Allaitement: «Il y a trop peu de relais d'information pour accompagner les jeunes mères»

MATERNITE A l’occasion de la Journée mondiale de l’allaitement ce mardi, « 20 Minutes » fait l’état des lieux de l’accompagnement des jeunes mères…

Anissa Boumediene

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Les  jeunes mères ne sont pas touours bien informer en matière d'allaitement et ne connaissent pas forcément l'existence de structures d'accompagnement.
Les jeunes mères ne sont pas touours bien informer en matière d'allaitement et ne connaissent pas forcément l'existence de structures d'accompagnement. — C.Arber / Mood B/REX/SIPA

On ne naît pas maman, on le devient. Et parmi le long apprentissage de la maternité, l’allaitement peut être une source de stress et d’inquiétude pour celles qui ne savent pas encore comment s’y prendre, prises entre la peur de mal faire et la crainte d’avoir mal. Si certaines trouvent des interlocuteurs qualifiés pour obtenir des réponses à leurs questions, toutes n’ont pas cette chance. A l’occasion de la Journée mondiale de l’allaitement ce 29 mars, 20 Minutes dresse l’état des lieux de l’accompagnement des jeunes mères en matière d’allaitement.

Peu de relais d’information

Allaiter ou donner le biberon, chaque mère doit librement faire son choix. Mais pour celles qui décident d’allaiter, tout ne se passe pas toujours comme prévu, et faute de savoir à qui s’adresser, la tentation d’abandonner peut parfois l’emporter. « Aujourd’hui les mamans ne passent que trois jours à la maternité et le personnel soignant, qui est souvent peu formé à la lactation, n’est pas nécessairement disponible et capable d’accompagner les mères dans leur initiation à l’allaitement », relève Yolande Lejemble, sage-femme et consultante diplômée en lactation au sein de l’association Materlait, qui accompagne les parents dans la maternité. « La culture de l’allaitement n’est pas très grande. Il y a trop peu de relais d’information en la matière », déplore-t-elle. Résultat : « certaines mères qui souhaitent allaiter sortent de la maternité sans être préparées aux difficultés qu’elles pourraient rencontrer et ne savent pas que des structures existent pour les accompagner, notamment parce que l’information est peu diffusée par les professionnels de santé », déplore Yolande Lejemble. « Or devenir parent, ça s’apprend ».

Dans les faits, beaucoup de mères se sentent livrées à elles-mêmes et se prennent au visage toutesles idées reçues véhiculées par leur entourage. « Mon bébé ne tétait pas assez, ensuite j’ai eu des crevasses, se souvient Bérengère, 40 ans et maman de deux enfants. On croit savoir comment s’y prendre mais on ne le sait pas si bien que ça et on n’est pas toujours entourée de personnes qui s’y connaissent en matière d’allaitement », explique-t-elle. « Dans mon entourage, qui comprend des médecins, peu de femmes avaient allaité, mais j’ai tout de même eu droit à : "Tu n’as qu’à passer au biberon", "Tu n’as pas assez de lait", "Ton lait n’est pas assez nourrissant" ». Pour elle, l’association a été d’une aide précieuse. « Il n’y a que des professionnelles, disponibles et à l’écoute, qui sont là pour nous aider, sans prosélytisme. Ce n’est pas un lieu de bourrage de crâne pro-allaitement », insiste Bérengère.

Trouver des réponses et rompre la solitude

Dans ces structures d’accompagnement, les parents peuvent trouver des réponses à toutes leurs questions. « On est là pour les informer sur tout ce qui touche à la parentalité, que ce soit pour apprendre à masser leur bébé ou pour les informer sur leurs droits àla reprise du travail », détaille Yolande Lejemble. « L’association m’a aidée à m’organiser lorsque j’ai repris mon activité, en me conseillant sur la façon de tirer mon lait et de le congeler », se souvient Bérengère. La jeune mère a trouvé des réponses à ses questions, mais pas seulement.

Entre les nuits courtes, les tétées, les pleurs, les hormones et le conjoint qui travaille, certaines jeunes mères peuvent aussi se sentir isolées. « Mon conjoint est très à l’écoute, mais cela ne suffit pas. A l’association, il n’y a pas une seule mère que je n’aie pas vu pleurer au moins une fois. On réalise qu’on vit toutes des choses similaires, ça nous aide à relativiser, à dédramatiser et on se soutient entre mères », témoigne Bérengère, qui n’aurait manqué pour rien au monde les réunions du jeudi matin. « Quand on est maman pour la première fois, et même après, on peut se sentir un peu larguée à la maison, il faut contenir sa propre fatigue mais aussi les émotions de son bébé. Certaines se sentent submergées, elles ont besoin d’un espace d’échange avec des professionnelles mais aussi avec d’autres mamans, assure la sage-femme, pour sentir qu’elles ne sont pas seules à traverser les petites épreuves de la maternité ».