Coiffeur traité de «PD»: Etat des lieux des discriminations homophobes au travail

SOCIETE Les discriminations liées à l'orientation sexuelle dans la sphère professionnelle sont encore souvent passées sous silence...

A.-L.B.

— 

 Illustration: des employés dans une entreprise en open space
 Illustration: des employés dans une entreprise en open space — MEIGNEUX/SIPA

Un arrêt des Prud’hommes de Paris estimant que le terme « PD » n’est pas homophobe a scandalisé ce vendredi la ministre du Travail Myriam El Khomri et les associations, pour qui l’affaire ne devrait pas en rester là. Si des mesures prises les dernières années semblent avoir fait reculer les discriminations basées sur l’orientation sexuelle au travail, la sphère professionnelle reste un des lieux importants de ces discriminations. Etat des lieux de ce phénomène souvent passé sous silence…

Un phénomène toujours présent

Selon SOS Homophobie, qui publie un rapport annuel sur les discriminations, l’environnement de travail était le premier contexte pour lequel l’association était saisie jusqu’en 2008. En 2014, l’environnement professionnel (8 %) est désormais le quatrième lieu où s’expriment les discriminations, derrière Internet (40 %), les lieux publics (11 %), puis la famille et l’entourage proche (10 %).

>> A lire aussi : Discrimination au travail: Pourquoi le terme «PD» n'est pas homophobe pour les prud'hommes

Comme le souligne l’association, la discrimination à l’emploi suivant son orientation sexuelle frappe toutes les professions : « restauration, usine, hôpital, collège, musée, les LGBTphobies se rencontrent dans tous les univers professionnels, que l’on soit cadre ou ouvrier, dans le secteur public (26 %) ou privé ». Mais les plaintes restent minoritaires : face à l’homophobie sur le lieu de travail, 25 % des victimes finissent par porter plainte, précise SOS Homophobie dans son rapport.

Des discriminations diverses

Ces discriminations s’expriment par des insultes, des remarques, une mise à l’écart, voire des refus de promotion ou des licenciements. Selon le rapport de cette association, qui a collecté 189 témoignages en 2014, la majorité des victimes sont des hommes (70 % des témoignages), âgés de 25 à 50 ans (56 % des victimes ayant mentionné leur âge) et habitant hors de l’Ile-de-France (60 %). Quant aux agresseurs, la plupart sont des collègues directs de la victime (50 %), voire des supérieurs hiérarchiques (32 %).

Un malaise persistant au sein des directions

La question de la discrimination basée sur l’orientation sexuelle au travail dérouterait nombre de managers et directeurs des ressources humaines (DRH) qui ne savent pas comment agir ou évacuent le problème, relèvent les associations etle Défenseur des droits. Parmi une centaine de DRH interrogés dans l’enquête, « L’homophobie dans le monde du travail, déni et réalité » publiée en 2008 par Recherche sociale, seulement 15 % des DRH travaillent dans une entreprise qui mène une réflexion sur l’homophobie.

>> Rapport annuel 2015 sur l’homophobie, réalisé par SOS Homophobie

Par ailleurs, relève le Défenseur des droits, « les enquêtes et auditions menées par le groupe de travail que le Défenseur des droits a réuni entre 2011 et 2013 sur l’emploi des personnes LGBT, ont montré la faible sensibilisation et la timide mobilisation sur ce sujet des employeurs publics et privés comme des partenaires sociaux ». Le critère de l’orientation sexuelle reste très rarement abordé en entreprises, et le faible nombre de plaintes à ce sujet au sein des entreprises vient renforcer cette idée, est-il précisé.

Un silence au sein de la communauté LGBT

Ce malaise est également relevé dans une étude à propos de la communauté LGBT et la sphère professionnelle, publiée en janvier 2016 par Boston Consulting Group (BCG). Sondant des étudiants et des jeunes diplômés LGBT, 1 sur 2 ne se sent pas serein à l’idée de répondre à une question de son manager sur son couple, explique cette enquête. Et 58 % des répondants estiment qu’annoncer leur orientation sexuelle au bureau est potentiellement un inconvénient.

Un soutien en hausse

Bonne nouvelle cependant : le soutien aux victimes de ces discriminations est désormais majoritaire (51 %), rapporte le rapport annuel 2015 de l’association SOS Homophobie. Une évolution positive, puisqu’en 2014, l’absence de soutien était encore majoritaire (56 %). Sans comptabiliser le phénomène, l’association note que « certains appels émanent de personnes souhaitant obtenir des pistes pour aider des collègues victimes d’homophobie. Certains directeurs ou DRH n’hésitent pas à convoquer et à sanctionner les collègues agresseurs et à soutenir directement les victimes d’homophobie. Quelques victimes ont pu être accompagnées au commissariat par leurs collègues qui, parfois, acceptent de témoigner. »