Procès du «Tribal Kat»: Sept pirates somaliens devant la justice

JUSTICE Sept hommes sont jugés à partir de ce mardi pour avoir attaqué en 2011 le bateau d'un couple de plaisanciers français, et tué l'un d'eux...

20 Minutes avec AFP
Une photo diffusée par la marine de Evelyne Colombo attaquée avec son mari par des pirates somaliens en 2011
Une photo diffusée par la marine de Evelyne Colombo attaquée avec son mari par des pirates somaliens en 2011 — ECPAD/SIPA

Ce sera le dernier, et sans doute le plus douloureux des procès en France de la piraterie somalienne. Sept hommes sont jugés à partir de ce mardi pour avoir attaqué en 2011 le bateau d'un couple de plaisanciers français, et tué l'un d'eux. Retour sur les événements. 

Le 8 septembre 2011, à 13h17: le «Tribal Kat» lance un appel de détresse. Cinq jours auparavant, le catamaran de 16 mètres avait quitté le port d'Aden au Yemen, direction le sultanat d'Oman, une zone où les attaques de pirates sont fréquentes. A son bord, Christian et Evelyne Colombo. Le couple de Varois a tout vendu pour faire un tour du monde.

Sept hommes devant la cour d'assises de Paris

Quelques heures plus tard, une frégate allemande trouve le voilier. Personne à bord, mais des impacts de balles et une mare de sang dans laquelle baignent les lunettes de Christian Colombo. Le 10 septembre, un navire de guerre espagnol détecte un «skiff» - une embarcation légère - suspect. Les Espagnols tentent d'approcher, mais font volte-face lorsque des pirates exhibent Evelyne Colombo, en la menaçant d'une arme.

L'assaut est finalement donné. Deux pirates sont tués, les autres sont arrêtés. Evelyne Colombo raconte que le corps de son mari a été jeté à la mer. Il ne sera jamais retrouvé et l'acte de décès de Christian Colombo, 55 ans, est enregistré le 15 novembre 2011.

Du 29 mars au 15 avril prochains, sept hommes seront jugés par la cour d'assises de Paris pour détournement de navire ayant entraîné la mort, un crime passible de la réclusion à perpétuité. Agés de 25 à 32 ans, ils se disent «policier», «chauffeur de taxi» ou encore «coolie», porteur. L'un est «pêcheur», dans des eaux que la surpêche et la pollution ont épuisées.

Tous les pirates animés par la même «volonté collective»

Lors des interrogatoires, selon une source proche du dossier, les sept hommes ont chargé les deux pirates tués lors de l'assaut, «Shine» et «Abdullahi Yare», désignés comme le chef de l'expédition et son adjoint.

Les enquêteurs notent que «Abdullahi Yare» était «vraisemblablement» le tueur, mais que tous les pirates étaient animés par la même «volonté collective» d'attaquer des bateaux et de réclamer des rançons pour les équipages.

Cette volonté de prendre des otages vivants peut expliquer que, des quatre procès de piraterie qui se sont tenus en France, seul celui du «Tribal Kat» porte sur le meurtre d'un otage.

Le dernier procès du genre

Le procès du «Tribal Kat» devrait être le dernier du genre en France, peut-être même en Europe. Si la Somalie reste ravagée par la guerre, la piraterie au large du pays est en nette décrue, en raison notamment de l'opération militaire «Atalante» de l'Union européenne, qui court jusqu'à fin 2016.

Il n'est pas certain que tous les accusés pourront comparaître. L'un d'eux, comme d'autres pirates jugés précédemment, a développé en prison une pathologie psychiatrique qui pourrait compromettre son procès, sans remettre en cause sa responsabilité au moment des faits.