Troubles psychiatriques: Des soins inadaptés en prison, selon Human Rights Watch

DETENTION Les détenus souffrant de pathologies mentales seraient des milliers dans les prisons françaises…

20 Minutes avec AFP

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La prison de Villeneuve-lès-Maguelone.
La prison de Villeneuve-lès-Maguelone. — N. Bonzom / Maxele Presse

Pour Human Rights Watch, le constat est alarmant. Selon un rapport publié par l’association de défense des droits de l’homme, les prisons françaises, où le taux de suicide est sept fois supérieur à celui de la population générale, n’ont pas les structures adaptées pour soigner les troubles psychiatriques de leurs détenus.

L’ONG, qui a visité huit prisons et s’est entretenue avec 50 personnes (directeurs, surveillants, médecins et détenus) décrit des souffrances aggravées par des conditions de détention « inadaptées » à la situation de détenus en détresse psychologique.

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Un constat qui n’étonne pas le gouvernement. Ce rapport « fait état de propositions qui rejoignent pour partie les travaux des ministères de la Justice et de la Santé », a réagi ce mardi la chancellerie.

La nuit, c’est « le pire »

« J’étais en dépression et je ne sortais plus de ma cellule. Je ne prenais que des médicaments et je dormais… Pendant six mois, je n’ai pas vu la lumière du jour. Je n’ai vu ni médecin, ni psychiatre », a témoigné « Sarah », une des détenues citées dans le rapport.

La nuit, c’est « le pire » : peur que personne ne réponde à un appel au secours. « La nuit, vous devez être quasiment morte pour qu’un gradé vienne et vous emmène à l’hôpital », a raconté « Anna ».

Une prise en charge inégale dans les 188 prisons françaises

Human Rights Watch (HRW) liste une série de problèmes : la « surpopulation carcérale », un « accès insuffisant ou inadéquat aux soins », des allers-retours entre prison et hôpitaux psychiatriques « préjudiciables pour les patients » et « coûteux pour l’administration », ainsi qu'un « manque de formation » du personnel pénitentiaire.

La prise en charge des troubles mentaux est en outre jugée « inégale » dans les 188 prisons françaises, dont 26 seulement ont des Services médico-psychologiques régionaux (SMPR) fournissant des soins et des consultations.

Bientôt des unités spéciales

L’ONG relève les efforts du législateur, avec en août 2014 une modification de la loi (article 122-1 du Code pénal) qui permet désormais à un prévenu « affecté par une pathologie mentale au moment du crime de voir sa peine réduite d’un tiers », mais souligne des écueils persistants concernant les conditions de détention.

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Pour répondre à ce besoin de prise en charge spécifique, le gouvernement a précisé qu’une « première vague de déploiement » d’unités spécialisées (UHSA et SMPR) était « en voie d’achèvement » et qu’une évaluation allait être réalisée « avant d’envisager le lancement d’un nouveau programme de construction ».