Loi Travail: Mattéo, Anaïs, Moustapha... Les visages de la manifestation à Paris

REPORTAGE 20 Minutes a rencontré étudiants, syndiqués et retraités, mobilisés ce jeudi à Paris pour demander le retrait du texte...

Thibaut Le Gal
Manifestation à Paris contre la loi El Khomri, le 31 mars.
Manifestation à Paris contre la loi El Khomri, le 31 mars. — THOMAS SAMSON / AFP

Il s’agissait d’une « journée test » pour la mobilisation contre la loi Travail. Plusieurs syndicats et mouvements de jeunes avaient appelé à manifester pour le retrait de la loi El Khomri. Malgré la pluie battante et les échauffourées avec les forces de l’ordre, plusieurs milliers de manifestants ont donné de la voix ce jeudi à Paris. 20 Minutes en a rencontré quelques-uns.

Mattéo, 18 ans, du lycée Bergson à Paris. «Contre les violences policières »


La mobilisation a démaré aux alentours de 11 heures avec le cortège des lycéens. Plusieurs centaines de jeunes ont rallié place d’Italie depuis Nation. Sur toutes les lèvres, les violences policières. Mattéo, 18 ans, du lycée Bergson à Paris:« Le 24 mars, on a fait blocus contre la loi El Khomri, qui a été réprimé très violemment par les policiers avec des matraques. Adam a pris


mais d'autres ont été aussi maltraités par les keufs. J’ai moi même pris un coup de matraque sur les fesses. Les flics voulaient juste se défouler sur des petits jeunes », raconte-t-il. « On est là contre la loi travail, mais aussi pour dénoncer ces violences. La mobilisation va continuer ». Des affrontements entre des jeunes cagoulés et des CRS émaillent la marche. Gaz lacrymogènes répondent aux pétards et jets de projectiles. « Les casseurs nous décrédibilisent beaucoup », regrette Mattéo.

Michel, 69 ans, retraité. « Cette loi détruit complètement le Code du Travail »


Très encadré par les forces de l’ordre, le cortège lycéen rejoint place d’Italie. Les drapeaux de syndicats fleurissent petit à petit. Les camionnettes CGT se dévoilent. Michel, 69 ans, de Montreuil (Seine-Saint-Denis) colle une affiche sur l’une d’elles. « C’est important d’être ici car cette loi est une loi scélérate. Elle détruit complètement le Code du Travail. Y’a plus aucune protection de salariés », regrette le retraité. Plus loin, les jeunes se dispersent.

« C’est important qu’ils soient là. Pour le moment, ils s’en foutent à la limite, mais quand ils vont rentrer sur le marché du travail, ça va leur faire drôle car ils seront taillables et corvéables à merci ». Il poursuit. « C’est très important qu’ils prennent la relève et leur destin en main, car on veut bien les aider, mais on n’est pas éternels ».

Moustapha, 53 ans, métallurgiste CFDT. « Le rapport de force se fait toujours dans la rue »


Un peu plus loin, une couleur détonne dans la grisaille. C’est le orange fluo des drapeaux de la CFDT. Moustapha, 53 ans bat le pavé avec une centaine de ses collègues métallurgistes. « Travailler 60 heures pour arranger le patron, quand vous êtes dans une mine de production, et en 3-8, c’est pas possible. On fait tout pour user les salariés », lâche-t-il. Les métallurgistes manifestent malgré l'ordre de la direction. « On est en train d’envoyer un message clair. Le rapport de force se fait toujours dans la rue ».

Anaïs, 23 ans : «Trop de reculs en matière de droit social »


Peu avant 15 heures, la foule frémit. L’énorme carapace de parapluies multicolores, brave lentement la pluie. Les chants de contestation se mêlent au bruit des gouttes sur le béton. Sous sa capuche rouge, Anaïs, 23 ans, souhaite le retrait du projet. « Il y a dans cette loi, des reculs trop importants en matière de droit social », assure-t-elle. « Le fait de voir sans cesse le travail et les employés comme une contrainte pour les employeurs est assez gênant dans la manière de poser le débat. Il faudrait tout remettre à plat ».

«On a tendance à dire que les jeunes ne s'intéressent pas à la politique. Mais quand on vient la chercher, elle vient. C'est notre avenir qui est en question, et ce qu'on nous promet pour l'avenir n'est pas rassurant».

André, 59 ans, FO. «Le 31 mars était une date importante mais ce n'est que le début »


Le cortège poursuit sa route. André, 59 ans, manifeste avec ses collègues FO de La Poste du Val-de-Marne. «Cette loi est un recul pour les salariés. A force de tirer tout vers le bas avec un gouvernement de gauche, tout s'écroule». Il regarde autour de lui. «Même si le temps n'est pas terrible, il y'a du monde. On se réchauffe en chantant et avec le café. Le 31 mars était une date importante mais ce n'est que le début». A ses côtés, Laurent, 57 ans, précise. «On parle déjà du 5 et 9 avril. On espère que cette fois, il n'y aura pas de pluie... »