Attentat déjoué en France: «Je n’ai rien à voir avec les attentats de Paris et de Bruxelles», affirme Reda Kriket

JUSTICE Lors de ses six jours de garde à vue, l’homme a multiplié les réflexions confuses…

D.B.

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Une voiture de police (Illustration).
Une voiture de police (Illustration). — Amandine Rancoule / 20 Minutes

Le djihadiste présumé a multiplié les versions pour tenter de se disculper auprès des enquêteurs. TF1 rapporte ce jeudi les déclarations de Réda Kriket lors de ses six jours de garde à vue. Soupçonné avec un complice présumé arrêté aux Pays-Bas d’appartenir à un réseau projetant une action terroriste « imminente », Reda Kriket a été mis en examen mercredi par un juge antiterroriste à Paris et placé en détention provisoire.

Lors de ses interrogatoires à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), l’homme de 34 ans s’est défini comme étant un vendeur de « bibelots, de bijoux anciens » sur les marchés bruxellois. Interrogé sur un voyage en Turquie de septembre 2014 à janvier 2015, le suspect a nié avoir voulu partir en Syrie pour faire le djihad : « Je suis parti en Turquie car mon ex-compagne est turque (…)  Je me suis occupé d’un chat trouvé sur place, et j’ai soigné mes dents (…) Je n’ai pas combattu en Syrie, je n’ai pas le courage ».

Il a tout d’abord nié sa responsabilité dans l’affaire où il est suspecté : « Je tiens à préciser que je n’ai rien à voir avec les attenatts de Paris et de Bruxelles », tout en disant parfois aux policiers : « Des fois, cela me démange de vous parler ».

« C’est un matériel de fou ce qu’il y avait dans cet appartement »

Il a cependant reconnu avoir loué à la fin de l’été 2015 l’appartement d’Argenteuil (Val-d’Oise), sous un faux nom, en payant le loyer en liquide. Son but : s’y cacher, parce qu’il se savait recherché par la police belge et avait d’ailleurs pris une fausse identité. Mais l’homme explique aussi avoir été missionné pour garder cet appartement et les armes et des explosifs qu’il abritait. « C’est un matériel de fou ce qu’il y avait dans cet appartement », a-t-il indiqué.

D’abord muet sur le commanditaire de la livraison de l’impressionnant arsenal, il a fini par lâcher un nom : Abou Badr, un nom de guerre car Reda Kriket affirme ne pas connaître la véritable identité de l’homme. « Il m’avait juste demandé de lui trouver un appartement pour gagner des bonnes actions (…) Je sais que quand les bidons et les produits chimiques sont arrivés, il passait dans l’appartement (…) il était tout le temps avec une deuxième personne, ils se ressemblaient », a-t-il déclaré à la police « Il est parti habiter en Syrie faire la Hijra ['l’exil' en arabe] (…) Je sais qu’il est parti, il ne reviendra pas à mon avis (…) Il devait aussi partir de France, lui aussi car c’était chaud pour lui (…) Il ne peut plus nuire en France (…) », a-t-il poursuivi.

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Questionné par les enquêteurs sur les projets d’attentat dont il aurait pu avoir connaissance, Réda Kriket a botté en touche : « Je suis sûr que rien, aucun explosif n’est sorti de cet appartement pour faire une action terroriste (…) Je n’ai rien à avoir avec ce qu’il s’est passé à Bruxelles et à Paris. Rien n’est sorti de l’appartement, et rien n’est prévu selon moi. Rien n’est prévu (…)  La finalité pour moi, c’est le banditisme (…) Tout ce que je sais c’est que la poudre devait servir à faire des détonateurs. Pour le reste, je ne sais pas. »

"Moi j’aime bien le modèle corse, ils font sauter des choses (…) mais ils ne tuent pas de gens

Mais pourquoi ne s’est-il donc pas débarrassé de ces armes dans ce cas ? « Avec ce qu’il s’est passé en France et en Belgique, j’ai laissé traîner et j’ai eu peur de me débarrasser des armes et des produits explosifs (…). Pour les armes, ce n’est pas si simple… il y a mon ADN partout et je suis collé à cet appartement… (…) Les armes ne se jettent pas », a-t-il indiqué.

Les policiers l’ont aussi questionné sur les 49 photocopies de cartes d’identité française et étrangère retrouvées dans l’appartement d’Argenteuil avec 5 passeports français volés. « Je les ai achetés à des clandos de Barbès qui vendent tout », leur a répondu Réda Kriket. Les policiers le suspectant de faire équipe avec d’autres hommes, lui ont demandé si les passeports et les Kalachnikovs étaient destinés à cinq personnes précises. : « C’est vraiment un hasard », a-t-il juré.

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Dans la même logique, l’homme a nié avoir fait allégeance à Daesh et préparer des attentats. « Moi j’aime bien le modèle corse, ils font sauter des choses, des grandes maisons, mais ils ne tuent pas de gens ». Il a cependant affirmé que la France ne permettait pas de pratiquer librement l’Islam : « Pas à 100 %. On n’a pas le droit d’avoir quatre femmes, mais on a le droit d’avoir 400 amantes (…)».