Loi travail: Les manifestants espèrent amplifier le mouvement

SOCIAL CGT, FO et plusieurs mouvements de jeunesse seront dans la rue pour demander le retrait de la loi El Khomri...

Thibaut Le Gal
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Manifestations d'étudiants à Rennes.
Manifestations d'étudiants à Rennes. — MATHIEU PATTIER/SIPA

Ils souhaitent marquer d’une pierre blanche ce 31 mars. Syndicats, étudiants et lycéens promettent d’être nombreux jeudi pour la manifestation nationale contre le projet de loi El Khomri. « La mobilisation du 9 mars avait déjà été importante [Entre 224.000 et 500.000 manifestants]. Les 17 et 24, nous étions davantage en soutien à des manifestations étudiantes et lycéennes », rappelle Michelle Biaggi, secrétaire confédérale FO.

« Cette fois, nous avons appelé à une grève interprofessionnelle. On attend beaucoup de monde. Les "améliorations" du gouvernement ne sont pas de nature à modifier notre vision du projet ». Le syndicat demande le retrait du texte, comme la FSU, Solidaires et la CGT.

« Ce sera une journée de mobilisation très forte »

« La loi vise toujours à baisser le coût du travail en partant du postulat qu’il faut flexibiliser et faciliter le licenciement pour créer de l’emploi. Mais ce n’est pas une réalité. La philosophie du projet tend à faire du salarié une variable d’ajustement et créera autant de codes du Travail que d’entreprises, ce qui rendra plus difficile les contrôles », regrette Fabrice Angei, chargé des questions emploi à la CGT.

« Plusieurs indicateurs laissent espérer que ce sera une journée de mobilisation très forte. Le rejet du projet est loin de s’essouffler à l’image de ce que pensent les Français », poursuit-il. 71 % d’entre eux seraient toujours opposés au texte, selon un sondage Odoxa-Le Parisien, publié jeudi dernier.

Un front syndical divisé

Le front syndical était uni il y a un mois. Il s’avance divisé depuis la présentation du nouveau texte par le gouvernement. Le camp dit « réformiste » (CFDT, CFTC et CFE-CGC) n’appelle pas à manifester. « Nous demandons des modifications en profondeur, sur le licenciement économique par exemple, plutôt qu’un retrait du texte », avance Franck Mikula, secrétaire national CFE CGC. « La manifestation permettra d’exercer une pression sur le parlement et le gouvernement », reconnaît-il, mais « chacun joue avec ses armes. Et nous préférons faire pression sur les parlementaires, où beaucoup, chez les frondeurs notamment, partagent nos positions ». Le syndicat prévoit d’ailleurs un rassemblement près de l’Assemblée nationale le 3 mai, premier jour de l’examen du projet dans l’hémicycle.

« Il faut qu’il ait du monde dans la rue pour faire entendre raison les parlementaires. Mais l’unité se fait par les salariés, et certains militants ne suivront pas l’avis de leur syndicat et descendront manifester », répond Franck Mikula. « Chacun prend ses responsabilités. Leur nom de certains restera peut-être accroché à un texte de recul social », regrette Michelle Biaggi.

« C’est le début d’une nouvelle séquence »

Le mouvement de contestation pourra compter sur une partie de la jeunesse, pas convaincue par l’extension de la garantie jeunes, décidée par le gouvernement. « Tout ça, c’est de l’enfumage. Le contenu de la plupart des articles reste la précarisation, en particulier sur la question du temps de travail, la baisse de rémunération des heures supplémentaires, les conditions de licenciement… », énumère William Martinet, président de l’Unef. « Jeudi, c’est la première fois que lycéens, étudiants et salariés seront dans la rue ensemble pour le retrait. Les échos que l’on a des AG étudiantes sont plutôt positifs. C’est le début d’une nouvelle séquence, celle d’un bras de fer avec le gouvernement », assure-t-il.

Les vidéos de violences policières ont-elles amplifié le mouvement ? « Ça a marqué les esprits, car les forces de l’ordre sont censées nous protéger. Mais le premier objectif reste le retrait de la loi », affirme Zoïa Guschlbauer, présidente de la FIDL, le principal syndicat lycéen. « De nombreux lycées sont mobilisés. On pense que ce sera une mobilisation d’ampleur… malgré le temps prévu ». Météo France prévoit de la pluie sur une partie de l’hexagone. Et si, une fois n’est pas coutume, François Hollande était sauvé par la pluie ?