Point info Attentats à Bruxelles: Comment s’organisent de telles attaques?

TERRORISME Les attaques commises ce mardi à Bruxelles ont été perpétrées alors que les forces de police et les services de renseignement sont plus que jamais mobilisés…

Céline Boff

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Les abords de la station Maelbeek à Bruxelles après les attentats du 22 mars 2016.
Les abords de la station Maelbeek à Bruxelles après les attentats du 22 mars 2016. — Gilles Durand/20 Minutes

Les explosions survenues ce mardi matin à Bruxelles, d’abord à l’aéroport de Zaventem puis à la station de métro Maelbeek, sont bien des attentats. Mais comment des terroristes ont-ils pu préparer de telles attaques alors que les forces de police et les services de renseignement sont plus que jamais mobilisés ? 20 Minutes fait le point.

Comment les terroristes ont-ils pu agir dans un contexte de surveillance accrue ? 

« Ils sont parvenus à perpétrer leurs attaques justement parce qu’ils ne les ont pas préparées dans le climat actuel : ces attentats étaient forcément planifiés depuis plusieurs semaines », répond Jean-Charles Brisard, président du Centre d’analyse du terrorisme. C’est également l’avis du spécialiste des réseaux djihadistes Wassim Nasr, qui l’affirme sur France 24 (en anglais) : « Ces attentats n’ont pas été commis en représailles à l’arrestation de Salah Abdeslam : une double opération de ce type ne peut pas être organisée en quatre jours ». D’après les experts, il faut « plusieurs semaines » pour préparer de tels attentats, entre l’achat des armes et du matériel, la préparation des explosifs, les repérages, etc.

Pourquoi les terroristes n’ont-ils pas été repérés ?

Les attaques ont été préparées et mises en œuvre alors que Bruxelles était, depuis les attentats de Paris et jusqu’à ce mardi matin, au niveau d’alerte 3, indiquant une « menace possible et vraisemblable ». Si les terroristes ont pu agir alors que la sécurité était renforcée, « c’est parce que ce commando ne venait sans doute pas de l’extérieur de la région. Il devait au contraire être déjà présent dans la ville, depuis plusieurs mois », avance Jean-Charles Brisard.

Quelles armes ont-ils utilisé ? 

A l’aéroport de Zaventem, plusieurs témoins ont évoqué des coups de feu survenus avant les explosions. Ils pourraient avoir été tirés avec la kalachnikov que la police a retrouvée sur les lieux. Quant aux explosions, il y en a eu trois : deux à l’aéroport et une dans le métro. Si l’une des explosions survenues à l’aéroport a sans doute été commise par un kamikaze, qu’en est-il des deux autres ? Ont-elles également pour origine des gilets explosifs ? Pour l’instant, nous ne le savons pas. Seule certitude : la police a retrouvé à l’aéroport une ceinture d’explosifs intacte.

D’où proviennent les explosifs ? 

Ils ont sans doute été réalisés à partir de TATP, un explosif primaire assez volatil découvert à la fin du XIXe siècle par le chimiste allemand Richard Wolffenstein. En tout cas, ce TATP est fréquemment utilisé par les terroristes. Il était présent dans les ceintures des kamikazes du 13 novembre, mais aussi dans la semelle des chaussures du Britannique Richard Reid, qui souhaitait faire exploser en vol un Boeing 767 de la compagnie American Airlines reliant Paris à Miami. Il a également été utilisé par les kamikazes qui ont perpétré les attentats du 7 juillet 2005 à Londres (Royaume-Uni), par les terroristes responsables de l’attentat du 28 avril 2011 à Marrakech (Maroc) ou encore par les frères Tsarnaev pour l’attentat du marathon de Boston, le 15 avril 2013. Si les terroristes recourent souvent au TATP, c’est parce que cet explosif est difficilement détectable. Et que les substances permettant de le fabriquer s’achètent facilement dans le commerce.

Combien de personnes sont-elles impliquées ? 

Difficile de le dire. Les auteurs directs sont au minimum deux : celui qui a déclenché l’explosion dans le métro et le kamikaze de l’aéroport, qui aurait dans ce cas préalablement tiré avec la kalachnikov avant de déclencher une première bombe puis de se faire sauter avec la sienne. Un tel enchaînement d’actions semble peu réaliste, d’autant plus qu’une ceinture explosive intacte a été retrouvée à l’aéroport. Ce qui laisse présager la présence d’au moins une, voire deux à trois autres personnes, comme semblent le confirmer de premières photos. Ensuite, la présence de bombes, qu’elles soient insérées dans des gilets ou non, indique l’existence d’un artificier qui n’a sans doute pas participé directement aux attaques, son savoir-faire étant trop précieux. Enfin, il est difficile de penser que, comme lors des attentats du 13 novembre à Paris, plusieurs « cerveaux » n’aient pas piloté les attaques à distance, d’autant plus qu’elles ont été séquencées – l’attentat de l’aéroport a été commis à 8 heures, celui du métro vers 9h.

Ces attentats ont-ils un lien avec ceux de Paris ? 

Il est trop tôt pour l’affirmer, mais les experts ont tendance à le penser. D’abord parce que l’enquête sur les attentats de Paris a révélé de nombreux liens entre les terroristes du 13 novembre et d’autres djihadistes précédemment arrêtés. Il est notamment établi qu’Abdelhamid Abaaoud, considéré comme l’instigateur des attentats du 13 novembre et tué le 18 novembre dans un raid des forces de l’ordre à Saint-Denis, était un proche de Mehdi Nemmouche, auteur de la tuerie du Musée juif de Bruxelles. « Cela prouve qu’il existe un réseau très enraciné en Belgique », insiste Jean-Charles Brisard.

De plus, il est également établi que tous les membres du réseau ayant participé aux attentats de Paris n’ont pas été neutralisés. A commencer par Najim Laachraoui, jusqu’ici présenté sous la fausse identité de Soufiane Kayal, qui est toujours en fuite. Rappelons que son ADN a été retrouvé sur plusieurs ceintures explosives utilisées le 13 novembre à Paris et à Saint-Denis, mais également dans la maison louée à Auvelais, ainsi que dans l’appartement de la rue Henri Bergé à Schaerbeek (une commune de Bruxelles).

Enfin, les attentats bruxellois pourraient a minima avoir un lien indirect avec ceux de Paris, comme le laisse entendre Jean-Charles Brisard, qui pense que « l’arrestation de Salah Abdeslam et l’avancée de l’enquête parisienne ont pu précipiter la date de survenance des attentats à Bruxelles ».