#NuitDebout: Qui sont les organisateurs de ce mouvement contre la loi travail?

MANIFESTATIONS Organisation, revendications, communication, le mouvement #NuitDebout se veut spontané et citoyen et rejette en bloc partis et syndicats…

Laure Cometti

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«Nuit debout» sur la place de la République, le 2 avril 2016. Lancer le diaporama
«Nuit debout» sur la place de la République, le 2 avril 2016. — DOMINIQUE FAGET / AFP

Voilà cinq nuits qu’ils occupent la place de la République, à Paris, et d’autres lieux publics dans quelques villes de France. Des centaines de personnes dans l’Hexagone passent la #NuitDebout depuis le 31 mars, jour de grève et de manifestation contre le projet de loi travail. Qui organise et anime ce mouvement qui se veut « informel et citoyen » ? Éléments de réponse.

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Convergence de réseaux citoyens

Comment est née l’idée de la #NuitDebout ? Au départ, deux catalyseurs majeurs : la réforme du droit du travail du gouvernement, dont l’avant-projet de loi a été dévoilé le 18 février dans la presse, et le documentaire Merci Patron ! sorti au cinéma dans la foulée, le 24 février dernier. Un film dans lequel le réalisateur  François Ruffin, également directeur du journal satirique Fakir, tente d’interférer en faveur d’un couple, au chômage après la délocalisation d’une usine, auprès du patron de LVMH Bernard Arnault, qui se retrouve piégé. L’idée d’occuper une place publique est née au cours d’un débat à l’issue d’une projection à Paris, le 23 février. Et le rendez-vous a été fixé au 31 mars, après la manifestation nationale.

« La #NuitDebout est dans la continuité des réseaux citoyens opposés à la loi travail, comme l’Appel du 9 mars, le mouvement #OnVautMieuxQueCa, et la Convergence des Luttes*. Il y a également des réseaux écologistes qui s’étaient regroupés lors de la COP21 », explique l’un des organisateurs à Paris, qui souhaite conserver l’anonymat et réfute d’ailleurs le titre d’organisateur.

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Pas d’organisateurs mais des commissions avec des référents

Pas de structure, pas d’organisateurs : le modèle de la #NuitDebout est celui d’une organisation « en réseaux distribués en autogestion », explique un «cadre». Tout est décidé lors des AG (assemblées générales), retransmises en direct sur Periscope. « Il y a des commissions, par exemple logistique, action, communication ou cantine, avec des référents », explique-t-il à 20 Minutes. Et aussi un media center qui répond aux sollicitations de la presse. Parmi les référents, « beaucoup de jeunes », relève-t-il, mais « ça se trentenairise côté participants ».

Le mouvement n’a pas non plus vocation à être centralisé. « A Paris, on répond aux propositions spontanées des volontaires des autres villes, on donne éventuellement des conseils, des bonnes pratiques, notamment pour organiser une AG ou communiquer de façon sécurisée ».

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Solidarité, écologie, droit au logement

Quant aux couleurs politiques de la #NuitDebout, « une bonne partie » des organisateurs « ne s’était jamais engagée en politique, ni dans des associations », explique un cadre. Il y a aussi selon lui « des gens qui viennent d’un peu partout à gauche », même si les partis politiques et les syndicats sont rejetés en bloc. A ce sujet, il n’y a pas vraiment de règles clairement énoncées, « mais on ne retweete aucun compte de partis », illustre-t-il. Les associations Droit au Logement (DAL) et Attac sont associées au mouvement.

Bien que le mouvement rejette toute figure de proue, l’économiste et sociologue Frédéric Lordon, présent dès la première #NuitDebout est devenu l’une des voix de la mobilisation. Cet économiste atterré est cité par les participants, avec Bernard Friot ou Eric Hazan. « Ce n’est pas un corpus politique, mais c’est inspirant », nuance un cadre.

Des inspirations diverses, à l’image des revendications de la #NuitDebout. « La loi Travail a cristallisé notre indignation », affirme Bérangère, 37 ans, qui participe au mouvement à Toulouse. « Nous menons une lutte non-violente, pour des enjeux solidaires, écolo, et le droit au logement », égrène-t-elle. « Pour beaucoup d’entre nous, l’ennemi principal, c’est l’abstention, signe de l’échec de notre système politique », ajoute-t-on à Paris, où l’on garde en ligne de mire le désir de créer « quelque chose de nouveau ».

La carte des #NuitDebout en France :

*Sur son site convergence-des-luttes.org, ce « collectif informel » affirme être composé « d’intermittents, de syndicalistes et de citoyens engagés, déterminés à [s’]unir pour faire entendre [le] ras le bol de la politique gouvernementale ».