Loi Travail: «Si on ne manifeste pas aujourd’hui, on va s’en mordre les doigts»

REPORTAGE « 20 minutes » a rencontré des manifestants opposés à la loi Travail…

Thibaut Le Gal

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Les forces de l'ordre encerclent des manifestants contre la loi Travail, le 5 avril 2016
Les forces de l'ordre encerclent des manifestants contre la loi Travail, le 5 avril 2016 — TLG/20Minutes

La pluie avait laissé place au soleil pour cette nouvelle journée de mobilisation contre la loi El Khomri. Syndicats, étudiants et lycéens ont battu le pavé ce mardi à Paris pour demander le retrait de la loi Travail. Comme le 31 mars, les chants lycéens ont lancé la manifestation en fin de matinée, place de la Nation. La marche a une nouvelle fois été émaillée d’incidents entre les forces de l’ordre et certains jeunes. Après plusieurs dizaines d’interpellations, les manifestants ont rejoint le reste du mouvement place de la Bastille, pour descendre, dans le calme, vers Denfert-Rochereau.

Antoine, 18 ans, lycéen. « Si on ne manifeste pas aujourd’hui, on va s’en mordre les doigts »

Antoine et Manon accrochent une banderole sur la statue, place de la Nation. « Si on ne manifeste pas aujourd’hui, on va s’en mordre les doigts dans dix ans. Le projet est bien pour les chefs d’entreprise, mais on n’est pas tous des chefs d’entreprise », s’inquiète le lycéen parisien de 18 ans. « Je ne vois pas comment le projet peut être amélioré. Ça dure depuis un moment, nous allons continuer jusqu’au retrait ».

Manon et Antoine, lycéens parisiens.
Manon et Antoine, lycéens parisiens. - TLG/20minutes

 

Manon, 16 ans, lycéenne. « Un vrai ras-le-bol est en train de renaître »

Manon poursuit. « Au-delà de cette loi, quelque chose se joue, et pas seulement dans le mouvement lycéen. Un vrai ras-le-bol est en train de renaître, à l’image de ce qui se passe place de la République, avec le mouvement #NuitDebout », avance la lycéenne de 16 ans. « On aura beau amender la loi El Khomri, la philosophie libérale du texte sera la même. On ne veut pas d’un monde comme ça. On veut pouvoir vivre vraiment, profiter de la vie dans ce qu’elle a de plus pure. La manifestation, c’est bien. Mais la réflexion est aussi importante. Chacun doit pousser son pote ou sa mère à réfléchir à ce qu’on nous propose. Tout le monde doit trouver son compte dans cette espèce de révolte en train de naître ».

Albatros*, 19 ans, SDF. « Il faut une convergence des luttes »

Un jeune SDF, surnommé Albatros.
Un jeune SDF, surnommé Albatros. - TLG/20Minutes

Le mouvement #NuitDebout est sur toutes les lèvres. « Je viens soutenir les lycéens car il faut une convergence des luttes. Je suis tous les soirs à République. C’est un mouvement indépendant, qui cherche à promouvoir l’humain. Il rassemble le ras-le-bol collectif de tous », s’enthousiasme Albatros*, SDF de 19 ans, en queue de cortège.

Julien, 25 ans, MJCF :. « La loi Travail nous propose d’être précaires à vie »

Julien, 25 ans. Salarié aux mouvement des jeunes communistes français.
Julien, 25 ans. Salarié aux mouvement des jeunes communistes français. - TLG/20Minutes

Arrivé place de la Bastille, le cortège rejoint syndicats et mouvements de jeunesse. Julien, 25 ans, est assistant d’éducation dans un lycée. « La loi Travail nous propose d’être précaires à vie en travaillant plus longtemps, facilitant les licenciements. C’est scandaleux », lâche le membre du Mouvement Jeunes Communistes de France. « Le gouvernement est clair sur ses intentions, il refuse le retrait. Quand il dit qu’il peut faire des aménagements, on ne lui fait plus confiance ».

Sylvie, 55 ans, chômeuse. « La réforme n’est pas un bon moyen de créer de l’emploi »

Dans le cortège, les profils varient comme les visages. Sylvie, 55 ans, est chômeuse depuis huit mois. « La réforme n’est pas un bon moyen de créer de l’emploi. Il est nécessaire d’envisager plutôt la réduction du temps de travail ». Elle craint que le gouvernement laisse le mouvement s’essouffler. « Il vient de prendre un revers sur la déchéance de nationalité, donc je ne sais pas s’il va abdiquer rapidement… »

Jean-Philippe, 52 ans, Force ouvrière. « Les jeunes, c’est comme le dentifrice. Une fois sorti du tube, il est impossible de le faire rentrer ».

Jean-Philippe, 52 ans, est plus confiant sur la santé du mouvement. « Je ne sais plus quel politique disait ça, mais je suis d’accord. "Les jeunes, c’est comme le dentifrice. Une fois sorti du tube, il est impossible de le faire rentrer." La mobilisation des jeunes est très dangereuse pour le gouvernement. »

 

*Albatros est un surnom