Loi El Khomri: «La garantie jeunes m'a vraiment permis de rebondir»

TEMOIGNAGES La généralisation du dispositif est prévue dans la nouvelle mouture du projet de loi...

Delphine Bancaud

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Une poignée de mains entre un jeune et un recruteur
Une poignée de mains entre un jeune et un recruteur — SUPERSTOCK/SUPERSTOCk

C’est une des mesures les moins contestées du nouveau projet de loi travail. Même si les opposants au texte défileront ce jeudi dans la rue, la généralisation de la garantie jeunes prévue dans la nouvelle mouture du projet de loi ne sera pas au cœur de leurs revendications.

Ce dispositif est destiné aux jeunes de 18 à 25 ans, qui ne sont ni en emploi, ni en étude, ni en formation. D’une durée d’un an, il consiste en un accompagnement renforcé du jeune, des périodes en entreprise et une allocation mensuelle de 461 euros. Testée depuis trois ans, la garantie jeunes sera généralisée et deviendra un droit personnel et universel pour tous les jeunes sans emploi ni formation dès 2017. Le gouvernement souhaitait initialement atteindre 100.000 jeunes en 2017 ; ce chiffre pourrait atteindre 150.000. 20 minutes a voulu savoir ce qu’en pensaient les principaux intéressés.

Alexandre Lehen, 25 ans, entré dans le dispositif en août dernier

Il n’en revient toujours pas. « Jamais je n’aurais cru que la garantie jeunes allait tant m’apporter », s’exclame Alexandre. Il faut dire que le jeune homme a connu auparavant un parcours chaotique. Son BEP électrotechnique en poche, il prépare un bac STI avant de lâcher prise, faute de motivation. Il se réoriente alors et décroche un bac STG. « J’ai ensuite démarré une licence de psycho que j’ai du arrêter en raison de problèmes financiers. Puis j’ai démarré une formation d’aide médico-psychologique qui me plaisait beaucoup. Mais plusieurs professeurs ont démissionné pendant ma formation, cela a tout désorganisé et j’étais tellement démotivé que j’ai abandonné », confie-t-il. C’est alors qu’Alexandre se tourne vers la mission locale de Thur-Doller (Alsace). « Je voulais vraiment trouver une solution et c’est alors que ma conseillère m’a parlé de la garantie jeunes. J’ai saisi la perche qu’elle me tendait », se souvient-il. S’ensuivent cinq semaines intensives où le jeune suit une sorte de coaching. « On a travaillé sur mes points forts et mes points faibles, j’ai découvert différents secteurs, j’ai reçu des conseils pour gérer mon budget, j’ai passé des entretiens fictifs… », énumère-t-il. Le fait de vivre cet accompagnement avec neuf autres jeunes aux parcours atypiques lui redonne aussi le moral : « Il y avait une très bonne osmose dans le groupe car on avait tous le même objectif », raconte-t-il. Après un stage à l’Institut Saint-André, foyer pour personnes handicapées, Alexandre décroche un CDD d’éducateur spécialisé non-diplômé. « Je m’occupe de 8 adolescents que j’accompagne dans leur quotidien et j’adore mon métier », se réjouit-il. Il espère désormais suivre une formation pour décrocher le diplôme d’éducateur spécialisé. « La garantie jeunes m’a vraiment permis de rebondir. Et l’aide mensuelle de 461 euros m’a été très utile. Car à 24 ans, je ne pouvais pas toucher le RSA », précise-t-il.

Sylvain Fischer, 24 ans, bénéficie du dispositif depuis septembre dernier

Suivi par la mission locale de Colmar Guebwiller (Alsace), le jeune homme s’est vu conseiller ce dispositif alors qu’il était dans une impasse : « Je suis titulaire d’un BEP carrières sanitaires et sociales et j’ai travaillé comme un an comme agent de service hospitalier en contrat aidé. Ensuite, j’ai cherché un emploi en vain pendant deux ans et je me sentais un peu perdu, j’avais besoin d’être encadré », confie-t-il. Entré dans le dispositif en septembre 2015, Sylvain bénéficie immédiatement d’un accompagnement soutenu : « J’ai suivi des ateliers pour apprendre à rédiger mon CV et des lettres de motivation. J’ai aussi eu le droit à des simulations d’entretien », explique-t-il. « J’ai aussi suivi une formation d’agent de service polyvalent pendant trois mois et une formation à la découverte des métiers des services à la personne, de trois mois aussi », poursuit-il. Il bénéficie aussi d’entretiens réguliers avec deux conseillères spécialisées pour faire le point sur son projet professionnel. Le dispositif prévoyant des périodes d’immersion en entreprise, Sylvain effectue un stage dans une maison de retraite et un autre dans un service d’aide à la personne. C’est le déclic pour lui. « En maison de retraite, j’ai apprécié le contact avec les personnes âgées et de veiller à leur confort », explique-t-il. Sylvain parvient donc à décrocher un CDI de plongeur dans la maison de retraite, en attendant qu’une place d’agent de service hospitalier se libère. « Aujourd’hui, je me sens bien. Cette garantie jeune m’a redonné confiance en moi. Cet accompagnement très poussé a été très efficace pour moi », affirme-t-il. Le pécule de 461 euros lui a aussi été très utile. « J’ai économisé pour pouvoir passer le permis qui sera très utile pour aller travailler », explique-t-il ravi.