Un mail à son chef pour aller aux toilettes: «Et pourquoi pas des couches obligatoires pour aller bosser?»

ENTREPRISE Les internautes de 20 Minutes s’émeuvent de la mesure proposée initialement par une entreprise de téléopérateurs à ses salariés…

R.S.

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Illustration d'une chaîne de montage d'une usine automobile.
Illustration d'une chaîne de montage d'une usine automobile. — SEBASTIEN BOZON / AFP

Non, les téléopérateurs de l’entreprise Téléperformance n’auront pas à demander à leurs supérieurs l’autorisation d’aller aux toilettes. Cette pratique courante à l’école maternelle était pourtant envisagée par la direction de ce call center pour ses salariés pris d’une envie pressante. Pour une pause-pipi, ils devaient initialement envoyer un mail à leur chef. Cette obligation était la conséquence de la mise en service mercredi d’un logiciel « de gestion de flux des appels ». Mais face au tollé soulevé par la mesure, la direction a finalement rétropédalé. Et même démenti l’information puisqu’elle indique désormais que cela ne correspond pas « au dispositif mis en place. »

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Pour de nombreux internautes de 20 Minutes, ce type de pratiques serait pourtant courant dans le monde du travail. Dans des centres d’appels téléphoniques, sur des chaînes de montage ou aux caisses des supermarchés, la gestion de la pause pipi donne lieu à des situations « embarrassantes », « humiliantes », parfois à la limite de l’atteinte à la dignité de la personne. « Je travaillais sur un plateau d’appels pour une banque, avance d’abord Nelly. Ma cheffe me convoque car, selon elle, j’étais allée trop de fois (2 fois) aux toilettes ce matin-là. Je lui ai simplement expliqué que c’était ma "mauvaise" semaine et que si elle souhaitait m’accompagner pour qu’à 2 on soit plus rapides dans le changement de tampons, je n’y voyais aucun inconvénient. Bizarrement je n’ai plus été embêtée. »

La hantise de « la grosse commission »

Kally, qui travaille elle aussi dans un call-center, décrit le protocole mis en place dans son entreprise pour faire la demande : « Quand tu sens que t’as besoin d’une pause tu cliques sur un programme de ton ordinateur qui te dit combien de personnes ont fait la demande avant toi, tu dois attendre que tout le monde y soit allé (bien entendu c’est chronométré à la seconde près) et si jamais tu loupes ta fenêtre d’action (si par exemple t’es en communication avec un abonné) bah tu dois relancer la demande, et c’est reparti pour un tour ! »

Dans ces cas-là, mieux vaut ne pas faire face à « la grosse commission », comme le précise en connaissance de cause Sylvia, une caissière : « Tous les tafs que j’ai faits, fallait lever le p’tit doigt, pas le choix en étant caissière. Obligé de demander à la caisse centrale, en général c’est non car fermeture de caisse, les gens attendent… Donc on doit attendre la pause qui est de 5 minutes pas plus, alors quand tu es à l’autre bout du magasin… »

Pas question d’arrêter la chaîne de production

De son côté, Françoise assure qu’elle a aussi connu des soucis de ce type dans (son) usine. « Il y avait une bobine plastique, au bout de chaque chaîne, et quand on la prenait pour la pause pipi, personne d’autre ne pouvait se déplacer ! Ça c’est amélioré par la suite ! » Toutes ces pratiques, à base de système D, étonnent la direction d’un grand groupe automobile français, sollicitée sur le sujet. « Ce n’est pas le cas dans nos usines. Les salariés ont des pauses régulières d’un quart d’heure à une demi-heure qui permettent d’aller aux toilettes. En moyenne deux, sur une cession de travail, mais tout dépend des cadences », assure un porte-parole. Si un salarié doit faire une pause, pas question d’arrêter la chaîne de production. Celui-ci est bien remplacé, après en avoir avisé son supérieur. « Ce n’est pas demander l’autorisation. C’est demander à être remplacé, c’est différent. Pallier le fait qu’on sera aux toilettes », poursuit le porte-parole.

Il en faut pourtant peu plus pourconvaincre de nombreux internautes qui ne voient pas « ce flicage » des toilettes d’un bon œil. Tout en modération, certains imaginent déjà l’étape suivante : « Faites dans une bouteille et mettez tout cela devant la porte du patron en rentrant chez vous, ça peut les calmer ! » Au cas où il y a aussi « le pot de chambre comme à l’hôpital ! », « la chaise percée pour ne pas quitter son poste » et pourquoi pas « les couches obligatoires pour aller bosser ! », s’alarment d’autres lecteurs. Ne souriez pas, cela existe déjà dans une entreprise de BTP du Honduras.