Menace terroriste: Une asso anti-tabac attaque l’autorisation de fumer dans la cour d’un lycée

JUSTICE De nombreux proviseurs permettent, depuis novembre, à leurs élèves de fumer à l’intérieur des établissements en raison de la menace terroriste à l’extérieur…

Vincent Vantighem

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Arnage (Sarthe). Un lycéen fume dans la cour de récréation de son établissement.
Arnage (Sarthe). Un lycéen fume dans la cour de récréation de son établissement. — VALERY HACHE / AFP

Le terrorisme est-il plus dangereux que le tabagisme passif ? Le tribunal administratif de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise) va se pencher, ce mercredi, sur cette question en examinant le recours déposé par l’association Droits des non-fumeurs (DNF). En urgence, celle-ci réclame la suspension de l’autorisation donnée aux élèves du lycée Paul Lapie de Courbevoie de fumer dans la cour de récréation, afin d’éviter les attroupements à l’extérieur de l’établissement dans le contexte de la menace terroriste.

« Bon sens » versus « Loi Evin »

« Nous avons déposé des recours contre trois lycées. Celui de Courbevoie est le premier à être examiné, explique Stephen Lequet, responsable des relations institutionnelles pour DNF. Nous sommes dans un état de droit. Comment peut-on déroger comme cela à la loi Evin ? »

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« En faisant preuve d’un peu de bon sens ! » rétorque Michel Richard, secrétaire général adjoint du Syndicat des personnels de direction de l’Education nationale (SNPDEN). « Daesh a clairement indiqué qu’il voulait viser les écoles en France. Nous sommes garants de la sécurité des élèves. Alors, il me semble logique qu’on permette aux élèves de fumer dans la cour, temporairement, durant la période de l’état d’urgence. »

Courrier du proviseur du lycée Lapie aux parents d'élèves.
Courrier du proviseur du lycée Lapie aux parents d'élèves. - Lycée Paul Lapie

« Ne peut-on pas leur interdire de fumer de la journée ? »

Corinne Depagne ne l’entend pas de cette oreille. Pneumologue de métier, cette maman lyonnaise a, elle, carrément déposé plainte contre le proviseur du lycée de son fils. Au risque de lui faire subir les quolibets de ses petits camarades… « Je comprends parfaitement le risque terroriste, attaque-t-elle. Mais pas question de les laisser fumer à l’intérieur ! La fumée vole de la cour jusqu’en salles de classe. Ne peut-on pas leur interdire de fumer de la journée ? »

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Michel Richard sourit à cette évocation. « Les "y’a qu’à" et "faut qu’on" ne servent à rien. Il y aura toujours des élèves pour sortir fumer… Et puis au regard de la contestation du projet de loi Travail, je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’en rajouter une couche sur le dos des jeunes. »

32,4 % des jeunes de 17 ans fument quotidiennement

Reconnaissant son manque d’expertise en matière de terrorisme, l’association DNF préfère, elle, mettre en avant le risque sanitaire pour obtenir gain de cause. Selon la dernière étude Escapad, publiée en mai 2015, 32,4 % des jeunes de 17 ans fument quotidiennement. Un chiffre qui n’a pas baissé ces dernières années malgré la mise en place de l’interdiction de fumer dans les lieux publics. Le tribunal administratif de Cergy-Pontoise devrait rendre sa décision dans les prochains jours.

Consommation de tabac chez les jeunes.
Consommation de tabac chez les jeunes. - INVS

Contacté par 20 Minutes, le ministère de l’Education nationale assure que les proviseurs doivent rester « pragmatiques » en raison de la menace terroriste qui pèse mais les invite à « tout faire pour éloigner les fumeurs des non-fumeurs » et inciter les jeunes au respect de la loi Evin. De son côté, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise devrait rendre sa décision dans les prochains jours.