Risques, retombées... Pourquoi la question de la légalisation du cannabis se pose toujours

DROGUE Jean-Marie Le Guen qui a remis le sujet sur la table lundi soir en se prononçant contre la « prohibition » du cannabis...

Delphine Bancaud
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Un joint de cannabis
Un joint de cannabis — Photofusion/REX/REX/SIPA

C’est un débat idéologique récurrent au sein de la gauche et qui hérisse la droite : la dépénalisation du cannabis et même l’ouverture vers sa légalisation. Après Vincent Peillon, Bruno Le Roux, c’est Jean-Marie Le Guen qui a remis le sujet sur la table lundi soir en se prononçant contre la « prohibition » du cannabis. Pour ne pas semer la confusion, plusieurs voix du gouvernement ont tout de suite indiqué que cette hypothèse n’était pas à l’ordre du jour. 20 minutes rappelle les trois grandes questions qui agitent la réflexion sur le sujet.

Quels seraient les risques d’une légalisation en termes de santé ?

« La consommation de cannabis a augmenté de 20 % ces 20 dernières années. Et la France est l’un des pays européens où l’on fume le plus alors que c’est aussi celui où la législation dans ce domaine est la plus stricte », indique à 20 minutes, le pneumologue Bertrand Dautzenberg. En 2014, 17 millions de personnes déclaraient ainsi avoir déjà pris du cannabis au cours de leur vie et 700.000 en consommaient quotidiennement, selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies.

Tout en insistant sur la nocivité du produit, le médecin estime que « la pénalisation de cette drogue favorise le trafic et augmente les risques de tomber sur des produits frelatés, encore plus mauvais pour la santé ».

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Si la dépénalisation du cannabis ne permettrait pas d’agir sur le prix du stupéfiant et pourrait au contraire contribuer à une augmentation de la consommation, sa légalisation encadrée par l’Etat pourrait en revanche permettre de diminuer le nombre de consommateurs, selon Bertrand Dautzenberg : « cela permettrait d’augmenter les prix et donc de dissuader certains de s’y mettre. Tout cela sans faire de la promotion pour le produit et en rappelant ses dangers », explique-t-il.

Mais les opposants soulignent les dangers d’une légalisation du cannabis pour les jeunes. Selon François Fillon, ce « serait un signal laxiste envoyé à la jeunesse ». « Si on légalise, les jeunes vont fumer ça comme des cigarettes […] et l’interdit va passer au stade au-dessus », a aussi déclaré ce mardi, Jean-François Copé sur Public Sénat. Ce à quoi Jean-Marie Le Guen répond, en se prononçant pour « des levées d’interdiction très sélectives : pour les adultes, certainement pas pour les jeunes de moins de 21 ans » et pour un « usage privé ».  Eric Ciotti estime aussi que la légalisation « repousserait les barrières de l’interdit vers d’autres drogues telles que le crack, l’héroïne ou la cocaïne. »

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Quelles seraient les retombées économiques ?

Une simple dépénalisation, c’est-à-dire la fin des sanctions en cas de détention de cannabis à des fins personnelles, permettrait de diminuer de moitié les frais de justice et de police selon une étude du think tank Terra Nova parue en 2014. Soit une économie de 311 millions par an, selon le think tank. Mais si le cannabis était légalisé dans le cadre d’un monopole public, les prix pourraient être fixés par l’Etat et augmenter par rapport à ceux qui sont proposés actuellement. Et les ventes pourraient rapporter des recettes fiscales importantes, tout en faisant disparaître les frais de justice et de police. L’impact budgétaire total se situerait entre 1,8 milliard d’euros et 2,1 milliards, selon Terra Nova. « Les politiques pourraient se servir de cette manne pour faire de la prévention et développer les soins », ajoute le pneumologue Bertrand Dautzenberg.

Aurait-elle une incidence sur la criminalité ?

Selon le dernier rapport de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), le nombre d’« interpellés pour le trafic local de cannabis a été multiplié par 5 en 20 ans ». Pour les défenseurs de la légalisation du cannabis, elle permettrait de casser le trafic et de réduire le nombre de dealers. Elle aurait aussi une incidence sur le nombre de crimes, dus à des règlements de compte entre les trafiquants. « Tant qu’un tel marché existera et demeurera dans l’illégalité, des groupes de malfaiteurs se battront pour le contrôler », affirme par exemple, Patrick Mennucci, député PS des Bouches-du-Rhône dans La Provence. « L’État doit légaliser le cannabis, créer une filière et un monopole d’État et en assurer la distribution. Il s’agit de la seule solution pour priver ces réseaux de cette attractivité et de ces moyens financiers considérables », poursuit-il. « La plupart de ceux qui ont basculé dans le terrorisme ont commencé dans la délinquance, et souvent dans la délinquance du trafic de stupéfiants », a aussi soutenu Julien Dray en mars dernier.

Des avis auxquels s’oppose le président de l’association Parents contre la drogue, Serge Lebigot, interrogé récemment par 20 minutes : « Il est illusoire de penser qu’on va mettre fin à un type de criminalité en légalisant le cannabis. On sait bien que les groupes organisés trouvent toujours un nouveau produit dangereux à vendre, une fois qu’une substance est légalisée, comme ça a été le cas aux Etats-Unis à la fin de la Prohibition par exemple. ». « Supprimer le cannabis de la liste des produits illicites ne suffira pas à mettre fin au trafic », estime aussi Christophe Soullez, criminologue de l’Observatoire national de la délinquance et de la répression pénale (ONDRP) dans le même article. Preuve en est : la contrebande de cigarettes qui persiste malgré l’offre légale.

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