Comment les nouvelles technologies ont réinventé les relations entre grands-parents et petits-enfants

FAMILLE Les papys et les mamys sont de plus en plus connectés...

Delphine Bancaud

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Des grands-parents jouent avec leur petit-fils sur le web.
Des grands-parents jouent avec leur petit-fils sur le web. — PureStock/SIPA

Exit les grands-parents gâteaux « old school ». Place désormais aux « silver surfers », qui savent utiliser les nouvelles technologies pour se rapprocher de leurs petits-enfants. Une thématique qui sera bien évidemment abordée lors du salon des seniors qui ouvre ce jeudi à Paris. « C’est une évidence absolue d’être connectés pour la majorité des grands-parents d’aujourd’hui, s’ils ne veulent pas être largués dans leurs rapports avec leurs petits-enfants, digital natives. Car s’ils ne se mettent pas au diapason, le dialogue risque d’être vite interrompu », constate Caroline Cotinaud, auteur de Grands-parents débutants.

Une révolution numérique qui a transformé en profondeur les relations transgénérationnelles et fait naître des nouveaux usages chez les seniors. « Skype est de plus en plus utilisé par exemple, par les grands-parents dont les petits-enfants habitent loin. L’image leur permet de voir leurs bouts de chou grandir et ils peuvent aussi leur montrer des livres, des images, des pièces de la maison… », observe Caroline Cotinaud.

« L’usage du mail a remplacé la carte postale »

Si les SMS ne sont pas massivement utilisés par les seniors pour communiquer avec leurs descendants, ils sont en revanche friands du mail, à l’instar de Marie-Pascale Anseaume, auteur du Guide de survie des jeunes grands-parents** : « Mon mari et moi communiquons ainsi avec mes deux petites-filles de 6 et 10 ans qui habitent à 500 kilomètres de chez nous. Car elles ne sont pas fans du téléphone et apprécient d’avoir des contacts autonomes avec nous, sans le filtre de leurs parents. Nous nous écrivons une fois tous les dix jours environ pour nous échanger des photos, commenter ce qui se passe à l’école ou programmer ce que nous ferons ensemble lors de nos prochaines vacances communes », raconte-t-elle. Des messages qui émeuvent souvent cette jeune grand-mère de 59 ans : « la plus petite me répète qu’elle m’aime fort en abusant des smileys. Et la grande m’a particulièrement touchée lorsqu’elle m’a écrit juste après le décès de ma mère », confie Marie-Pascale Anseaume.

« L’usage du mail a remplacé la carte postale que l’on envoyait aux grands-parents pour raconter ses vacances. Et ces échanges numériques démarrent désormais vers 6-7 ans », souligne Caroline Cotinaud. D’autant que les seniors passent en moyenne 13h15 par semaine sur Internet, selon L’observatoire Cetelem de février 2016. Des communications qui simplifient les rapports entre grands-parents et petits enfants et créent une nouvelle complicité entre eux : « les adolescents se confient par exemple, plus facilement à eux par écrit, ce qui transforme les papys et mamys en véritables confidents », poursuit-elle. « Ça remet de l’affectif et du ludique dans leurs rapports, alors qu’auparavant les grands-parents étaient confinés dans leur monde de seniors », renchérit Armelle Lebigot-Macaux, présidente de l’ École des grands-parents européens.

Des petits-enfants formateurs des papys et mamys

« Beaucoup de grands-parents se sont aussi mis aux jeux vidéo pour pouvoir partager la passion de leurs petits-enfants », note Armelle Lebigot-Macaux. « Il m’est arrivé de jouer aux dames sur tablettes avec mes petites-filles et j’utilise aussi régulièrement le web pour faire des recherches », raconte ainsi Marie-Pascale Anseaume. Les grands-parents connectés se prêtent aussi au jeu des selfies avec leurs ados « même si ces derniers ne mettent pas les photos sur Snapchat, mais les conservent précieusement dans leur téléphone », constate Caroline Cotinaud.

Les nouvelles technologies ont aussi permis une inversion des rôles. « Car les petits-enfants forment souvent leursgrands-parents. Ils leur montrent comment télécharger une application, remettre de l’ordre dans leur smartphone ou les aident à résoudre des bugs. C’est très gratifiant pour eux », observe Armelle Lebigot-Macaux.

Des ateliers pour dépasser ses peurs

Reste que si les jeunes retraités n’éprouvent aucune difficulté à se plier à cette communication numérique, ceux qui n’ont pas travaillé ont plus de mal à s’y mettre. « Les grands-mères ont souvent la trouille », constate Armelle Lebigot-Macaux, qui organise au sein de l’école des grands-parents européens des groupes de paroles intitulés « partager autour du numérique ». Une manière de lever les réticences avant de permettre aux seniors de s’initier aux nouvelles technologies lors d’ateliers en petits groupes.

A Ussel, l’Institut de formation Haute-Corrèze, a aussi proposé en janvier un atelier baptisé « grands-parents, restez connectés ». « Le but était de leur apprendre à se créer une adresse mail, à communiquer sur Skype, à naviguer sur le web. Certains ont besoin de beaucoup de répétions pour emmagasiner tout ça. Mais le fait que beaucoup d’entre eux soient désormais équipés de tablette rend l’apprentissage plus facile. Et ils sont souvent très motivés, comme cette mamy de 90 ans qui voulait absolument apprendre à communiquer sur Skype avec ses petits enfants », témoigne Nicolas Soulet, le directeur du centre de formation. Car arriver à maîtriser ces outils, c’est non seulement une victoire personnelle, mais aussi la promesse de beaux moments de partages familiaux.

 

*Grands-parents débutants, Caroline Cotinaud, First éditions, 9,95 euros.

**Guide de survie des jeunes grands-parents, Marie-Pascale at Hervé Anseaume, Tut-Tut éditions, 9,90 euros.