Affaire de Villefontaine, scandale dans le diocèse de Lyon... L'impossible prise en charge des pédophiles

SOCIETE La multiplication des affaires de pédophilie révèle le manque cruel de structures d'accompagnement et d'écoute pour les auteurs de faits...

Vincent Vantighem

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Villefontaine, le 24 Mars 2015, le directeur du groupe scolaire Mas du Raz, est soupçonné d'avoir violé des enfants de son établissement. Trois familles ont porté plainte.
Villefontaine, le 24 Mars 2015, le directeur du groupe scolaire Mas du Raz, est soupçonné d'avoir violé des enfants de son établissement. Trois familles ont porté plainte. —

Il y a tout juste un an, c’était dans une école de Villefontaine (Isère). Il y a trois mois, dans les paroisses du diocèse de Lyon (Rhône). Mercredi encore, l’association Innocence en danger a dénoncé des faits commis, selon elle, par des animateurs un peu partout dans l’Hexagone.  Les affaires de pédophilie se suivent et se ressemblent.

Et la société a toutes les peines du monde à prendre en charge les personnes attirées par les enfants afin de leur éviter de passer à l’acte. « C’est simple : en dehors d’une prise en charge médicale, il n’existe rien ! », dénonce Latifa Bennari. Présidente de l’association L’Ange Bleu, cette ancienne victime est l’une des rares à proposer aujourd’hui un service d’écoute aux pédophiles en souffrance.

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Depuis quelques semaines, elle épaule Sébastien* dont l’histoire illustre bien le problème. Ce Belge a déposé un dossier pour se faire euthanasier après dix-sept ans de thérapie sans résultat. « On manque de professionnels formés à cette question, confirme Inès Gauthier, une psychologue qui soigne chaque semaine des pédophiles dans son cabinet. Certains confrères refusent de les recevoir car ils en ont peur. »

Effrayés comme le sont la plupart des gens finalement. « Pour l’opinion, il ne peut y avoir ni écoute, ni pardon. Quelqu’un qui touche à l’innocence d’un enfant renvoie forcément l’image d’un monstre, résume Bertrand Virieux, lui-même victime, il y a trente ans, d’un prêtre lyonnais. Mais comment trouver une solution si on ne commence pas par écouter et traiter les auteurs de faits ? »

« Ne pas empêcher les accidents. Mais réduire leur nombre »

Soigner les pédophiles ? Patrice Reviron est parvenu à faire passer l’idée à ses clients. Et pourtant, ce n’était pas gagné. Avocat des parents d’enfants victimes de Villefontaine, il assure qu’en dehors de « quelques parents radicaux », tous ont compris la nécessité d’écouter les auteurs des faits. « Ne serait-ce que pour comprendre pourquoi ils sont passés à l’acte et éviter que cela ne se reproduise ailleurs », lâche-t-il.

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Le dossier judiciaire parle pour lui. Arrêté il y a un an pour une série de viols, l’instituteur de Villefontaine avait évoqué ses penchants, dès 2008, auprès d’un officier de police judiciaire sans que cela n’entraîne sa suspension. « Il n’y a aucun dispositif qui permet de libérer la parole, regrette Patrice Reviron. Ça vaudrait le coup d’être essayé. Pour moi, c’est comme la prévention en matière de sécurité routière. On ne va pas empêcher les accidents. Mais on peut réduire leur nombre… »

Soigner les enfants victimes pour éviter la « reproduction »

Muriel Salmona s’est fixé le même objectif. Fondatrice de l’association Mémoire traumatique et victimologie, elle plaide pour l’ouverture de centres dédiés à la prise en charge d’enfants victimes d’abus sexuels. Pour une raison simple : « Nous savons que la majorité des agresseurs ont eux-mêmes été agressés durant l’enfance, décrypte-t-elle. Si l’on soigne les enfants aujourd’hui, on va éviter qu’ils ne reproduisent les faits dans plusieurs années… »

Il y a urgence à le faire. En 2015, selon les chiffres de l’Office national de la délinquance, 6.827 plaintes pour des « viols sur mineurs » ont été déposées en France métropolitaine. C’est 11 % de plus que le nombre de plaintes pour « viols sur majeurs ».