Sécurité aérienne: Ce que le drame de la Germanwings a changé dans les avions

CRASH Il y a un an, le copilote Andreas Lubitz avait précipité la chute de l’appareil dans les Alpes de Hautes Provence…

Romain Scotto

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Un A320 de la compagnie Germanwings sur le tarmac d'un aéroport.
Un A320 de la compagnie Germanwings sur le tarmac d'un aéroport. — BOHAC YANN/SIPA

Bougies allumées, drapeaux en berne, chants et plaques en hommage aux victimes. Le cérémoniel de commémoration du crash de la Germanwings est en place dans la commune de Seyne-les-Alpes (Alpes-de-Haute-Provence), village tout près duquel l’avion s’était écrasé le 24 mars 2015. Les 150 passagers et membres d’équipage avaient alors péri, entraînés dans la folie suicidaire du copilote Andreas Lubitz. Un an après, les instances de la sécurité aérienne ont émis plusieurs recommandations pour éviter ce type de scénario. Mais toutes les idées émises n’ont pas été retenues.

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Une deuxième personne en permanence dans le cockpit ? OUI

Pour entraîner la chute de l’appareil, l’homme de 27 ans s’était enfermé seul dans le cockpit, profitant du passage aux toilettes du pilote. Une idée a donc émergé à la DGAC, la direction générale de l’aviation civile et à l’AESA, l’Agence européenne de sécurité aérienne. Celles-ci recommandent, sans l’obliger, la présence d’un personnel navigant commercial dans le cockpit lorsque l’un des deux pilotes s’absente. Plusieurs compagnies, dont Air France-KLM, l’ont appliquée rapidement. Pour autant, l’efficacité d’une telle mesure reste à démontrer : « Si cette recommandation vise à rassurer sur l’accès au poste d’un pilote qui s’absente du cockpit, elle n’augmente pas globalement le niveau de sécurité des vols », nuance la compagnie française, qui s’inquiète de l’absence d’un steward ou d’une hôtesse en cabine, pour suppléer un pilote.

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Alléger le blindage de la porte ? NON

A son retour des toilettes, le pilote du vol de la Germanwings avait tenté de forcer la porte avec une hache. En vain. Le blindage renforcé, mis en place dans tous les avions après les attentats du 11 septembre, n’a pas cédé. Aucune recommandation n’a été émise là-dessus puisque la mesure a déjà prouvé son efficacité. Elle a contribué à la lutte antiterroriste mais surtout permis d’éviter les intrusions dans la salle de commandes de passagers déséquilibrés ou alcoolisés.

Un renforcement du suivi psychologique des pilotes ? OUI

Le rapport définitif du BEA (Bureau d’enquêtes et d’analyse) confirme que c’est bien un copilote souffrant de problèmes psychiques, notamment de dépression, qui s’est installé aux commandes du vol 9525 de la Germanwings. Quinze jours avant le crash, un médecin privé avait même diagnostiqué une psychose possible à Andreas Lubitz et recommandé un traitement en hôpital psychiatrique. Rémy Jouty, directeur du BEA, a donc présenté des recommandations afin de mieux encadrer ces pilotes fragilisés : des évaluations régulières pour les pilotes ayant des antécédents de maladie mentale, des restrictions de vols éventuelles sur le certificat des pilotes concernés ou une réévaluation des critères médicaux d’incapacité de vol. Pour l’instant, ces mesures n’ont pas de caractère obligatoire mais de nombreux pays les ont déjà adoptées.

La levée du secret médical ? PAS VRAIMENT

Pour le BEA, il n’y a pas vraiment de débat. Il faut établir des « règles claires » afin d’autoriser la rupture du secret médical en cas de troubles psychologiques d’un pilote, comme cela se fait en Israël, au Canada ou en Grande-Bretagne. Les médecins auraient donc le devoir d’alerter les autorités s’ils soignent un pilote psychotique. Mais cette perspective fait tiquer le responsable éthique du Conseil de l’Ordre des Médecins, le docteur Jean-Marie Faroudja : « Si on brise le secret médical, on risque de perdre la confiance du patient qui craindra d’exprimer ses maux. » Après le crash, Yves Deshayes, le président du SNPL, principal syndicat de pilotes français, avait lui aussi émis des réserves : « Au pire les pilotes n’iraient plus se soigner ou bien se soigneraient sans déclarer qu’ils sont pilotes. » Entraînant des risques encore plus grands, en cas de prescriptions non compatibles avec le pilotage. Des dérogations pourraient donc voir le jour, notamment si le pilote fait part de son consentement dans son contrat de travail.

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Des contrôles inopinés de consommation de drogue ou alcool ? OUI

Dans les textes, la mesure existait déjà. Mais elle était peu appliquée, si ce n’est dans les compagnies scandinaves. Désormais, cela fait partie des recommandations officielles de l’EASA. L’instance européenne demande que soient effectués des dépistages d’alcool et de médicaments dès la visite médicale d’embauche. Les autorités allemandes ont également renforcé les contrôles inopinés des pilotes de ligne.

Une possibilité de contrôle à distance de l’avion ? NON

Qu’auraient pu faire les contrôleurs aériens en plus de relancer par radio le pilote suicidaire ? Pas grand-chose a priori. L’idée d’installer un système de contrôle à distance des avions, qui seraient alors contrôlés comme des drones, a été émise après le crash. Mais celle-ci n’est pas souhaitable en raison des failles potentielles concernant la sécurisation de la transmission de données. Le risque de piratage de vol serait plus grand que celui d’un suicide de pilote. Par ailleurs,dans tous les centres de contrôle comme celui d’Aix-en-Provence qui a suivi l’Airbus de Germanwings, se trouve un contrôleur aérien militaire. Celui-ci peut toujours, en accord avec sa hiérarchie, prendre une décision extrême pour sécuriser l’espace aérien.