Attentats du 13 novembre: Salah Abdeslam est-il le cancre de Daesh?

TERRORISME L’attitude du suspect numéro 1 des attentats du 13 novembre peut paraître singulière si on la compare à celle des recrues habituelles du groupe Etat islamique…

F.F.

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Salah Abdeslam est suspecté d'avoir participé aux attentats de Paris le 13 novembre 2015.
Salah Abdeslam est suspecté d'avoir participé aux attentats de Paris le 13 novembre 2015. — DSK / POLICE NATIONALE / AFP

Salah Abdeslam est-il une erreur de recrutement de la part de Daesh ? La question peut se poser lorsqu’on prend en compte les premières révélations du suspect numéro 1 des attentats du 13 novembre et sa façon de se comporter face aux policiers et à la justice.

D’après le procureur de la République de Paris, François Molins, Salah Abdeslam a indiqué lors de son interrogatoire, qu'« il voulait se faire exploser au Stade de France » avant de faire « machine arrière ». « Si c’est vrai, ce n’est pas banal parce que ce n’est tout simplement pas censé se produire, estime David Thomson, journaliste à RFI. C’est quelque chose que les djihadistes cherchent à éviter à tout prix car ça engage la crédibilité du groupe. Ils n’envoient pas n’importe qui en mission suicide », poursuit le spécialiste des djihadistes.

Absent des communiqués de Daesh

Pour Guy Van Vlierden, également fin connaisseur de Daesh et journaliste pour le quotidien belge Het Laatste Nieuws, « les cas connus de kamikazes ayant renoncé à leur mission concernent plutôt de très jeunes recrues que des adultes. Mais il est possible que nous n’ayons pas connaissance de ces échecs justement parce que leurs missions ont échoué », nuance-t-il. Le communiqué de Daesh revendiquant les attaques du 13 novembre mentionnait « huit frères portant des ceintures d’explosifs et des fusils d’assaut ». Or ils n'étaient que sept: les trois kamikazes du Stade de France, les trois du Bataclan, et Brahim Abdeslam qui s’est fait exploser devant le Comptoir Voltaire (XIe arrondissement). Qui est le huitième homme ? S’agit-il d’une erreur du groupe Etat islamique, qui parle également dans son communiqué audio d’un attentat dans le 18e arrondissement dont personne n’a jamais eu connaissance ?

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Dans les mois qui ont suivi les attentats du 13 novembre, aucune mention à Salah Abdeslam n’est faite dans les différents communiqués de Daesh sur le sujet. Son nom n’est pas mentionné non plus dans le numéro du magazine de l’EI, Dabiq, qui publie les visages des neuf kamikazes parisiens : Abdelhamid Abaaoud, Chakib Akrouh (tous les deux n’étaient pas encore morts, lorsque le communiqué de revendication des attentats a été diffusé. Ils ont été tués lors de l’assaut du Raid à Saint-Denis, le 18 novembre), Bilal Hadfi, Samy Amimour, Omar Mostefaï, Foued Mohamed-Agad, Brahim Abdeslam et deux Irakiens. « Jusqu’à maintenant, Salah Abdeslam n’est pas du tout soutenu par Daesh publiquement, puisqu’il n’apparaît nulle part, contrairement aux autres », constate David Thomson.

Pas de mort en martyr 

Autre élément troublant dans le comportement de Salah Abdeslam : l’attitude qu’il a adoptée lors de son arrestation. Les autres terroristes à qui les autorités françaises ont récemment eu affaire semblaient décidés à mourir plutôt que de se faire interpeller : Mohamed Merah, les frères Kouachi, Amédy Coulibaly…

En sortant arme à la main face aux forces de l’ordre, ils paraissaient vouloir mourir en martyr en commettant ce qu’on appelle un « suicide by cops ». Salah Abdeslam lui, est sorti non armé de l’immeuble de Molenbeek où il se cachait. Les policiers l’ont donc facilement maîtrisé et interpellé. « Son arrestation semble bien prouver qu’il n’avait pas envie de mourir », confirme Guy Van Vlierden.

Quant à son comportement face à la justice belge, il est lui aussi soumis à caution. L’avocat de Salah Abdeslam, Sven Mary, a très rapidement indiqué après l’arrestation de son client qu’il comptait « collaborer avec la justice belge ». Qu’il s’agisse de Mehdi Nemmouche, le suspect de l’attentat au Musée juif de Bruxelles, de Sid Ahmed Ghlam, arrêté après l’attentat évité de Villejuif, ou encore d’Ayoub El Khazzani, interpellé pour l’attaque du Thalys, tous ont gardé le silence face aux policiers et aux juges.

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D’après Abderrahmane Mekkaoui, professeur à l’université de Casablanca, « il s’agit tout simplement d’une tentative de dissimulation de sa part ». En cherchant « à gagner du temps face aux enquêteurs et aux juges, Salah Abdeslam permet à des cellules dormantes de s’organiser », estime cet expert en questions stratégiques et militaires. David Thomson rappelle également qu’un manuel de survie en garde à vue s’échangeait il y a quelques années sur le forum djihadiste francophone Ansar al haqq avant qu’il ne soit fermé et indiquait que « la ruse est autorisée dans ce cas de figure » face aux policiers. 

François Molins a par ailleurs indiqué que « ces premières déclarations, qu’il faut prendre avec précaution, laissent en suspens toute une série d’interrogations ».