en être revenues.


L’une d’elle témoigne au micro de France Info. De retour avec ses trois enfants depuis deux ans, celle qui se fait appeler « Sarah » raconte avoir abandonné le niqab, trouvé un emploi, et dit regretter son séjour en Syrie.

Partie « par amour »

Sans rien dire à ses proches, Sarah part en Turquie rejoindre le père de ses enfants, parti mener le djihad aux côtés de Daesh en Syrie.

« Je suis partie par amour. Je l’ai connu je venais d’avoir 18 ans, j’ai eu mes enfants avec. Quand je suis partie, je venais d’accoucher de ma dernière fille. Je suis partie pour qu’il la voie, qu’il la connaisse. Je n’avais pas une idée dans la tête, une idéologie ou quoi que ce soit » confie la jeune femme de moins de 30 ans.

Une fois arrivée en Syrie, elle dit passer ses journées dans la maison que son mari avait fait construire, à s’occuper des enfants et des tâches ménagères. « J’étais à la maison toute seule, je m’occupais du ménage, je faisais l’école à mes enfants. Je parlais souvent avec ma famille, parce que lui était souvent absent », dit-elle.

La peur omniprésente

La présence des armes effraie la jeune femme. « Quand on arrive, la plupart des gens sont armés, c’est ce que l’on voit en premier, ça choque. J’avais tout le temps peur, il n’y a pas un jour ou même une nuit où j’étais tranquille. »

Pour la protéger des viols et lui permettre de mourir en martyr, son mari lui explique qu’il va lui créer une ceinture d’explosifs. « Lui, ce qu’il voulait, c’est qu’on vive là-bas et qu’on meure tous ensemble, qu’on meure en martyr là-bas », dit-elle.

Sarah choisit de s’enfuir et de rentrer en France, où elle est interpellée et poursuivie, notamment pour avoir apporté des éléments d’arme à son mari. Mais les juges estiment que la jeune femme a changé depuis son retour et la condamne à une peine de prison aménageable.

« Honte » d’être partie

Aujourd’hui, elle a « honte » d’être partie, et souhaite avertir les jeunes femmes qui seraient tentées de rejoindre le front. « Je regrette énormément d’avoir fait ce voyage, et le pire est que je ne peux pas retourner en arrière, donc je ne leur conseillerais pas de partir, je leur conseillerais d’en parler ».

« J’ai honte » dit la jeune femme, aujourd’hui en instance de divorce. « J’étais accro à mon mari, je l’aurais suivi au bout du monde. » Ce dernier, de son côté, a déjà refait sa vie.

« On entend beaucoup de choses, on nous dit que c’est presque comme le paradis, on a des villas, on ne manque de rien, mais ce n’est pas du tout ça. La plupart de la population s’enfuit. Ils préfèrent mendier que d’être là-bas, il faut se poser des questions ».