Jean-Jacques Urvoas veut s’attaquer au problème des téléphones portables en prison

DETENTION Rien qu’au mois de janvier, 2.500 appareils ont été saisis derrière les murs des prisons françaises…

Vincent Vantighem
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Jean-Jacques Urvoas veut endiguer le «fléau» des téléphones portables en prison.
Jean-Jacques Urvoas veut endiguer le «fléau» des téléphones portables en prison. — THOMAS SAMSON / AFP

Il y a là des couteaux. Des sachets de drogue. Une balance électronique pour la peser au gramme près. Et surtout des téléphones portables. Des smartphones derniers cris. Des appareils camouflés dans une montre ou une calculatrice. Et même des modèles pas plus gros qu’un simple briquet ou une clé USB. Tous saisis derrière les épais murs d’enceinte de la maison d’arrêt d’Osny (Val-d’Oise) que Jean-Jacques Urvoas, le ministre de la Justice, a visité vendredi.

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« Le portable ne sert pas aux détenus qu’à dire bonsoir aux enfants, soupire Renaud Seveyras, le directeur de la maison d’arrêt. Il leur permet d’alimenter les trafics et de donner des ordres à l’extérieur… » Quand ce n’est pas tout simplement le moyen, pour eux, de faire le malin sur les réseaux sociaux…


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Deux éponges et un téléphone : la technique du « Big Mac »

Un véritable « fléau », selon le ministre, que les établissements pénitentiaires ont bien du mal à endiguer. Rien que sur le mois de janvier, 2.500 appareils ont été saisis dans toute la France. A Osny, c’est trois par jour en moyenne. La plupart atterrissent dans la cour de promenade après avoir été balancés depuis l’extérieur par des complices armés de frondes.

Un téléphone portable miniature saisi à la maison d'arrêt d'Osny.
Un téléphone portable miniature saisi à la maison d'arrêt d'Osny. - V. VANTIGHEM

« Ils utilisent la technique du ‘’Big Mac’’, raconte un surveillant. Deux grosses éponges de chaque côté pour protéger. Et le téléphone au milieu… » Bien scotché, le colis est étiqueté avec le surnom du détenu afin qu’il arrive à destination.

Un brouilleur dissimulé dans un placard

Arrivé place Vendôme depuis deux mois à peine, Jean-Jacques Urvoas avoue qu’il n’a pas encore de « conviction tranchée » pour faire définitivement raccrocher les détenus. Mais il a passé beaucoup de temps, vendredi, autour d’une petite boîte dissimulée dans un placard de la prison. Pas plus grosse qu’une box internet, c’est un brouilleur.

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« Cela balance une pluie d’ondes qui empêche les communications », poursuit Renaud Seveyras. Mais la configuration des lieux l’empêche d’arroser la cour de promenade où les détenus sortent quatre heures par jour. « C’est donc là qu’on en saisit le plus », poursuit le responsable pénitentiaire.

Renaud Saveyras, le directeur de la maison d'arrêt d'Osny montre le brouilleur à Jean-Jacques Urvoas.
Renaud Saveyras, le directeur de la maison d'arrêt d'Osny montre le brouilleur à Jean-Jacques Urvoas. - V. VANTIGHEM

Une expérimentation va être lancée à Metz

La technologie avançant aussi vite que le cambrioleur qui s’enfuit, certains détenus sont déjà parvenus à contourner le système du brouilleur. L’administration pénitentiaire a donc lancé un nouvel appel d’offres doté de 3 millions d’euros pour améliorer le système de brouillage dans les 192 établissements pénitentiaires.

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Contrairement au souhait du Contrôleur des lieux de privation de liberté, Jean-Jacques Urvoas rappelle qu’il est « hostile » au déploiement des portables dans les prisons, même si cela peut aider à la réinsertion. Une expérimentation avec des postes fixes doit toutefois être lancée à Metz (Moselle). En libre accès, les téléphones seront, cette fois, placés sur écoutes.