Scolarisation des enfants de moins de 3 ans: Où en est-on?

EDUCATION Le gouvernement espère avoir créé 3.000 postes d’enseignants dédiés à la préscolarisation des enfants de deux ans d’ici à la fin du quinquennat…

Delphine Bancaud
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Illustration d'une classe accueillant des enfants de moins de trois ans...
Illustration d'une classe accueillant des enfants de moins de trois ans... — POUZET/SIPA

La promesse 37 de François Hollande lors de la campagne présidentielle sera-t-elle respectée ? « Je ferai en sorte que les enfants de moins de trois ans puissent être accueillis en maternelle », s’était-il alors engagé. La ministre de l’Éducation  Najat Vallaud-Belkacem et celle de la famille, Laurence Rossignol, font un bilan d’étape sur cet objectif ce lundi.

Dans le détail, le ministère de l’Education s’est fixé comme ambition de parvenir à un taux de scolarisation de 30 % des enfants de deux ans de l’éducation prioritaire en 2017 (et même 50 % pour ceux de REP +) et de créer 3.000 postes d’enseignants dédiés à cette tâche entre 2012 et 2017. Un challenge, car la scolarisation précoce a été divisée par trois entre 2001 et 2012, passant de 35 % à 11 %. Sous l’ère Sarkozy, elle a notamment été victime de la politique de suppression de postes dans l’éducation nationale. Mais dès sa nomination rue de Grenelle, Vincent Peillon avait fait de la scolarisation précoce une priorité, d’où la publication d’une circulaire à ce sujet en janvier 2013.

Variable d’ajustement pendant des années

Une volonté politique qui s’est traduite dans les faits, puisqu’entre le début du quinquennat à la rentrée 2015, 1.089 postes d’enseignants ont été créés à cet effet, ainsi que 25.000 nouvelles places pour scolariser des enfants de moins de 3 ans, indique le ministère de l’Education. Le taux de préscolarisation s’élève désormais à 11,7 % au niveau national et atteint 20,6 % en éducation prioritaire.

Des chiffres positifs selon Christian Chevalier, secrétaire général du SE-Unsa : « On a inversé la tendance et réamorcé cette scolarisation précoce, même si on est encore loin de l’objectif fixé », indique-t-il. « L’Etat a mis des moyens pour parvenir à l’objectif », commente aussi Françoise Cartron, sénatrice socialiste de Gironde et auteur d’une proposition de loi en 2011 visant notamment à développer la scolarisation des moins de trois ans. Une satisfaction aussi pour Sébastien Sihr, Secrétaire général du SNUipp-FSU : « car les effets bénéfiques de la scolarisation précoce sur la socialisation et l’acquisition du langage par les plus petits ne sont plus à démontrer, sutout pour ceux qui sont issus de milieux défavorisés. Et cela permet aussi de construire très tôt une relation de confiance entre l’école et les parents », souligne-t-il.

L'objectif difficile à tenir

Mais tous s’accordent à dire que la rue de Grenelle a pris du retard sur ce dossier et aura bien du mal à atteindre ses objectifs chiffrés d’ici à 2017. « On ne créera pas 2.000 postes d’enseignants fléchés sur cet objectif en une rentrée », estime ainsi Christian Chevallier. L’ambition du ministère s’est en effet, heurtée à plusieurs difficultés dans ce dossier : « D’abord la poussée démographique, qui l’a obligé à utiliser certains moyens initialement dédiés à la scolarisation des moins de trois ans, à la création de classes de maternelle », explique le responsable syndical. Le ministère reconnait aussi que « de nombreuses places » parmi les 25.000 créées pour les moins de trois ans depuis 2012 étaient restées vacantes. « Ce qui souligne un manque d’adhésion des  parents. Car pendant des années, certains discours relayés dans les médias ont affirmé que la scolarisation précoce était néfaste pour les enfants. D’où les réticences de certains parents encore aujourd’hui à mettre leurs petits à l’école dès deux ans et demi, alors même que toutes les études sur le sujet en soulignent les effets bénéfiques », explique Françoise Cartron.

Conscientes de cet écueil, Najat Vallaud-Belkacem et Laurence Rossignol veulent améliorer la communication sur le sujet auprès des familles. Dans les prochains mois, les CAF vont être chargés d’identifier les familles ayant un enfant de mois de trois ans et les informeront par mail de l’opportunité de scolariser leur jeune enfant. Les PMI, les associations familiales, les centres d’action sociaux vont aussi être mis à contribution. Enfin, le ministère s’est aussi heurté aux problèmes de moyens de certaines communes, comme l’explique Christian Chevallier : « scolariser des enfants de moins de deux ans coûte cher, car il faut des conditions particulières pour les accueillir (places dans des dortoirs, équipement spécifique, recrutement d’ATSEM*…). Certaines communes n’en avaient pas les moyens », indique-t-il.

La formation encore à la traîne

Pour Sébastien Sihr, la scolarisation des enfants de moins de trois ans souffre aussi d’un autre problème : les conditions d’accueil des plus petits ne sont pas toujours optimales. « La majorité d’entre eux sont intégrés dans des classes à plusieurs niveaux, ce qui est une bonne chose en termes d’émulation, sauf lorsque les effectifs y sont trop chargés. Car les enfants de deux ans ont besoin d’un accompagnement soutenu, surtout les premiers mois après la rentrée ». D’autant que les très jeunes élèves bénéficient de rythmes spécifiques et d’une organisation des activités particulière. Autre écueil selon lui : le manque de formation des enseignants à la pédagogie adaptée à ces élèves : « la formation continue est en déshérence dans le premier degré et en formation initiale dans les ESPE, les professeurs stagiaires ont au mieux droit à un module optionnel sur la maternelle », estime-t-il. De son côté, le ministère de l’Education indique que des formations dédiées tant aux enseignants qu’aux ATSEM* sont organisées afin de leur permettre de maîtriser les compétences spécifiques de l’accueil de très jeunes enfants, sans pour autant préciser pour autant leurs nombres. Des ressources sont également disponibles sur le site eduscol pour aider les équipes éducatives. Un bon début.

 

*Atsem : assistant territorial spécialisé des écoles maternelles, qui seconde l’enseignant.