Transfèrement de Salah Abdeslam: Un défi pour les maisons d'arrêt

PRISON Le suspect numéro 1 des attentats du 13 novembre devrait être transféré dans une prison française dans les dix prochains jours…

Florence Floux

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Photo d'archives de Salah Abdeslam, diffusée le 15 novembre 2015 par la police française dans le cadre d'un appel à témoins.
Photo d'archives de Salah Abdeslam, diffusée le 15 novembre 2015 par la police française dans le cadre d'un appel à témoins. — POLICE NATIONALE / AFP

C’est ce que réclamait la justice française depuis son arrestation. La Belgique a accepté la demande de transfèrement de Salah Abdeslam vers la France. Mais recevoir un détenu aussi connu que le suspect numéro 1 des attentats de Paris représente un véritable défi à plus d’un titre pour une maison d’arrêt.

- L’isolement, seule solution. « Salah Abdeslam est quasi-certain d’être placé en isolement, qui concerne deux cas de figure : les détenus dont la sécurité est menacée, et ceux qui menacent notre sécurité, c’est-à-dire des détenus charismatiques capables de provoquer une mutinerie », explique Jean-Michel Dejenne, premier secrétaire du Syndicat national des Directeurs pénitentiaires (SNDP). Salah Abdeslam appartient aux deux catégories. Il est donc plus que probable qu’il se retrouve seul dans sa cellule et qu’il ne voit aucun autre détenu, y compris en promenade. Maurice Papon avait par exemple eu droit à un comité d’accueil à la prison de Fresnes. Après avoir traversé la maison d’arrêt dans un silence mort, il avait eu droit à un véritable concert : les détenus criaient « A mort Papon » en tapant sur les portes en rythme.

- Un choix minutieux. La maison d’arrêt devra posséder « un haut niveau de sécurité dite passive, c’est-à-dire avoir des miradors ainsi qu’un quartier d’isolement étanche », indique Jean-Michel Dejenne. Mais ce n’est pas le seul critère. « Il y a plusieurs scénarios : Abdeslam peut intégrer une grosse boutique, comme Fresnes (Val-de-Marne) ou Fleury (Essonne) en région parisienne, ou bien tourner beaucoup un peu partout en France », estime Philippe Campagne, secrétaire national du Syndicat national pénitentiaire (SNP-FO). Pour Jean-Michel Dejenne, il est probable que Salah Abdeslam reste en Ile-de-France ou dans un département qui ne se trouve pas trop loin de Paris, où se trouvent les instances compétentes en matière de terrorisme et où il devrait passer un peu de temps.

- Une source de heurts entre détenus. Celui qui se trouve actuellement dans la maison d’arrêt de Bruges, en Belgique, n’est définitivement pas un détenu comme les autres. « Comme le reste de la population, certains détenus ont été profondément choqués par les attentats du 13 novembre auxquels Salah Abdeslam est soupçonné d’avoir participé. D’autres le voient comme un héros », expose Jean-Michel Dejenne. « Des discussions houleuses en promenade peuvent tourner à l’émeute », prévient encore Philippe Campagne, du SNP-FO. La présence de Salah Abdeslam dans les murs d’une prison n’est donc pas anodine. « Disons que ça nous rend plus soucieux », conclut le premier secrétaire du SNDP.

- Un défi pour le personnel pénitentiaire​. Salah Abdeslam représente un défi pour les personnels pénitentiaires. « Il faut être vigilant sur tout, remarque Philippe Campagne. S’il a encore des complices à l’extérieur, ils peuvent tenter une évasion à la Ferrara (le 12 mars 2003, un commando avait attaqué la prison de Fresnes à l’explosif pour délivrer le braqueur Antonio Ferrara). » L’isolement peut également poser problème : « Il nécessite des moyens humains. Dans les premiers mois, on fonctionnera en faisant des heures supplémentaires à gogo. Quand l’attention médiatique sera un peu retombée, on diminuera le niveau de sécurité », s’alarme Philippe Campagne, qui dénonce le manque d’effectifs pénitentiaires. Sans compter la prévention et la gestion des heurts entre détenus que peut engendrer la présence de celui qui est soupçonné d’avoir déposé les trois kamikazes du Stade de France, le soir du 13 novembre. « Sa présence oblige à revoir de près toutes les procédures et les pratiques des personnels qui doivent eux aussi prendre sur eux à titre personnel pour rester professionnels », indique Jean-Michel Dejenne.