Attentats à Bruxelles: Quel impact psychologique pour les victimes du 13 novembre?

PSYCHO Le stress post-traumatique des victimes parisiennes risque de se renforcer à la suite des attentats bruxellois…

Audrey Chauvet

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Le Bataclan, après les attentats du 13 novembre 2015.
Le Bataclan, après les attentats du 13 novembre 2015. — Miguel MEDINA

Ils se reconstruisent lentement depuis le 13 novembre, chacun à sa façon. Suivies par des psychiatres ou simplement entourées de leurs proches, les victimes des attentats du 13 novembre sont confrontées, ce mardi, au retour de l’horreur. Les images des attentats de Bruxelles risquent, d’après les psychiatres, de redonner de la vigueur au stress post-traumatique. « Je savais qu’il y aurait d’autres attaques. J’ai l’impression de revivre les mêmes scènes, que demain ça pourrait être à nouveau moi », a confié une rescapée du Bataclan à l’AFP.

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Des risques de rechute

Ce phénomène de rechute est bien connu des psychiatres qui suivent les victimes d’attentats ou de catastrophe. « On sait que quand ils sont confrontés à des événements qui ressemblent à ce qu’ils ont vécu, il risque d’y avoir une réminiscence des symptômes », explique le docteur Christian Navarre, psychiatre au centre hospitalier de Rouvray (Seine-Maritime) et auteur de Psy des catastrophes (éditions Imago). « Les survivants ont fait un travail depuis le 13 novembre pour recommencer à vivre avec les souvenirs de ce qu’ils ont vécu et vu. Même si les événements de Bruxelles n’annulent en rien tout ce travail, on peut un peu retourner en arrière. »

Cauchemars et angoisses qui étaient apparus dans les premières semaines après les attentats de Paris peuvent ainsi ressurgir. « Clairement, les attentats de Bruxelles vont provoquer des rechutes, notamment des flashs-back et des moments d’angoisse », estime le docteur Gaëlle Abgrall, psychiatre à l’hôpital Tenon à Paris. « On peut s’attendre a minima à la réactivation d’une symptomatologie anxieuse, notamment une hypervigilance pour les gens qui étaient présents sur les lieux des attentats parisiens. »

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Proximité géographique et culturelle

Les attentats de Bruxelles sont loin d’être les premiers à se produire depuis le 13 novembre : Bamako, Istanbul, Grand-Bassam, entre autres, ont déjà été visés. Mais la proximité géographique et culturelle avec la capitale belge peut provoquer un plus fort sentiment d’identification. « Si on regarde les médias, on retrouve des images très stéréotypées qui sont répétitives par rapport à ce que les victimes ont vécu », ajoute le docteur Navarre. Les médecins ne déconseillent pas formellement de regarder les images diffusées par les médias, mais « on connaît tous l’effet potentiellement traumatogène des scènes d’attentats », rappelle le docteur Abgrall.

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Prévoir le pire pour mieux vivre le danger

Les attentats de Bruxelles viennent aussi rappeler, et pas seulement aux victimes directes, qu’il faudra désormais vivre avec le risque que des attaques terroristes se reproduisent. Pour Christian Navarre, ces peurs peuvent être utiles pour se préparer au pire : « Nous commençons à vivre comme dans les pays en guerre, ou comme les Français vivaient durant la Seconde guerre mondiale avec la peur des bombardements. Cette peur n’est pas pathologique : elle est adaptée à une situation où le risque n’est pas nul. Avoir conscience du danger permet de s’y préparer et de mieux gérer son stress : ce qui fait le traumatisme, c’est la surprise et la brutalité de l’événement. Plus on l’anticipe, en apprenant quoi faire dans ces situations, plus on aura de chances de ne pas subir le traumatisme de plein fouet ». Les Parisiens peuvent toujours participer aux sessions de formation aux premiers secours délivrées par les pompiers gratuitement jusqu’à l’été.

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